Les mutations sorcières dans le bassin du Congo (Patrice Yengo)

Il faut rappeler qu’étudier et poursuivre des recherches sur les sociétés africaines contemporaines présente un double intérêt. D’abord, celui d’essayer d’entrer dans la connaissance d’autres sociétés (langue, culture, vie quotidienne, pratiques politiques…), en appréhendant leurs mots et leurs  formes d’organisation sociale, en analysant ce qu’elles font et ce qu’elles disent, en dépassant tout ce qui est implicite, et en interrogeant ce qu’elles taisent. Ensuite chacun « plein d’usage et de raison », à la suite de ses expériences et de ses connaissances africaines acquises, il sera mieux à-même de regarder et d’étudier, avec une compréhension « enrichie », sa propre propre société, dans laquelle il vit, étudie, enseigne, cherche, et publie.

Monique SELIM, Patrice YENGO, Julie PEGHINI, Olivier DOUVILLE. Séminaire Anthropologie, psychanalyse et politique. Regard sur les terrains. Subjectivisation et globalisation. Séance du 7 février 2017, Fondation Maison des sciences de l’homme et Association Française des Anthropologues, 16 rue Suger, Paris VIe. © Photo CAD/BM 2017

Monique SELIM, Julie PEGHINI et Olivier DOUVILLE ont reçu le 7 février 2017 Patrice YENGO pour présenter et débattre de son livre Les mutations sorcières dans le bassin du Congo. Du ventre et de sa politique (1) dans le cadre du Séminaire Anthropologie, Psychanalyse et politique. Regard sur les terrains. Subjectivation et globalisation, qui s’est tenu à la Fondation Maison des sciences de l’homme, 16 rue Suger, à Paris (VIe ). (2)

Monique SELIM et Patrice YENGO. Séance du séminaire Anthropologie, Psychanalyse et politique. Regard sur les terrains. Subjectivisation et globalisation. Séance du 7 février 2017. « Les mutations sorcières dans le bassin du Congo. Du Ventre et de sa politique». © Photo CAD/BM 2017

RÉFÉRENCES

1. YENGO Patrice, Les mutations sorcières dans le bassin du Congo. Du ventre et de sa politique, Paris Éditions Karthala, 2016.

Patrice YENGO est un anthropologue francophone né en 1949. Après une formation en pharmacologie à la faculté de médecine de Brazzaville, il s’est orienté vers l’anthropologie médicale et l’anthropologie politique. Il a soutenu une thèse en anthropologie politique et est titulaire d’une habilitation à diriger des recherches. Il est l’auteur de nombreuses publications.

  • Le venin dans l’encrier, Les conflits du Congo-Brazzaville au miroir de l’écrit. Paris, Paari, 2009. ISBN 2-84220-030-6
  • La guerre civile du Congo-Brazzaville, 1993-2002 Chacun aura sa part. Paris, Editions Karthala, 2006. ISBN 978-2-84586-815-1

2. Le séminaire Anthropologie, psychanalyse et politique regards sur les terrains. Subjectivation et globalisation propose de repenser les dialogues et les mises à l’épreuve réciproques entre anthropologie et psychanalyse. Il s’efforce d’articuler trois lignes de questionnement :
● Clinique du terrain et terrains cliniques : des anthropologues s’interrogent sur la nature des relations interpersonnelles développées durant leurs enquêtes, le sens et les modalités de leur écoute, et, corollairement, les mobiles intimes de la parole des acteurs.
● Folie et État : une réflexion croisée, d’un côté sur les élaborations identitaires des nouvelles représentations du bien-être psychique, de l’autre, sur les instances de légitimation sur ce que serait une bonne santé psychique en termes de prévention, de diagnostic, de traitement et de leur évaluation.
● Ouvrir le débat entre anthropologie et psychanalyse de l’ordre épistémique et épistémologique.

FONDATION MAISON DES SCIENCES DE L’HOMME (MSH) et ASSOCIATION FRANÇAISE DES ANTHROPOLOGUES (AFA), Séminaire Anthropologie, psychanalyse et politique regards sur les terrains. Subjectivation et globalisation (Année 2016-2017),  Maison Suger, 16 rue Suger, Paris 6e. Le séminaire est coordonné par Olivier Douville, psychanalyste, Laboratoire CRPMS Université Paris 7, Delphine Lacombe, sociologue, chargée de recherche CNRS,CESPRA, Julie Peghini, anthropologue, MCF Université Paris 8, Monique Selim, anthropologue, directrice de recherche à l’IRD.
http://www.afa.msh-paris.fr/?page_id=66

