L’inconscient et le désir de mort en politique (François Fillon, Sigmund Freud, Jacques-Alain Miller)

LA LETTRE DU LUNDI DE MIEUX ABORDER L’AVENIR, n°287, lundi 12 février 2018

« Qui a voulu tuer François FILLON ? » : tel est le titre du documentaire de 53 minutes que la chaîne de télévision BFM TV a diffusé le 3 février 2018. « Vouloir tuer » : ainsi, la démocratie ne serait pas l’effet de libres élections, mais celui des plus sombres desseins.  L’apparition de la question du désir de mort en est la preuve. Preuve de quoi ? Preuve que contrairement à ce qu’il prétend,  le métier politique se pratique sur un territoire où la règle morale qui y est pratiquée est de n’en respecter aucune.

Ce qui est conforme à ce que nous enseigne la psychanalyse.

« François Fillon. Le courage de la vérité ». Affiche de la campagne de l’élection présidentielle de 2017. © Photographie CAD / Bernard Mérigot, 2017.

Les auteurs Pauline Revenaz, Camille Langlade, Quentin Baulier et Alexandre Funel présentent ainsi leur reportage : « Pendant trois mois, les équipes de Grand Angle ont enquêté sur la chute de François Fillon, candidat à l’élection présidentielle en 2017. Le candidat de la droite, favori de l’élection présidentielle, a-t-il été victime d’un complot ? Ou bien des agissements d’un « cabinet noir » ? Ou d’un règlement de compte de la part de certains de ses amis ? Les principaux protagonistes de cet incroyable feuilleton ont accepté de revenir sur les coulisses de cette descente aux enfers. Des têtes d’affiche de la droite, des membres de l’équipe de campagne, des amis, des ennemis témoignent ». (1)

Ainsi la question du « vouloir tuer », c’est-à-dire du désir de mort est posé comme moteur de la vie politique. Doit-on s’en étonner ?

Non dans la mesure ou une part obscure habite tout être humain. Sigmund Freud a été le premier à découvrir dans son propre inconscient les signes du réel du meurtre. Vouloir tuer son père, ou vouloir tuer son frère, par exemple, est fondé sur l’obscur sentiment d’une dualité entre l’amour et la haine. Tous les sujets gardent des traces du vœu inconscient de tuer le père pour prendre sa place, comme du vœu inconscient de supprimer son frère pour assouvir une rivalité de nature haineuse.

La chose paraît énorme.

« L’inconscient est criminel », comme le dit Jacques-Alain Miller. (2) Cette parole s’écrit ici sur une autre scène, celle « où cela n’arrive jamais », et où les pensées ne se transforment pas en actes. Enfin, la plupart du temps… Parce qu’il existe des passages, entre la mort imaginaire, la mort symbolique, et la mort réelle, celle qui est relatée dans les actualités journalistiques, des faits divers aux procès judiciaires, en passant par celles des enquêtes policières. Tuer pour que quelqu’un n’occupe pas une place sociale ou une fonction politique. Tuer pour qu’un autre l’occupe, tuer pour l’occuper soi-même, telle est l’inquiétante étrangeté des voies et des moyens.

« Ce qui rend la chose si inquiétante, ce sont les vœux de mort qui constituent le drame de l’être parlant : les désirs de mort sont le plus souvent refoulés. Lorsqu’ils nous interpellent, ils nous font rire nerveusement ou nous surprennent la nuit dans nos rêves d’angoisse. » écrit Hélène BONNAUD (3)

Ce qui nous confirme que dès lors que la politique se laisse commander par l’instinct de mort, elle n’a plus pour objet de permettre, mais d’empêcher. Empêcher un candidat – quel qu’il soit – c’est empêcher le citoyen d’exercer son libre choix dans une libre démocratie. Un agissement lourd de conséquences.

RÉFÉRENCES
1. « Qui a tué François Fillon? L’enquête ». Documentaire de Pauline Revenaz, Camille Langlade, Quentin Baulier et Alexandre Funel diffusé par BFM TV le 3 février 2018.
2. BONNAUD Hélène, « Familles : questions cruciales », Lacan quotidien, n°767, mercredi 21 février 2018. https://www.lacanquotidien.fr/blog/wp-content/uploads/2018/02/LQ-767.pdf
3. MILLER Jacques-Alain,
cité par Jonathan LEROY, 12 septembre 2015, http://jonathanleroy.be/2015/09/10-textes-de-jacques-alain-miller-crime/

LÉGENDE DES ILLUSTRATIONS
« François Fillon. Le courage de la vérité ». Affiche de la campagne de l’élection présidentielle de 2017. © Photographie CAD / Bernard Mérigot 2017.

La Lettre du lundi de Mieux Aborder l’Avenir
n°287, lundi 12 février 2018

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Démocratie locale. Toutes les collectivités publiques doivent jouer le jeu de l’Open Data en 2018 (Renaissance numérique)

LA LETTRE DU LUNDI DE MIEUX ABORDER L’AVENIR, n°283, lundi 15 janvier 2018

La loi du 17 juillet 1978, dite « Loi CADA » – du nom de la Commission d’accès aux documents administratifs – fête cette année ses quarante ans (1978-2018). Elle aura marqué un tournant dans la libération des informations produites par les administrations publiques en France et à leur accès par tous les citoyens.

Façade la mairie d’Eaunes (Haute-Garonne). © Photographie CAD/BM 2015

Depuis la généralisation des usages numériques, de nouvelles lois sont venues renforcer et élargir les principes du libre accès à toutes les données publiques. Elles concernent bien évidemment les collectivités locales : communes, intercommunalités, départements, régions, métropoles…

En 2018, celles-ci auront à franchir un nouveau cap en satisfaisant aux obligations nouvelles imposées par la loi « Pour une République numérique » de 2016 :

  • 4 768 collectivités,
  • 1 500 établissements communaux

devront ainsi avoir ouvert toutes leurs données publiques.

Avis affiché dans une mairie concernant la consultation des délibérations du conseil municipal, 10 septembre 2016. © Photographie CAD/Bernard Mérigot, 2017.

Or à moins d’un an du délai instauré par la loi (en octobre 2018), l’objectif est loin d’être atteint. En témoigne la disparité profonde des territoires dans les pratiques quotidiennes. Certains maintiennent avec obstination une culture du secret, alors que d’autres, en raison de leur maturité numérique et de leur culture démocratique locale, ont su répondre aux nouvelles obligations, voire pour un certain nombre, d’anticiper et de prendre de l’avance.

L’année 2018 marquera la mise en œuvre généralisée de cette nouvelle politique ainsi que de la nouvelle gouvernance des données qui doit l’accompagner au niveau territorial : elle constituera la base renouvelée de la démocratie locale à l’ère numérique.

« Open Data local. Vers une nouvelle médiation démocratique » de Henri ISAAC et Jennifer CHRÉTIEN, Renaissance numérique, 9 janvier 2018, p. 1.

« Open Data local. Vers une nouvelle médiation démocratique » de Henri ISAAC et Jennifer CHRÉTIEN, Renaissance numérique, 9 janvier 2018, p. 1.

RÉFÉRENCES

ISAAC Henri et CHRETIEN Jennifer,« Open Data local. Vers une nouvelle médiation démocratique », Renaissance numérique, 9 janvier 2018, 11 p.
Texte complet en pdf : Renaissance numerique Open Data local janvier 2018

« Données ouvertes & collectivités territoriales : quels enjeux démocratiques ? », Renaissance Numérique, janvier 2018.

« Démocratie : 25 propositions pour un réenchantement numérique », Rapport, Renaissance Numérique en partenariat avec la Fondation Jean-Jaurès,  mars 2017.

MABI Clément, « Démocratie mise-à-jour », Rapport, Renaissance Numérique, avril 2016.

La Lettre du lundi de Mieux Aborder l’Avenir
n°283, lundi 15 janvier 2018

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Contre la fin du monde. Voeux 2018 de Bernard Mérigot.

TERRITOIRES ET DÉMOCRATIE NUMÉRIQUE LOCALE

LA LETTRE DU LUNDI DE MIEUX ABORDER L’AVENIR, n°281, lundi 1er janvier 2018

Le média numérique Territoires et Démocratie numérique locale (TDNL) est mis en ligne sur le site http://savigny-avenir.info. Tous ses articles sont librement consultables.
Sa publication est supportée par une structure associative et collaborative, le Groupe Mieux Aborder L’Avenir (MALA). A l’occasion de la nouvelle année, son Conseil d’orientation adresse ses remerciements à l’intention de tous ses lecteurs et de toutes ses lectrices qui suivent ses publications depuis sa création en 2010.

« Il n’y a pas de hasard. Il y a des surprises espérées, des circonstances fortuites et des aléas propices » , Art Street, 29 rue de Bièvres, Paris 5e arrondissement. 12 décembre 2017. © Photographie CAD / Bernard Mérigot 2017.

« Le temps du monde fini commence » écrivait Paul VALERY en 1931.

Pour l’historien Jean-Claude SCHMITT, l’auteur de Regards sur le monde actuel, constatant qu’il ne restait plus aucune terre nouvelle à découvrir, évoquait la faillite de l’idée de progrès et le déséquilibre croissant entre la croissance de la population et la diminution des ressources naturelles. (1)

Depuis, des économistes, historiens, démographes et auteurs de fictions littéraires ou cinématographiques ont posé le même diagnostic, et les apocalypses n’en ont pas finis pas de changer de visage et de nom :

  • génocides : Auschwitz, Srebrenica, Rwanda…
  • guerres et des cataclysmes nucléaires : Hiroshima, Tchernobyl, Fukushima…
  • et enfin, réchauffement climatique, qui est de la responsabilité des hommes, et dont les conséquences pour les générations futures s’annoncent catastrophiques.

« Longue litanie qui paraît augurer, sinon de la fin du monde, du moins de celle de notre monde. »

« Non seulement nos modèles de croissance sont remis en cause, mais les égoïsmes nationaux relèvent la tête et de nouveaux murs menacent les échanges mondialisés des hommes, des biens et des connaissances. La construction européenne est ébranlée, les valeurs de la démocratie sont une fois de plus en danger.

« Le regard des sciences humaines et sociales n’est pas de trop pour éclairer ces évolutions et ausculter les fantasmes de fin du monde, mais aussi pour dessiner d’autres voies de développement possibles, qui concilient la protection de l’environnement, les grands équilibres du monde et la voix des citoyens ».

RÉFÉRENCES

1. VALÉRY Paul, Regards sur le monde actuel (1931). L’inscription figure au fronton du Palais de Chaillot inauguré en 1937.

SCHMITT Jean-Claude, « Environnement, croissances et croyances. Un monde fini ? »,  Les conférences du Campus Condorcet Paris Aubervilliers 2017-2018,20 p. http://www.aubervilliers.fr/IMG/pdf/conferences_condorcet.pdf
Jean-Claude SCHMITT est historien, directeur d’études à l’EHES, président du conseil scientifique du Campus Condorcet

Illustration. « Il n’y a pas de hasard. Il y a des surprises espérées, des circonstances fortuites et des aléas propices » , Art Street, 29 rue de Bièvres, Paris 5e arrondissement. 12 décembre 2017. © Photographie CAD / Bernard Mérigot 2017.

 Thèmes des vœux de nouvelle année

Thèmes des vœux de nouvelle année présentés par Bernard MÉRIGOT, rédacteur en chef de de Territoires et démocratie numérique locale (TDNL) de 2010 à 2018.

  • 2018.  « Contre la fin du monde »  (Paul Valéry et Jean-Claude Schmitt).
  • 2017. « Qui s’y frotte, s’y pique » (Ne toquès mi, je poins)
  • 2016. « L ‘événement n’est pas ce qu’on peut voir, mais ce qu’il devient ».
  • 2015. « Paix, solidarités et espérances durables ».
  • 2014. « Les nouvelles exigences du bonheur citoyen »(John Dewey)
  • 2013. « La démocratie, c’est partout, et tout le temps » (Pierre Mendès-France)
  • 2012. « Que nos pratiques correspondent à nos idéaux »
  • 2011. « En finir avec l’exploitation des peurs et des humiliations »
  • 2010. « Regarder l’année passée aussi bien que celle à venir »

Vœux de nouvelle année. Articles en ligne sur http://savigny-avenir.info

La Lettre du lundi de Mieux Aborder l’Avenir
n°281, lundi 1er janvier 2018

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Introduction aux anthropologies pluralistes. La fragilité comme mode d’existence (Centre de Sociologie de l’Innovation).

LA LETTRE DU LUNDI DE MIEUX ABORDER L’AVENIR, n°279, lundi 18 décembre 2017

« Des êtres ou des états en voie de disparition » : telle pourrait être la définition provisoire de la fragilité et de la précarité. Il ne s’agit pas là d’une définition par défaut, mais d’une forme d’attention portée « à ce qui rend sensible un trait propre, un appel, une façon partagée de saisir des états ouverts, souvent durs mais riches de possibles », comme le formulent Jérôme DENIS, Antoine HENNION et David PONTILLE (1).