La Maison Suger est un centre international de recherche, d’accueil et de coopération pour chercheurs étrangers de haut niveau. Située dans le Quartier Latin, centre historique de Paris, la Maison Suger a été créée en 1990 par la Fondation Maison des Sciences de l’Homme afin d’offrir aux chercheurs étrangers en sciences humaines et sociales devant séjourner à Paris et pendant des durées prolongées, dans le cadre de collaborations avec des équipes et des chercheurs français et étrangers, un environnement de travail et de vie adapté à leurs besoins. Elle a également pour mission de favoriser les échanges entre chercheurs de toutes disciplines et nationalités, afin de susciter et révéler de nouvelles perspectives et de nouveaux projets ou programmes de coopération scientifique.

DOCUMENT

SUR LA SORCELLERIE EN AFRIQUE

Un important colloque international s’est tenu à l’École des Hautes Études en Sciences Sociales (EHESS) à Paris les 13, 14 et 15 juin 2016. On lira ci-dessous son argumentaire. Les intertitres, qui soulignent quelques concepts ouvrant la réflexion, sont de la rédaction.
DIABOLISATION DE L’AUTRE
ET NÉGATION DES DROITS DE LA PERSONNE HUMAINE
Soupçons, rumeurs, accusations, lynchages, meurtres…
Dans certaines régions d’Afrique, les « affaires de sorcellerie » et la chaîne de violences qui conduit du soupçon, ou de la rumeur, à l’accusation publique jusqu’au passage à l’acte (meurtre, lynchage), prennent aujourd’hui une dimension alarmante. Les accusations peuvent cependant être portées devant les institutions légales car dans les systèmes judiciaires de ces pays africains, la « pratique de sorcellerie », associée à la « magie » et au « charlatanisme », est définie et sanctionnée en tant que délit ou crime par des articles des Codes pénaux introduits par l’autorité coloniale au milieu du XXe siècle et conservés, renforcés par les systèmes judiciaires postcoloniaux.
Médiations sociales et passages à l’acte
Face aux politiques d’exorcisme d’une « justice populaire » souvent exercée par les jeunes des villages ou des quartiers, les institutions et leurs dispositifs judiciaires, policiers et sanitaires font appel aux diagnostics et aux recours des thérapies religieuses. De la criminalisation des sorciers à la victimisation des ensorcelés en souffrance, les enjeux sont toujours les mêmes qu’il s’agisse de la qualification des « faits », de l’identité des accusateurs et des accusés, ou de la réversibilité des places occupées (ensorcelé/sorcier). Le fait que les accusations visent les plus vulnérables (femmes, jeunes déscolarisés ou au chômage, malades du sida, «enfants sorciers », migrants) confirme le processus de « déparentalisation » et de « dévillagisation » des affaires de sorcellerie, ce qui explique les passages à l’acte qui font l’évènement médiatique, court-circuitant les procédures de recours et de médiation sociale.
Purification de l’espace public
La récurrence des affaires de sorcellerie va de pair avec l’émergence de nouveaux acteurs et de nouvelles formes de sorcellerie. Les « tradipraticiens » représentent un nouveau type de médiateurs proches des élites lettrées et des cercles du pouvoir, et ne sont pas très éloignés, malgré leur référence aux ressources de la tradition, des nouveaux pasteurs guérisseurs qui se proposent de « purifier l’espace public ». Les alternatives entre justice coutumière et justice pénale, entre conjuration familiale et politique du pardon, entre sanction juridique ou guérison divine, se sont quelque peu brouillées.
L’écran des traditions locales
Les travaux menés au sein du programme ANR « L’État et les institutions face à la sorcellerie dans l’Afrique contemporaine. Violence, justice et droits de l’Homme » (EInSA) visent à enrichir le questionnement et les analyses en ouvrant sur d’autres travaux menés dans d’autres régions du monde et d’autres périodes historiques de « procès de sorcellerie » interpelant l’État, la Justice et les acteurs religieux. Les réactions d’indignation des opinions publiques et la mobilisation de l’éthique des droits de l’Homme (ou des Droits de la personne humaine) face à des situations de lynchage ou de suicide de présumés sorciers, ou à la mort d’enfants « délivrés » du mal, aussi bien en Afrique qu’en Europe, ne permet plus de s’en tenir à une lecture « culturaliste » ou au recul des traditions locales.
De l’entre soi familial à l’anthropologie de l’imaginaire global
« Face à … » et plus seulement « pris dedans » pour mieux comprendre. Au-delà des apports d’une ethnologie des tyrannies de l’intimité et de l’emprise de l’entre soi familial ou d’une anthropologie de l’imaginaire global de l’État sorcier, l’anthropologue est invité à faire face aux réponses que les dispositifs judiciaires, thérapeutiques et ecclésiologiques apportent aux individus et aux familles en souffrance aussi bien qu’aux attentes collectives de justice.
Médicalisation, pénalisation, politisation
Les chercheurs « face à la sorcellerie » confrontés à ces affaires ont une responsabilité d’acteurs et sont interpelés comme les juges et les médecins par ces processus de pénalisation et de médicalisation, sinon de politisation de la sorcellerie. L’enjeu n’est pas tant celui de l’irrationalité d’un système de croyances ni seulement celui d’une modernité insécurisée sur le plan spirituel, mais celui de la caution morale apportée à des « procès de sorcellerie » qui passent par la diabolisation de l’autre et la négation des droits de la personne humaine.
RÉFÉRENCE
Face à la sorcellerie (Facing Witchcraft). Colloque de clôture du programme « L’État et les institutions face à la sorcellerie dans l’Afrique contemporaine. Violence, justice et droits de l’Homme » (EInSA 2012-2016), 13-14 et 15 juin 2016, École des Hautes Études en Sciences Sociales (EHESS), 96 boulevard Raspail, Paris 6e.
https://www.ehess.fr/fr/colloque/face-sorcellerie

http://calenda.org/367734

Mention du présent article http ://www.savigny-avenir.info
ISSN 2261-1819
Dépôt légal du numérique, BNF 2017

 

 

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Le nouveau logo de Grand Orly Seine Bièvre. Au delà de l’identité visuelle d’un territoire

LA LETTRE DU LUNDI DE MIEUX ABORDER L’AVENIR, n°234, lundi 6 février 2017

L’établissement public territorial Grand Orly Seine Bièvre, créé le 1er janvier 2016 sous le nom d’ « EPT 12 », a présenté publiquement le 2 févier 2017 son nouveau logo. Ce que l’on appelle l’identité visuelle d’une collectivité publique ne saurait se résumer à un logotype, à un choix de caractères typographiques et à des règles de mise en page des documents qu’elle produit (papier, site, signalétique…). Elle est une partie visible – et une partie seulement – des relations d’identification complexes qui inter-réagissent entre ce qui est interne et ce qui est externe à une institution, entre de ceux qui y travaillent (dirigeants et employés – en l’occurrence élus et fonctionnaires territoriaux), de ceux qui en sont les usagers (citoyens, habitants, entreprises, touristes…).
Un logo n’est pas seulement un «reflet» d’une identité collective :
il fait partie intégrante de son identité.

Logo de l’établissement public territorial Grand Orly Seine Bièvre présenté publiquement le 2 février 2017 au cours des Premières rencontres des acteurs économiques du Territoire Grand Orly Seine Bièvre au Centre de conférences de l’aéroport d’Orly Sud.  © Photo CAD / BM 2017

Un logotype, ou plus couramment « logo », est une composition figurée servant à identifier visuellement, de façon immédiate, une entreprise, une marque, une association, une institution, un produit, un service, un événement… Il vise essentiellement deux buts :

  • se faire à la fois connaître et reconnaître des publics et des clients auquel il s’adresse,
  • se différencier des autres entités d’un même secteur.

Concernant les institutions et les administrations publiques, on connait les symboles, les emblèmes officiels qui figurent sur des écus, des sceaux ou des drapeaux. Ils sont protégés par un privilège de la puissance publique sans avoir besoin d’être déposés comme une marque ou un modèle commercial.

Le logo est un objet visuel qui parle, mais aussi un objet de discours que l’on voitVoir ne veut pas dire lu, écouter ne veut pas dire entendu. Discours souvent automatique de l’institution, discours de ses acteurs et des médias, marqué par un symbolisme auto-proclamé, auto-justifié, auto-expliqué, auto-médiatisé.
Pour Michel LEPRÊTRE, président de Grand Orly Seine Bièvre, le nouveau logo du territoire est un « logo simple, typographique, donc durable, qui illustre parfaitement notre conception de la gouvernance du territoire.»

LOGOTYPE ET TERRITOIRE
QUI FABRIQUE L’AUTRE ?

« Concevoir l’identité visuelle d’une collectivité territoriale est un exercice délicat, qui résulte de recherches approfondies et d’une expertise professionnelle, pour garantir la meilleure représentation graphique de l’entité publique ». Cette pensée considère que la réalisation du logotype d’une collectivité territoriale a pour fonction de représenter son entité, comme s’il s’agissait d’exprimer une représentation préexistante. Nous pensons au contraire qu’elle est une construction, une fabrication qui façonne le territoire, pris comme objet, le modifie pour le projeter dans un ailleurs.