Leur réflexion part du constat qu’il existe une prolifération de recherches qui traitent du soin, du care, de l’attention. Celles-ci portent aussi bien :

  • sur le climat ou sur la planète,
  • sur « les bonnes façons » de considérer les personnes vulnérables ou les exclus,
  • sur l’art de réparer les objets patrimoniaux ou de conserver des œuvres matérielles ou immatérielles pour empêcher leur disparition,
  • sur la maintenance technique de tous les dangers potentiels, ceux qui sont susceptibles de porter atteinte à la santé (qu’il s’agisse de la qualité bactériologique du lait maternel que l’on achète pour nourrir les bébés, ou la composition d’un médicament qu’un laboratoire modifie sans prévenir les patients) ou encore du bon fonctionnement des passages à niveaux qui se trouvent à l’intersection des routes et des voies ferrées.

Quelle est la visibilité des fragilités humaines ? La fragilité urbaine du petit lapin est-elle réelle ou symbolique ? La sérigraphie en noir et blanc est entourée de tags aux couleurs agressives. Art street, rue Olympe de Gouges, Paris 13e, 10 novembre 2017. © Photographie CAD / Bernard Mérigot.

Doit-on observer la réalité ou bien l’accompagner ?

Répondre par un engagement mobilise des ressources qui dépassent l’exigence de la simple participation personnelle.

Au-delà de leur variété – et du caractère souvent impérieux de l’engagement que ceux-ci exigent – on est en présence de nombreuses travaux, réflexions ou publications « tous « porteurs d’accents et de visées inédits ». Ceux-ci :

  • sont des témoignages vis-à-vis de la fragilité du monde, des êtres et des choses,
  • sont autant de manifestations d’une inquiétude diffuse et omniprésente concernant les vulnérabilités inconnues.

Comment trouver des passages « féconds et étroits » pour frayer entre les recherches empiriques et les approches spéculatives – qui se situent sur un plan philosophique, critique, ou politique – afin de soutenir toutes les entités fragiles, et de participer ainsi « à la curieuse augmentation croisée de l’existence de chacun avec les relations qu’il porte » ?

Comment se préoccuper de l’état du monde sans se fonder sur des enquêtes empiriques, fondées sur l’expérience – ἐμπειρία (empeiría, en grec) – qui produit des données, des connaissances, une expérience des sens, issue de l’observation et de l’expérimentation.

Voila de quoi interroger et remettre en cause :

  • la nature même recherches et de ses modes d’enquête,
  • la relation établie avec les acteurs, les objets et les milieux,
  • le statut des textes et des actes produits,
  • la frontière avec des réflexions et des gestes provenant d’autres disciplines (philosophes, écrivains, artistes, militants…).

C’est en reliant – de façon paradoxale – les formes d’enquête, d’écriture et d’action, dans le fil du pragmatisme, des philosophies de la différence et des anthropologies pluralistes (2), que l’on peut approcher des recherches d’un nouveau genre, celles qui ont pour objet la fragilité comme mode d’existence quotidien, la façon dont quelque chose qui peut a tout moment se briser, existe chaque jour. Une fragilité qui est plus forte que ce qui est solide.

RÉFÉRENCES

1. DENIS Jérôme, HENNION Antoine et PONTILLE David, « Maintenir/soutenir : de la fragilité comme mode d’existence », Séminaire de recherche du Centre de Sociologie de l’Innovation (CSI), Mines-Paris Tech, Paris. Année universitaire 2017-2018.

2. On retrouve ici la notion d’ontologies plurielles développée par Philippe Descola qui se situe par rapport au « tournant ontologique en anthropologie », dans la généalogie de idées et des influences du structuralisme de Lévi-Strauss et du perspectivisme de Viveiros de Castro, fondant une vision de l’homme, de l’anthropologie et des structures explicatives et prédictives, différente de l’anthropologie cognitive (Par-delà Nature et culture). Demeure une question : Qu’est-ce que le pluralisme en anthropologie ?

BIBLIOGRAPHIE
proposée par Jérôme DENIS, Antoine HENNION Antoine et David PONTILLE

  • Citton, Y. (2014). Pour une écologie de l’attention. Paris: Le Seuil.
  • Coccia, E. (2010). La Vie sensible. Paris: Payot/Rivages.
  • Debaise, D. (2015). L’appât des possibles. Paris: Presses du réel.
  • Denis, J. & D. Pontille (2015). Material ordering and the care of things. Science, Technology, & Human Values, 40(3), 338-367.
  • Denis, J. & D. Pontille (2017). Beyond Breakdown: Exploring Regimes of Maintenance. Continent, 6(1), 13-17.
  • Domínguez Rubio, F. (2016). On the discrepancy between objects and things. Journal of Material Culture, 21(1), 59-86.
  • Domínguez Rubio, F. (2014). Preserving the Unpreservable: Docile and Unruly Objects at MoMA. Theory and Society, 43(6), 617-645.
  • Edensor, T. (2011). Entangled agencies, material networks and repair in a building assemblage: The mutable stone of St Ann’s church, Manchester. Transactions of the Institute of British Geographers, 36(2), 238-252.
  • Graham, S. & N. Thrift (2007). Out of order: Understanding repair and maintenance. Theory, Culture & Society, 24(3), 1-25.
  • Haraway, D. (2018). Habiter le trouble. Parentés expérimentales dans le Chthulucene (trad. Thierry Drumm). Vaulx-en-Velin: Éditions des mondes à faire (à paraître en avril).
  • Hennion, A. & P.A. Vidal-Naquet (2017). Might Constraint be Compatible with Care? Sociology of Health and Illness, 39(5), 741-758.
  • Hennion, A. (2016). The Work to be Made. An Art of Touching. In B. Latour & C. Leclerc (eds), Reset Modernity! Cambridge: MIT Press, 208-214.
  • Hennion, A. & C. Sintive (2016). Un cahier qui pourrait s’intituler “Ce qui se passe” à Calais. PUCA/Pérou: http://www.urbanisme-puca.gouv.fr/IMG/pdf/un_cahier_qui_pourrait.pdf
  • Jackson, S. J. (2014). Rethinking repair. In T. Gillespie, P. J. Boczkowski & K. A. Foot (eds), Media technologies – essays on communication, materiality, and society. Cambridge: MIT Press, 221-240.
  • Latour, B. (2015). Face à Gaïa. Paris: La Découverte.
Macé, M. (2017). Sidérer, considérer. Migrants en France 2017. Paris: Verdier.
  • Mol, A., I. Moser & A. J. Pols (eds) (2010). Care in Practice: On Tinkering in Clinics, Homes and Farms. Bielefeld: Transcript Verlag
  • Puig de la Bellacasa, M. (2011). Matters of care in technoscience: Assembling neglected things. Social Studies of Science, 41(1), 85-106.
  • Puig de la Bellacasa, M. (2012). ‘Nothing comes without its world’: thinking with care. Sociological Review, 60(2), 197-216.
  • Tsing, A.L. (2017). Le champignon de la fin du monde. Paris: La Découverte.
  • Yurchak, A. (2015). Bodies of Lenin: The hidden science of communist sovereignty. Representations, 129(1), 116-157.