Michel LEPRÊTRE, président de l’EPT Grand Orly Seine Bièvre, et Richard DELL AGNOLA,  vice-président chargé de la stratégie économique lors des Rencontres des acteurs économiques organisées au Centre de conférences de l’aéroport d’Orly le 2 février 2017. ©  Photo CAD/BM 2017

« MOI-JE »
AMBITIONS ET LIMITES
DES LOGOTYPES

Le graphiste Ruedi BAUR rappelle que c’est à la fin des années 1980 que le phénomène a commencé à apparaître : une majorité de villes est progressivement passée du système cohérent des blasons – où la concurrence entre les signes restait modeste – à des logos et à des identités visuelles influencées directement par le marché économique, prescripteur et ordonnateur de compétitions – peu visibles, mais toujours vigoureuses – entre les territoires. « Chaque ville, chaque village, chaque collectivité territoriale… s’est progressivement dotée d’un « moi je » graphique » (1).

Chaque démarche de recherche et de constitution d’identité visuelle s’est faite inconsciemment, par mimétisme, à la fois en copiant les autres et en cherchant à se distinguer d’une façon radicale les autres. Pour Ruedi BAUR, par delà « la médiocrité de la grande majorité de ces signes », ceux-ci ont pour dénominateur commun d’être faits « pour ne pas cohabiter » avec les autres, alors que toutes les collectivités publiques sont contraintes de cohabiter avec les autres, à la fois parce que celles-ci constituent leur proximité et leur voisinage, mais aussi parce toutes se juxtaposent, se superposent, s’enchevêtrent, et  s’emboîtent « comme des poupées russes » pour constituer une fusion de territoires formant les cantons, les intercommunalités, les départements, les régions, la République, l’Europe et le Monde.

Le logo d’une institution ne nait pas sans raisons. Raisons explicites et raisons implicites. Raisons dites et raisons tues. Quant-est-il dans la continuité ? Quant-est-il dans la rupture ?

L’ENSEIGNEMENT DES ALTERNATIVES URBAINES

Dans le cas présent, il faut analyser la logique dans laquelle s’inscrit la démarche de création réalisation du logo de l’établissement public territorial Orly Seine Bièvre, collectivité territoriale regroupant 24 communes et 680 000 habitants, qui en a confié la réalisation à un groupe d’étudiants de l’IUT Adolphe Chérioux de l’Université de Paris Est Créteil (UPEC) situé à Vitry-sur-Seine.

Les étudiants qui ont travaillé sur le logo de Grand Orly Seine Bièvre préparent un Diplôme supérieur d’arts appliqués (DSAA de design, mention espace) intitulé Alternatives urbaines (IUT Adolphe Chérioux, Université de Paris Est Créteil, à Vitry-sur-Seine). Cette formation aborde l’émergence de nouvelles pratiques professionnelles dans les domaines de l’architecture, de la scénographie et du paysage. Elle s’appuie sur les dynamiques pratiques et intellectuelles qui animent aujourd’hui nombre de collectifs et de chercheurs travaillant de manière prospective à la transformation des paysages urbains.

Présentation du logo de l’établissement public territorial Grand Orly Seine Bièvre par les étudiants de l’IUT Adolphe Cherioux de l’Université de Paris Est Créteil (UPEC) situé à Vitry-sur-Seine, Centre de conférences de l’aéroport dOrly Sud, 2 février 2017. © Photo CAD / BM 2017

Les étudiants sont amenés à développer concrètement dans leurs projets d’étude des dispositifs et des processus :

  • interrogeant les modes de vie urbains actuels
  • proposant des alternatives répondant aux attentes de convivialité, d’équité sociale, de sobriété énergétique, de réservation et de restauration de la biodiversité.

Le diplôme supérieur d’arts appliqués forme des professionnels capables de concevoir et de coordonner la réalisation de projets en fonction de contraintes esthétiques, techniques, sociales et écologiques. Leurs titulaires ayant vocation à intégrer des collectifs artistiques, des agences d’architecture, d’urbanisme ou de paysage aussi bien que des studios de design ou des collectivités territoriales publiques.

Il fonctionne comme un bureau d’études pluridisciplinaire autour d’un atelier de projet, organisé sous forme de séminaires, de conférences, de workshops et de périodes de stages. Ses principaux enseignements comprennent :

  • Pôle Culture : Humanités modernes, Langue vivante étrangère
  • Pôle Recherche et création en arts visuels : Culture technique, Pratiques plastiques
  • Pôle Recherche et création en design : Atelier de projet, d’expérimentation et de recherches,
  • Stage en milieu professionnel.
Logo de l’établissement public territorial Grand Orly Seine Bièvre. Variations. Présentation au Centre de conférences de l’aéroport d’Orly Sud, 2 février 2017.  © Photo CAD / BM 2017

UN ÉCLATEMENT QUI RASSEMBLE ?

Que voit-on ? Une dissociation, un éclatement.  Un logo qui privilégie « la lettre », au total 44 lettres : les 20 lettres qui forment les 4 noms «Grand Orly, Seine, Bièvre», auxquels s’ajoutent les 24 initiales des noms de chacune des communes. Un alphabet.

Un constat : des lettres éparses. Une question : des noms, des mots à composer.

Un territoire est-il un lieu matériel, ou bien un langage à créer et une parole à constituer ?

Le logo du Grand Orly Seine Bièvre est sur le sac :  il monte les marches.
Présentation publique du 2 février 2017

RÉFÉRENCES

1. BAUR Ruedi, « Quel langage visuel pour une collectivité territoriale ? », Étapes, 1er avril 2015. http://etapes.com/ruedi-baur-quel-langage-visuel-pour-une-collectivite-territoriale

La Lettre du lundi de Mieux Aborder l’Avenir
n°234, lundi 6 février 2017

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ISSN 2261-1819
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Les projets d’aménagement territorial de Grand Orly Seine Bièvre

« Être un territoire ambitieux au service du développement », c’est par ce propos que Michel LEPRÊTRE, président de Grand Orly Seine Bièvre (EPT 12), a ouvert les Premières Rencontres des acteurs économiques qui se sont déroulées au Centre de conférences de l’aéroport d’Orly Sud. Devant l’ensemble des représentants des entreprises, qui interviennent dans l’économie de ce territoire comprenant 24 communes, il a présenté l’organisation du développement de l’établissement public territorial (EPT) qu’il préside depuis sa création dans le cadre de la Métropole du Grand Paris, soit le 1er janvier 2016.

Lire la suite : http://portes-essonne-environnement.fr/les-ambitieux-projets-de-developpement-territorial-de-grand-orly-seine-bievre/

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Les acteurs économiques de l’Établissement public territorial Grand Orly Seine Bièvre se réunissent

Quelle est l’échelle territoriale qui est compétente pour s’occuper des activités économiques locales ? La création le 1er janvier 2016 de la Métropole du Grand Paris (MGP) ainsi que des 12 établissements publics territoriaux (EPT) qui la composent a modifié les réponses que les collectivités locales peuvent apporter. Où en est-on un an après ? C’est l’une des questions que viennent d’aborder les Premières rencontres des acteurs économiques du territoire Grand Orly Seine Bièvre qui se sont tenues le jeudi 2 février 2017 au Centre de conférence Orly Sud à l’Aéroport d’Orly. (1)

Michel LEPRÊTRE et Richard DELL’AGNOLA présentent les Rencontres des acteurs économiques du territoire Grand Orly Seine Bièvre, jeudi 2 février 2017, Centre de conférences Orly Sud ©  Photo CAD / BM 2017
Premières Rencontres des acteurs économiques du territoire Grand Orly Seine Bièvre
organisée par l’Établissement public territorial Grand Orly Seine Bièvre (EPT 12) de la Métropole du Grand Paris (MGP)
jeudi 2 février 2017
Centre de conférence Orly Sud, Terminal Sud, Paray-Vieille-Poste, (Essonne)

RÉFÉRENCES

1. ÉTABLISSEMENT PUBLIC TERRITORIAL GRAND ORLY SEINE BIEVRE, « Première Rencontre des acteurs économiques du territoire Grand Orly Seine Bièvre, Centre de conférence Orly Sud, Terminal Sud, Paray-Vieille-Poste, Essonne, jeudi 2 février 2017, 19 h.