La Lettre du lundi de Mieux Aborder l’Avenir
n°279 lundi 18 décembre, 2017

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Bernard Decaux, ancien maire de Bretigny-sur-Orge, est décédé

 J’apprends avec émotion la disparition de mon ami Bernard DECAUX, ancien maire de Brétigny-sur-Orge de 2001 à 2014.  Nous avions siégé tous les deux comme vice-présidents du Syndicat de la Vallée de l’Orge de 2001 à 2008.  Lorsqu’il est devenu président en 2008, je suis demeuré vice-président.
Tout le monde se souvient de sa présence et de son dévouement lors du terrible accident ferroviaire en gare de Brétigny-sur-Orge le 12 juillet 2013 qui fit 7 morts et 70 blessés. Nous nous étions retrouvés en 2015 au Conseil économique, social et environnemental (CESE) à Paris où nous avions participé ensemble à la séance présidée par Jean-Paul DELEVOYE sur le thème de « Vie de Maire », organisée par la chaîne de télévision Public Sénat.

Ceux qui ont travaillé avec lui conserveront le souvenir de son extrême bienveillance ainsi que de sa très grande exigence portée aux dossiers qu’il traitait. J’adresse mes condoléances les plus sincères à sa famille et à ses proches.

Bernard MÉRIGOT

Maire-adjoint honoraire de Savigny-sur-Orge (1983-2009)
Ancien 1er adjoint
Ancien vice-président du SIVOA (1995-2009)
Ancien vice-président du SIAHVY (2001-2009)
Ancien vice-président du SIREDOM (1995-2009)
Bernard DECAUX sur les bancs Conseil économique, social et environnemental à Paris lors de la rencontre « Vie de maire » présidée par Jean-Paul DELEVOYE, organisée par Public Sénat le 12 mars 2015. © Photographie CAD / BM.

Bernard DECAUX sur les bancs Conseil économique, social et environnemental à Paris lors de la rencontre « Vie de maire » présidée par Jean-Paul DELEVOYE, organisée par Public Sénat le 12 mars 2015. © Photographie CAD / Bernard Mérigot.

DOCUMENT

BERNARD DECAUX, ANCIEN MAIRE (PS)
DE BRÉTIGNY-SUR-ORGE, EST DÉCÉDÉ

Celui qui avait dirigé la ville de 2001 à 2014 s’est éteint ce lundi à l’âge de 66 ans. Il avait dirigé la ville pendant 13 années. Bernard Decaux, maire (PS) de Brétigny-sur-Orge entre 2001 et 2014, est décédé ce lundi des suites d’une longue maladie à l’âge de 66 ans.
« Au-delà de nos différences et de nos divergences, nous partageons l’honneur d’avoir été maire de Brétigny-sur-Orge, écrit sur les réseaux sociaux Nicolas Méary (UDI), le premier édile actuel, qui l’a battu lors du dernier scrutin municipal. Je sais ce que cela exige d’engagement et d’abnégation, je sais ce qu’il y a mis de don de soi. Je sais que treize années durant, il a vécu cette fonction comme un sacerdoce. Je m’incline ce soir devant l’élu et devant l’homme. »
Steevy Gustave, conseiller municipal d’opposition (DVG) qui a été l’adjoint de Bernard Decaux, se dit « bouleversé ». « Brétigny perd un grand maire, je perds un grand frère et un ami sans faille », se désole l’élu.
RÉFÉRENCES
« Bernard Decaux, ancien maire de Brétigny-sur-Orge, est décédé. Celui qui avait dirigé la ville de 2001 à 2014 s’est éteint ce lundi à l’âge de 66 ans », Le Parisien Essonne, 12 décembre 2017. http://www.leparisien.fr/essonne-91/bernard-decaux-ancien-maire-ps-de-bretigny-sur-orge-est-decede-11-12-2017-7447038.php

Bernard DECAUX, Maire de Brétigny-sur-Orge (2001-2014), Président du SIVOA (2018-2014). Rencontre « Vie de maire » au Conseil économique, social et environnemental (CESE) à Paris, présidée par Jean-Paul DELEVOYE, organisée par Public Sénat le 12 mars 2015. © Photographie CAD / Bernard Mérigot.

DOCUMENT

BERNARD DECAUX « ETAIT UN HOMME AUDACIEUX ET AMBITIEUX POUR BRETIGNY-SUR-ORGE »

Ce lundi, l’ex-maire PS (de 2001 à 2014) de la ville est décédé des suites d’une longue maladie. Un hommage lui sera rendu ce mercredi lors du conseil municipal de la commune.
Il aura marqué la ville de son empreinte. Ce mardi, c’est une grande partie des habitants de Brétigny-sur-Orge qui pleure leur ancien maire. Bernard Decaux (PS) est décédé lundi des suites d’une longue maladie, à l’âge de 66 ans.
Très bouleversé par cette disparition, Steevy Gustave (DVG), qui siégeait à ses côtés sur les rangs de l’opposition depuis 2014, a du mal à contenir sa peine. « Je perds un ami, un confident, presque un père, mais aussi un maire qui s’est battu jusqu’au bout », confie son ex-adjoint qui prendra la parole ce mercredi lors du conseil municipal pour lui rendre hommage. « Il aimait profondément Brétigny, poursuit-il. Tous les matins, il faisait le tour de la ville pour s’assurer que tout allait bien. Il était le premier au bureau, et l’un des derniers à partir. Il était toujours présent pour ses agents et les habitants. »
Profondément marqué par l’accident ferroviaire de 2013
Pendant ses treize années de mandat, Bernard Decaux a porté de nombreux projets sur la ville. Comme la réalisation de l’écoquartier Clause Bois-Badeau : « Il voulait trouver des solutions en matière de logement, explique Olivier Léonhardt, ancien président de Cœur d’Essonne agglomération. C’était un homme audacieux et ambitieux pour sa ville. »
Il s’est aussi engagé pour la reconversion de l’ex-base aérienne 217. « A partir de 2008 (NDLR : date de l’annonce de la fermeture de la base), nous avons travaillé ensemble pour établir les définitions stratégiques de cette reconversion », rappelle Sylvain Tanguy, maire (PS) de la commune voisine du Plessis-Pâté. « Bernard était un sage, qui ne parlait pas à tort et à travers, continue l’élu. Dès 2001, il a introduit une nouvelle façon de s’occuper de la ville. »
Michel Pouzol, ancien député (PS) de la 3e circonscription, a longtemps travaillé à ses côtés. C’est ensemble qu’ils ont traversé le drame de 2013 : l’accident ferroviaire qui a coûté la vie à sept personnes. « Nous sommes les deux premiers élus à s’être rendu sur place, se souvient-il parfaitement. Il a profondément été marqué par cette catastrophe. Lorsqu’on en reparlait, il ne pouvait pas retenir ses larmes, lui qui était si réservé et pudique. » Bernard Decaux lui avait confié à plusieurs reprises être déterminé à reconquérir la ville. « Il aurait pu être conseiller départemental ou député, affirme Steevy Gustave, mais seule Brétigny comptait. »
RÉFÉRENCES
COSSON Nolwenn,
Bernard Decaux « était un homme audacieux et ambitieux pour Brétigny-sur-Orge », Le Parisien Essonne, 12 décembre 2017.