L’Établissement public territorial Grand Orly Seine Bièvre a été créé le 1er janvier 2016 sous le nom d’Établissement public territorial n°12 (EPT 12). Il fait partie de la Métropole du Grand Paris (MGP) composée de 12 établissements publics territoriaux. Il rassemble la Communauté d’agglomération Seine-Amont (3 communes), la Communauté d’agglomération Val de Bièvre (7 communes), la Communauté d’agglomération Les Portes de l’Essonne (5 communes), ainsi que huit communes isolées.
Il compte 24 communes (Ablon, Arcueil, Athis-Mons, Cachan, Chevilly-Larue, Choisy, Fresnes, Gentilly, Ivry, Juvisy-sur-Orge, Le Kremlin-Bicêtre, L’Haÿ-les-Roses, Morangis, Orly, Paray-Vieille-Poste, Rungis, Savigny-sur-Orge, Thiais, Valenton, Villejuif, Villeneuve-le-Roi, Villeneuve-Saint-Georges, Viry-Châtillon, Vitry-sur-Seine) et totalise 677 462 habitants

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MGP. La dynamique de la Métropole du Grand Paris crée une nouvelle compétition entre les communes

LA LETTRE DU LUNDI DE MIEUX ABORDER L’AVENIR, n°232, lundi 23 janvier 2017

Les institutions territoriales ont une vie. Aucune collectivité n’existe depuis toujours. Aucune n’est appelée à se perpétuer pour l’éternité. Elles naissent et meurent, elles évoluent et se transforment. C’est le cas de la Métropole du Grand Paris (131 communes, plus de 6 millions d’habitants) qui a été créée – de toutes pièces – le 1er janvier 2016. Il est important de faire le point après un an de fonctionnement. C’est ce qu’a fait son président Patrick OLLIER, le lundi 23 janvier 2017, à l’occasion des premiers vœux organisés dans les locaux de son siège, 15 avenue Pierre-Mendès-France, à Paris, dans le 13e.

Lire la suite : http://portes-essonne-environnement.fr/mgp-la-dynamique-de-la-metropole-du-grand-paris-cree-une-nouvelle-competition-entre-les-communes/

La Lettre du lundi de Mieux Aborder l’Avenir
n°232, lundi 23 janvier 2017

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L’établissement public territorial Plaine Commune «territoire d’expérimentation du revenu contributif» (Patrick Braouezec, Bernard Stiegler)

LA LETTRE DU LUNDI DE MIEUX ABORDER L’AVENIR, n°231, lundi 16 janvier 2017

Patrick BRAOUEZEC, président de Plaine Commune, établisement public territorial de Seine Saint-Denis, et le philosophe Bernard STIEGLER, initient depuis 2014 un projet d’expérimentation inédit et ambitieux : faire de ce territoire jeune et économiquement dynamique, mais confronté au chômage de masse et aux défis de la mixité sociale et culturelle, un « territoire apprenant contributif ».
Ils ont présenté publiquement ce mercredi 11 janvier 2017 les projets de recherche-action contributive qui y sont menés
(1). Ceux-ci, incluent élus, fonctionnaires territoriaux, universitaires, chercheurs, entreprises, associations et habitants. Leur l’objectif est de mettre en place à terme, un revenu contributif pour partager différemment la richesse à l’heure où l’automatisation fait vaciller l’emploi.

Programme « Territoire apprenant contributif », Conférence de presse sur le revenu contributif, Territoire apprenant contributif. De gauche à droite : Alain BERTHO, Bernard STIEGLER, Patrick BRAOUEZEC, mercredi 11 janvier 2017, Établissement public territorial Plaine Commune, Saint-Denis. ©  Photo CAD / BM 2017

ANTICIPER LES TRANSFORMATION
LIÉES AUX NOUVELLES TECHNOLOGIES

A la suite d’échanges entre Patrick BRAOUEZEC et Bernard STIEGLER qui ont eu lieu en 2014, les premières actions de Territoires apprenant numérique (APN) ont été lancées par Plaine Commune au printemps 2015. Leur buts est d’anticiper les transformations liées aux nouvelles technologies.

Au terme d’une première année de débats, de séminaires et de rencontres, trois ministres (le ministre de l’Économie, le Secrétaire d’État à l’Enseignement supérieur et à la recherche et le Sectaire d’État à la réforme de l’État) ont adressé conjointement le 2 mai 2016 une lettre de mission au président de Plaine Commune le 2 mai 2016. (2)

Bernard STIEGLER . Conférence de presse sur le revenu contributif, mercredi 11 janvier 2017, Établissement public territorial Plaine Commune, Saint-Denis. ©  Photo CAD / BM 2017
  • Ils valident le fait que la révolution numérique nécessite « la conception et la concrétisation de nouveaux modèles de développement ». Ils mandatent Patrick BRAOUEZEC afin d’ « expérimenter sur le territoire commune une démarche collective donnant aux acteurs les moyens de se saisir des opportunités nouvelles ouvertes par la révolution numérique ».
  • Ils demandent à Plaine Commune de proposer pour la fin de l’année 2016 les objectifs et le périmètre de cette expérimentation en collaboration avec divers acteurs universitaires et acteurs économiques , acteurs de la société civile.
  • Ils invitent Plaine Commune et ses partenaires à proposer un programme d’enseignement doctoral en vue de lancer à l’automne 2016 « une chaire de recherche contributive (…) centrée sur les perspectives de développement d’une économie contributive sur le territoire (…) qui s’attachera également à étudier le rôle de la puissance publique dans ce nouveau contexte. » (3)
Anne QUERRIEN et Alain BERTHO lors de la conférence de presse sur le revenu contributif, mercredi janvier 2017, Établissement public territorial Plaine Commune, Saint-Denis. ©  Photo CAD / BM 2017