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La Métropole du Grand Paris : Smart City et subsidiarité (Jacques Paquier)

« Une Smart City, c’est avant tout des milliards de données » rappelle Jacques PAQUIER, au lendemain du Smart City World Expo Congress qui s’est tenu à Barcelone les 14-16 novembre 2017. (1). On estime en effet que d’ici à 2020, le monde des écrans, des capteurs, et des fichiers devrait amener la création de 32 milliards de nouveaux outils générant plus de 40 000 milliards de gigaoctets de données.
La concentration de la population dans les villes est sans cesse plus importante. En 2017, 50% de la population mondiale vit dans les villes. En 2050, on estime que ce pourcentage sera de 70%. Ce qui les oblige à optimiser leur organisation et à préserver leurs ressources.

Patrick OLLIER, président de la Métropole du Grand Paris et Jacques PAQUIER, rédacteur en chef du Journal du Grand Paris, 100e Congrès de l’Association des maires de France, Porte de Versailles, Paris, jeudi 23 novembre 2017. © Photographie CAD/Bernard Mérigot.

LES SIX CRITÈRES DE LA « SMART CITY »
VILLE INTELLIGENTE

Selon Rudolf GIFFINGER, les villes intelligentes peuvent être identifiées par six critères principaux.

  • une « économie intelligente »,
  • une « mobilité intelligente »,
  • un « environnement intelligent »,
  • des « habitants intelligents »,
  • un « mode de vie intelligent »,
  • une « administration intelligente » (2)

Ces six critères touchent de nombreux domaines :

  • la compétitivité territoriale
  • l’économie des transports,
  • les technologies de l’information et de la communication,
  • les ressources naturelles,
  • le capital humain et le capital social,
  • la qualité de vie,
  • la participation des citoyens à la vie démocratique de la ville.

LE CÔTÉ SOMBRE DE LA SMART CITY

Le concept « smart city » (ville intelligente) est d’origine anglo-saxonne. Les pionnières dans le domaine sont les mégalopoles d’Asie, comme Hong-Kong ou Singapour.

Il existe un côté sombre qui n’échappe pas à Jacques PAQUIER. Il écrit « La smart city est aussi la perspective d’un monde devenu trop transparent, où les acteurs géants du marché gouvernent en connaissant les moindres détails de nos vies privées ». Il ne faut pas se cacher qu’il demeure une tentation : celle d’une ville dans laquelle tous les faits et gestes de ses habitants (modes de vie, consommation, accès aux réseaux, déplacements, reconnaissances visuelles et vocales, achats…) sont minutieusement collectées, enregistrées et traitées. Cette intrusion existe – les exploitations commerciales sont connues -  et se développe dans une relative indifférence citoyenne.

Alors que le monde s’accorde sur le principe d’une co-construction des projets et de leurs mises en oeuvre, basée sur une ouverture des données publiques et la participation des administrations, des entreprises, des associations. « La ville intelligente doit se concevoir comme une plate-forme collaborative dont la finalité est le bien-être des habitants (efficience énergétique, habitat intelligent, réseaux intelligents, mobilité douce…)».

Une ville intelligente ne peut être admise sans un traitement intelligent. Il doit reposer sur sur des principes participatifs de transparence, s’interdisant d’être intrusifs et d’être un  moyen de contrôle de la vie privée.

RÉFÉRENCES

1. PAQUIER Jacques, « La Smart City exige la subsidiarité », Le Journal du Grand Paris, n°1461, 20 novembre 2017. https://www.lejournaldugrandparis.fr/

Smart City World Expo Congress, Barcelone, 14-16 novembre 2017.

2. GIFFINGER Rudolf, Smart cities. Ranking of European medium-sized cities, Centre of Regional Science, 2007.

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Les nouvelles images partagées de la République. Faire un selfie avec Emmanuel Macron au 100e Congrès de l’association des maires de France

LA LETTRE DU LUNDI DE MIEUX ABORDER L’AVENIR, n°276, lundi 27 novembre 2017

« J’ai besoin de vous. Nous avons la République en partage », a déclaré Emmanuel Macron en clôture du 100e congrès de l’association des Maires de France réuni le jeudi 23 novembre 2017 à la Porte de Versailles, à Paris. Dans un discours – qui a duré une heure et demie, et que la presse a qualifié de « discours-fleuve »  – il a fait assaut de pédagogie. Son allocution, ponctuée par quelques sifflets discrets au début, s’est imposée, désarmant (le terme est militaire) « la fronde des maires », annoncée.

Après la fin de son discours, Emmanuel MACRON est descendu de la scène. Une importante partie des congressistes se trouvant dans la salle, l’a entourée, en formant une foule compacte. Très détendu, il s’est alors prêté à une longue séance de selfies. Plus il avançait vers la sortie, plus les candidats aux selfies augmentaient. Je me trouvais sur le podium avec le presse. Un photographe professionnel m’a fait cette confidence : « Je n’ai jamais vu ça depuis qu’il est président ».

 Faire un « selfie » avec Emmanuel Macron, président de la République, 100e congrès de l’association des maires de France (AMF), Porte de Versailles, Paris, 23 novembre 2017. © Photographie CAD / Bernard Mérigot.

On remarquera sur la photographie ci-dessus deux choses :

  • la joie de la personne qui réalise un selfie avec le président de la République. Elle doit penser : « J’ai réussi à approcher le président et il a accepté. Pourvu que la photo soit réussie. Quand je vais la mettre en ligne et que tout le monde va voir que j’ai rencontré le président… »
  • le fait qu’Emmanuel Macron se prête au jeu. Se faire prendre en selfie est devenu un acte politique naturel.