QU’EST-CE QUE L’ÉCONOMIE CONTRIBUTIVE ?

Le concept d’économie contributive est une économie dans laquelle la création de valeur est basée sur la contribution qui a pour fondement la non-dissociation entre le producteur et le consommateur. Cela se manifeste par le fait que tout usager d’un service est potentiellement, à la fois consommateur et producteur. On peut citer l’exemple de Wikipédia (chaque lecteur peut devenir contributeur), ou bien celui des logiciels libres (chaque usager peut apporter des améliorations et des développements mis à la disposition de tous).

Bernard STIEGLER a développé le modèle d’économie contributive en lui attribuant trois propriétés :

  • 1. Producteurs et consommateurs sont assimilés en tant que contributeurs.
  • 2. La valeur produite par les contributeurs n’est pas intégralement monétarisable.
  • 3. La production crée à la fois du savoir-faire et du savoir-vivre. Elle dépasse ainsi la simple subsistance. (4)

L’économie de la contribution se place en tant qu’économie générale, aux côtés de l’économie de marché, de l’économie publique et de l’économie du don.

A la régulation par les prix, par la décision publique et par le principe de réciprocité, l’économie de la contribution substitue une régulation par l’interaction, quantitative et qualitative, des participations à l’intérieur d’une activité.

Cependant, l’économie de la contribution n’exclue pas les autres manières de produire et d’échanger, mais se conjugue avec elles, accepte les règles du jeu de l’échange monétaire, se préoccupe des choix d’investissement et particulièrement de ceux qui conduisent à la production de biens publics, et fait du don une modalité possible de la participation.

Le contributeur n’est ni le consommateur, ni le contribuable, ni le co-donateur.

  • l’économie de marché s’intéresse au producteur sous l’angle de la maximisation du profit, et au consommateur sous l’angle de l’ophélimité ou de la fonction d’utilité (l’ « ophélimité » définie par le sociologue et économiste Vilfredo PARETO) ,
  • l’économie publique s’occupe des fonctions de redistribution et de la prise en charge des défaillances du marché (market failures), là où
  • l’économie du don apparaît encastrée dans une relation circulaire entre don et contre-don (donner-recevoir-rendre),
  • l’économie de la contribution fait surgir la figure alternative du contributeur qui articule participation choisie à l’activité, création de valeur sociétale et intérêt au désintéressement.

L’ophélimité (du grec « ophellimos », signifiant « utile ») est « l’utilité d’un bien ou d’un service qui est ressentie par un agent économique à un moment donné, par opposition à l’utilité objective de ce même bien ou service ». Elle est définie en termes de satisfaction et de jouissance et correspond à l’utilité que représente un bien ou un service pour un individu dans une dans une situation précise. Elle se distingue donc de l’utilité qui est la capacité d’un bien ou d’un service à satisfaire les besoins d’un agent.

La mobilisation des ressources s’effectue en tenant compte de quatre caractéristiques principales :

  • 1. Le modèle productif, qui doit composer avec la finitude des ressources naturelles et le caractère cumulatif des ressources liées à l’activité cognitive. Cette dimension se traduit par une redéfinition du système de production et par l’encastrement de ce système de production dans un milieu psycho-techno-social.
  • 2. Le rapport entre la fonction de contribution et la refonte des solidarités, au-delà du solidarisme assurantiel de l’État providence. Il importe ici d’articuler protection et création dans une solidarité dynamique, imposant ipso facto une révision du système de redistribution.
  • 3. L’exigence d’établir un nouvel ordre de grandeur. Ce dernier pose la question de la mesure, et il suppose la mise au point d’une nouvelle base de calcul et de nouvelles normes comptables.
  • 4. La territorialisation de la fonction de contribution qui implique une redéfinition des effets d’agglomération et une réévaluation des politiques publiques.