LE PARADOXE POLITIQUE
DE L’INTIMITÉ PUBLIQUE

Le selfie concerne un monde paradoxal, celui du paraître, « un monde du partage où l’on ne partage rien » (1), sinon précisément « un manque à partager » qu’on rend public. C’est peut-être cela que le selfie vient combler, un manque à voir, c’est-à-dire la réalisation de cette idée fantasmée « de ce que l’on voudrait que les autres voient de nous ». Et ce, en dehors de notre part d’ombre, comme la partie visible d’un iceberg qui gommerait les fissures et les étrangetés intérieures : être avec.

Le politicien de l’ère numérique veut apporter aux électeurs la preuve qu’il ne craint pas d’entrer dans leur réalité. En partageant un selfie avec un inconnu ou une inconnue, le leader politique se frotte à sa réalité : il se colle à un parfait étranger, littéralement et physiquement, épaule contre épaule. Il ne manifeste aucune gêne à partager ce moment contradictoire d intimité publique. « Par ce geste qu’il veut parfaitement naturel, avec le sourire qui l’accompagne, il tente de prouver à tous qu’il se sent parfaitement à l’aise », écrit Jacques TIBERI (2).

Le selfie serait-il entre le sujet politique et les électeurs ce que le stade du miroir décrit par Jacques LACAN a été, et demeure encore en partie aujourd’hui, au développement de l’inconscient chez enfant ? Parce qu’aujourd’hui, on en est au stade du téléphone portable. Il n’y a plus de miroir. Lorsqu’une femme veut se remaquiller dans un train par exemple, elle prend son téléphone, met en marche l’application miroir. Elle est filmée et se voit sur l’écran de son téléphone « comme dans un miroir». Aboutissement coûteux de techniques complexes pour parvenir à exécuter une tâche.

Le selfie est-il une expérience initiatique, une « prise de conscience » – selon la formule consacrée – que tout ce que l’on voit ne possède pas la même réalité ? La réalité avec l’autre n’est pas la même réalité que la réalité tout seul. Ce n’est pas sûr, parce si le miroir est un objet réel, ce que l’on y voit n’est pas exactement réalité. Ni la photographie. C’est « une forme » de réalité. Qu’est-ce qui a le plus d’effet : l’autre qui est photographié (voire filmé), ou bien les autres, à qui on montre le selfie ? L’objet ou le réseau ?

Les selfies sont apparus trop récemment pour que l’on puisse avoir un regard anthropologique qui soit suffisamment construit sur leurs pratiques complexes, prenant en compte tant la psychologie individuelle que la sociologie collective des réseaux .

Ce qui est certain, c’est que le selfie se trouve aujourd’hui investi d’une fonction politique. Le prochain président de la République sera celui avec qui les électeurs et les électrices auront réalisé le plus grand nombre de selfies aussitôt mis en réseau : moi avec le président.

RÉFÉRENCES

1. DIDIER Vincent, « Anthropologie du selfie », 10 décembre 2014, http://www.vincentdidier.net/2014/12/anthropologie-du-selfie.html

2. TIBERI Jacques, « Le selfie, un péril pour la démocratie ? », 21 décembre 2017,  http://jai-un-pote-dans-la.com/le-selfie-un-peril-pour-la-democratie/

RÉFÉRENCES

« 100e congrès des maires au service des libertés locales », Maires de France, Le magazine des maires et des présidents d’intercommunalités, numéro hors-série, novembre 2017, 66 p. Avant-propos de François BAROIN, président de l’Association des maires de France, p. 3

« 100e Congrès des maires : un patrimoine immatériel pour construire la France de demain », Maires de France, Le magazine des maires et des présidents d’intercommunalités, numéro hors-série, novembre 2017, p. 3.

« 100e Congrès des maires. Mon maire, ce héros », La Gazette des communes, des départements, des régions, Dossier, n°44/2391, 20 novembre 2007, p. 7- 53.

La Lettre du lundi de Mieux Aborder l’Avenir
n°276 lundi 27 novembre, 2017

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Les maires de France refusent que l’avenir n’appartienne qu’aux métropoles (François Baroin)

« Je m’interroge sur la possibilité pour les communes de maintenir leurs services de proximité », a déclaré François BAROIN, président de l’Association des maires de France (AMF) avant d’entrer dans la salle du 100e congrès qui se tient les 21, 22 et 23 novembre 2017 à la Porte de Versailles.

François BAROIN, président de l’Association des maires de France (AMF) avant la première séance du 100 e congrès, Porte de Versailles, Paris, mardi 21 novembre 2017. © Photographie CAD/Bernard MÉRIGOT

Il rappelle que

  • 50% de la population vit dans des communes de moins de 10 000 habitants,
  • 30% de la population vit dans des communes de moins de 2 500 habitants.

« Il est insupportable pour tous ces Français d’entendre sans cesse que l’avenir n’appartient qu’à six métropoles, dont Paris, qu’il faut qu’elles soient grandes et puissantes, et que rien ne peut se passer en dehors d’elles. Les maires de France n’en peuvent plus ».

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Le forum international sur la liberté de recherche (Freedom of Research) à Paris

La liberté ne va jamais de soi. Dans aucun pays et à aucune époque. Son exercice vit en permanence dans un rapport d’opposition, de conflit et de dissensus qui autorise tout homme et toute femme à contester la légitimité des structures de pouvoir.

La liberté de recherche n’est fondée sur aucun a priori. Elle engage la démocratie et la capacité des institutions et des espaces publics à accueillir le conflit politique, à favoriser et faire circuler les questionnements et les positionnements critiques, et donc à protéger les citoyens.

Tel est le sujet qui est abordé par l’important colloque international intitulé « Freedom of Research » (La liberté de recherche aujourd’hui : conflits, pratiques, perspectives) qui se tient à Paris les 16, 17 et 18 novembre 2017. (1)

Les aigles veillent. Art Street, 20 août 2017. © Photographie CAD/Bernard Mérigot 2017.

LES ATTEINTES CONTRE LA LIBERTÉ DE RECHERCHE

Une série d’événements politiques récents souligne en cette année 2017 l’urgence d’interroger, l’état présent de la liberté de la recherche. Citons de façon non limitative :

  • Répression d’universitaires en Turquie,
  • Violences contre des chercheurs américains travaillant sur le printemps arabe,
  • Menaces de mort contre des universitaires travaillant sur le processus de paix en Colombie,
  • Saisie de documents d’universitaires français travaillant sur le terrorisme,
  • Condamnation de chercheurs italiens ayant participé à des manifestations contre la ligne à grande vitesse dans le Val de Susa,
  • Licenciements de chercheurs ayant participé à Occupy Wall Street

La liberté de la « recherche » doit être entendue de la façon la plus large comme étant celle :

  • d’avoir accès à toutes les informations publiques,
  • d’étudier,
  • d’enquêter,
  • de produire du savoir,
  • de s’exprimer publiquement
  • de publier.

Elle concerne les universitaires, les étudiants, les journalistes, les syndicalistes, les artistes, les militants et les citoyens.

Les participants à ce colloque se proposent de réfléchir à la nature politique, conflictuelle et critique des voix que les répressions des pouvoirs en place étouffent.

Freedom of Research, International Forum, 16-17-18 novembre 2017, Paris, Université Paris Diderot-Paris 7, 9 Esplanade Pierre Vidal-Naquet, 75013, Paris.

RÉFÉRENCES

1. « La liberté de recherche aujourd’hui : conflits, pratiques, perspectives /  Freedom of Research », International Forum, 16-18 november 2017, Université Paris Diderot-Paris 7, http://freedom-of-research.org/index.html

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La représentation de l’imaginaire par le récit de science-fiction : « La Guerre des mondes » de H.G. Wells

LA LETTRE DU LUNDI DE MIEUX ABORDER L’AVENIR, n°270, lundi 16 octobre 2017

Toute société, toute culture, toute langue comprend une part variable d’imaginaire. La nouvelle édition de La Guerre des mondes de H.G. WELLS que publie Philippe MELLOT permet de s’interroger sur l’évolution dans le temps de l’imaginaire au travers de ses illustrations (1).
Certains imaginaires créés par une même oeuvre de l’esprit sont-ils plus fort que d’autres ? Est-ce celui de son texte, des illustrations qui en ont été faites, d’une émission de radio, ou des films qui ont été réalisés  ?

La Guerre des mondes, de H.G. WELLS, Omnibus Éditeur, 2017.

L’imaginaire est le fruit de l’imagination des individus, des groupes, et des sociétés qui produisent des images, des représentations, des récits, et des mythes qui sont à la fois détachés et soumis à la réalité. L’imaginaire est toujours paradoxal. Il est immatériel tout en s’appuyant sur des traces matérielles. Les dessins d’Alvim CORRÊA occupent une place stratégique dans la représentation de The War of the World (La Guerre des mondes) de H.G. WELLS. C’est une occasion de relire le texte, depuis son premier mot, qui débute le texte, jusqu’à son dernier mot, qui le termine, sans que ces deux jalons achèvent ses représentations.

LA CATÉGORIE DE L’INCROYABLE

« No one would believed ». Personne n’aurait cru : c’est par cette phrase qui appartient à la catégorie de l’incroyable que Herbert Georges WELLS débute le premier chapitre de The War of the World (La Guerre des mondes), roman publié en 1898. L’effet de sens produit par le titre à la fois singulier (la guerre), et pluriel (les mondes) et par le texte, traite tout simplement de « la » guerre. Banalité de l’annonce, évidence douloureuse de tenir un discours sur elle, d’en faire l’histoire. Ce dont il est question ici, c’est de quelque chose de radical, d’un conflit monstrueux, d’un combat final où tout est en jeu. Cette totalité embrasse non seulement toute la vie, la vie quotidienne comme la civilisation sous toutes ses formes connues. Une guerre qui ne se déroule pas dans les limites des conventions habituelles : elle concerne tout le monde, tout un monde qui est menacé par un autre monde.

Pour incroyable que cela soit, il y a au niveau du réel, un autre monde qui se distingue par une différence : celle qui permet que l’on y croit. Parce que ce qui est en jeu dans le texte de H.G. WELLS, annoncé par son titre, ne relève pas de la simple imagination, d’un possible qui vient se produire lors d’un temps d’arrêt de la raison, mais de quelque chose qui se situe en dehors de tout repérage préétabli. Un monde situé dans un ailleurs qui est introduit par la question de KEPLER placée en exergue :

« But who shall well in these Worlds if they be inhabited ? ».

« Mais qui pourra bien aller dans ces mondes s’ils sont inhabités ? ». (2) On peut remarquer que pour citer KEPLER, H.G. WELLS s’est servi d’un intermédiaire, Robert BURTON, et de The Anatomy of Melancholy (1621), indiquant qu’il n’avait pas eu un accès direct au théoricien de la planète Mars. S’agit-il ici d’une caution scientifique permettant d’excuser par avance quelque spéculation, quelque élucubration, quelque délire ? Il y a une rencontre entre le discours de la science et le discours de la fiction. L’œuvre de KEPLER comporte, en dehors des lois célèbres qu’il a énoncées, de nombreuses spéculations astrologiques. C’est une façon pour H.G. WELLS de signifier que la démarche de la Science ne peut se passer de la Fiction, cet axe majeur développé par la science-fiction.

H.G. WELLS (1866-1946)

UN CERTAIN REGARD D’EN HAUT

Dans le premier chapitre de La Guerre des mondes, intitulé « The eve of the war » : ce qui est à proprement incroyable, c’est que dans les dernières années du XIXe siècle, « les choses humaines » terrestres aient été observées. L’un des deux mondes, c’est le notre. Quant-à l’autre, un certain regard venu d’en haut le situe comme un ailleurs de l’espace où l’homme est examiné et étudié comme « a man with a microscope might scrutinize the transcient creatures that swarn and multiply in a drop of water ». L’un des mondes est en position de regard, et donc de pouvoir, sur l’autre. Cette clause pourrait être considérée d’un point de vue religieux comme une représentation de la puissance divine, constituée ici comme une révélation scientifique d’un fait incroyable. A cela ne répond que l’ignorance, voire l’insouciance, de l’homme observé, rappelant ici celle du lecteur.

On voit que dès le premier chapitre premier de La Guerre des mondes, le discours scientifico-fictif qui s’engage, cerne déjà en le situant en une structure précise, un évènement singulier, incroyable : en l’occurrence, la venue de Martiens, comme si des achoppements précis lui étaient indispensables dans les deux dimensions du temps et de l’espace pour se construire, comme dans tout discours historique. Pour l’espace, c’est la science qui lui fournit sa représentation, pour le temps, c’est la fiction qui lui assure sa représentation.

« WRECKAGE » (DEBRIS)

La répétition finale du texte, soulignant l’inaccessible du quotidien vécu par le « je » du narrateur doit être relevé. Au chapitre 9 intitulé « Wreckage » (Débris), « je » revient sur l’un les lieux où il a vécu cette guerre, c’est-à-dire chez lui.

« The door has been forced ; it was unfastened, and was opening slowly as I approched (…). The smashed bushes were just I had left them nearly four weeks ago. I stumble into the hall, and the house feld empty ». (p. 187)

« Felt empty » : le « senti vide ». C’est comme si cela sonnait le creux. La scène est irrémédiablement vide. Mais dans cette solitude, aucun objet, de par la fonction particulière qu’il pouvait remplir précedemment, ne vient témoigner l’absence de l’être cher. C’est plutôt au niveau d’une singulière totalité, à laquelle chaque chose venait alors participer, que l’autre est  déduit de façon négative. Ce qui n’est pas là devient présent.

« My home was desolate. I perceived the folly of the faint hope I had cherished so long » (p. 187)

La scène vide va être le théâtre d’une autre scène, à ce point imaginaire que « je » ne se résout plus, même en rêve, à espérer la vivre. Une voix, celle de l’autre, va venir comme en écho doubler la sienne.

« It is no use, said a voice, the house is deserted. No one has been these ten days. Do not stay here to torment yourself ? No one escaped but you ». (p. 187)

La voix, celle d’une la conscience raisonnable qui s’adresse à sa femme, présente en même temps que lui. Encore quelques pas, une porte à franchir et deux êtres perdus vont se retrouver.

« She puts her hand to her throat – swayed I made a step forward and caught her in my arms ». (p. 188)

Le dernier chapitre s’achève. Pourtant un épilogue termine le livre pour donner, en dehors du temps du récit, un certain nombre de précisions scientifiques. La « conclusion de la conclusion » en quelque sorte. Elle ne saurait surprendre outre mesure. Les tentacules, les machines à bras et les articulations mécaniques des martiens et de leurs machines sont laissées de côté pour permettre à des bras humains de se tendre vers une main et de la serrer.

« A strangest of all is it to hold my wife’s hand again, and to think that I have counted her, and that she has counted me, among the dead ». (p.192)

Faut-il chaque fois une guerre pour que l’être aimé soit atteint? Gardons la réponse : les mondes qui s’affrontent sont peut-être plus proches qu’on ne le pense. Un homme et une femme se retrouvent après qu’ils aient cru, l’un et l’autre, que la mort avait frappé l’autre.

« The dead ». Ce dernier mot vient clore autre chose que le texte de La Guerre des mondes. Un récit matériel, s’achève. D’autres, imaginaires s’ouvrent. Tel est le terme à partir duquel un trait est provisoirement tiré. La critique, à propos de la science-fiction comme genre, ne prétend qu’a la liberté qu’elle prend pour s’établir.

La Guerre des mondes est une longue métaphore d’une continuité rompue, d’une série d’évènements terribles, et de retrouvailles finales. Le roman laisse de nombreux messages. Pour n’en garder qu’un, nous retiendrons que l’autre monde, celui de la destruction et de la mort, est à la fin vaincu naturellement par notre monde : des armes de résistance invisibles sont en nous.

Les productions situées comme fantastiques, scientifico-fictives, romano-policières, futurologistes… dérangent l’ordre des récits établis. Elles offrent matière au rêve par un effet de la subversion que Jacques LACAN place précisément du côté du sujet.

Affiche de La guerre des mondes («The War of the Wolrds»), film américain de Byron HASKIN (1953), Paramount Pictures d’après le roman de H.G. WELLS (1898)

RÉFÉRENCES

1. WELLS H.G., La Guerre des mondes, Omnibus Éditeur, 2017, 256 p. Traduction de Henry D. Davray. Illustrations de Alvim Corrêa, Préface de Philippe Druillet. Postfaces de Philippe Mellot et de Jean-Marie Embs. ISBN 978-2-258-14625-9 http://www.omnibus.tm.fr/

« Alvim Corrêa a fait plus pour mon travail avec son pinceau que moi avec ma plume. » a écrit H.G. Wells. Fasciné par La Guerre des mondes, l’artiste d’origine brésilienne Henrique Alvim Corrêa (1876-1910) entreprend d’illustrer le chef-d’oeuvre visionnaire de H.G. Wells, pierre fondatrice de la science-fiction moderne.
En 1903, il présente son travail à H.G. Wells qui applaudit avec enthousiasme. Il avait enfin trouvé l’illustrateur à la démesure de son roman : fidèle, spectaculaire, violent, angoissant. Il faudra deux ans à Alvim Corrêa pour créer les 137 illustrations de cet album, publié à 500 exemplaires en 1906, et devenu mythique.

DRUILLET Philippe, « Les Martiens, c’est nous ! », p. 5. In WELLS H.G., La Guerre des mondes, Omnibus Éditeur, 2017, 256 p. Traduction de Henry D. Davray. Illustrations de Alvim Corrêa, Préface de Philippe Druillet. Postfaces de Philippe Mellot et de Jean-Marie Embs. ISBN 978-2-258-14625-9

MELLOT Philippe, « Les illustrateurs de La Guerre des mondes en France et en Belgique », p. 211-233. In WELLS H.G., La Guerre des mondes, Omnibus Éditeur, 2017, 256 p. Traduction de Henry D. Davray. Illustrations de Alvim Corrêa, Préface de Philippe Druillet. Postfaces de Philippe Mellot et de Jean-Marie Embs. ISBN 978-2-258-14625-9

EMBS Jean-Marie, « Réflexions sur La Guerre des mondes », p. 235-256. In WELLS H.G., La Guerre des mondes, Omnibus Éditeur, 2017, 256 p. Traduction de Henry D. Davray. Illustrations de Alvim Corrêa, Préface de Philippe Druillet. Postfaces de Philippe Mellot et de Jean-Marie Embs. ISBN 978-2-258-14625-9

2. WELLS H.G., La Guerre des mondes, Mercure de France/Le Livre de poche (n°871),  1969, 252 p. Traduction de Henry D. Davray. p. 7.
La citation ne figure pas dans la réédition de 2017

La Lettre du lundi de Mieux Aborder l’Avenir
n°270,  lundi 16 octobre 2017

Commentaire du 16 octobre 2017
Le livre La Guerre des mondes est disponible auprès de l’éditeur Omnibus dans dix jours, à partir du 26 octobre 2017. Merci à Philippe Mellot de nous avoir remis ce vendredi 13 octobre un exemplaire de l’édition qu’il a dirigée.
http://www.omnibus.tm.fr/

Commentaire du 21 octobre 2017, 09 : 00
Merci pour votre très bel article sur La Guerre des mondes. Cela résonne si bien avec l’atmosphére ambiante.
Bien amicalement,
Philippe TANCELIN

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