L’économie de la contribution repose sur un éco-système général de la production et de la circulation des richesses qui peut être décrite par une organologie générale1. Elle est à la source de la création collective et d’une mesure nouvelle de ses ordres de grandeur, à une époque où les technologies numériques se traduisent par une intensification des échanges informationnels.

RÉFÉRENCES

1. STIEGLER Bernard, « Dans la tête de Bernard Stiegler », En Commun, Le magazine Plaine Commune, Saint-Denis, n°104, juillet-août 2016, p. 14-19. Dossier établit par Yann LALANDE. Trois axes sont développés dans le dossier :

  • Révolution numérique et automatisation des services (« Le diagnostic », p. 14-15),
  • Disparition de l’emploi salarié et nouvelle économie contributive (« La question de l’emploi et du travail » p. 16-17),
  • Travaux de recherche et expérimentations (« Un nouveau modèle à inventer »), p. 18-19

2. ÉTABLISSEMENT PUBLIC TERRITORIAL PLAINE COMMUNE GRAND PARIS, « Faire de Plaine Commune un territoire d’expérimentation du revenu contributif. Le projet « Territoire apprenant contributif », Note à l’attention de M. Thierry Mandon, Secrétaire d’État chargé de l’enseignement supérieur et de la recherche, mercredi 11 janvier 2017, 21 p.
Texte complet en pdf : Plaine Commune Revenu Contributif 2017-01-11

3. « Que fait Plaine Commune ? », En Commun, Le magazine Plaine Commune, n°104, juillet-août 2016, p. 17.

4. STIEGLER Bernard, Mécréance et Discrédit, Tome 3 : L’Esprit perdu du capitalisme, 2006 (ISBN 2718607157)
ARS INDUSTRIALIS, http://arsindustrialis.org/economie-de-la-contribution [archive]

ARTICLES EN LIGNE SUR http://www.savigny-avenir.info

La Lettre du lundi de Mieux Aborder l’Avenir
n°231, lundi 16 janvier 2017

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BNF. Dépôt légal du numérique, 2017

 

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Savigny-sur-Orge. Enquête publique sur l’aménagement pour les voyageurs de la gare routière train / bus passage Séverine

Quelle est la méthode à suivre pour construire un avis pour le registre d’enquête ?

TERRITOIRES ET DÉMOCRATIE NUMÉRIQUE LOCALE

Les enquêtes publiques concernent des aménagements publics qui modifient la vie des habitants, des riverains, des usagers, des travailleurs…, que ce soit d’une commune ou d’un quartier. Durant la durée de l’enquête le dossier est consultable, toute question peut être posée et toute observation peut être faite dans un registre et par courrier, le commissaire enquêteur effectue une permanence en Mairie. Il répond aux questions posées et, dans un délai d’un mois après la clôture, il remet un rapport public qui comporte son avis (favorable, favorable avec réserves, défavorable).
Ce sont des moments particulièrement importants de la démocratie locale car ce sont les seuls ou les citoyens ont connaissance de projets avant que ceux-ci soient réalisés, tout du moins en principe.
Chaque citoyen, après avoir vérifié la conformité de la procédure suivie (objet, délais, publicité…) et l’intelligibilité des documents présentés, est en mesure d’examiner en connaissance de cause, à partir de l’état existant, les avantages et les inconvénients du projet présenté.

Réaménagement de la gare routière RER C / Bus de Savigny-sur-Orge
14 juillet 2016
©  Photo CAD / BM 2016

L’intitulé de la présente enquête est le suivant : « Enquête publique relative au projet de classement dans le domaine public communal du passage Séverine) (1). Elle a fait l’objet d’une délibération du conseil municipal en date du 17 novembre 2016 (2). Ensuite le maire à désigné par arrêté un commissaire-enquêteur.

  • Le présent aménagement est important puisque son montant s’élève à 1 000 000 € (1 million d’euros). Il est conduit par l’établissement public territorial (EPT) dont la commune est membre.
  • Les photos figurant au dossier sont des photos provenant de Google. Il est surprenant que l’EPT n’ait pas été en mesure d’effectuer des prises de vues originales et ait recours à Google.
  • Les photos réalisées par Google ne présentent pas un état au jour de l’ouverture de l’enquête publique (c’est-à-dire en novembre/décembre 2016, date de constitution du dossier), mais un état antérieur (mai 2016).
  • Entre mai 2016 et novembre/décembre 2016,  les travaux ont été effectués et réalisés, c’est-à-dire avant l’ouverture de l’enquête publique, ce qui rend le site méconnaissable.
  • Les plans comportent pour une partie du talus sur lequel se trouvent les quatre vois SNCF / RECR C des pointillés avec la mention « mur de soutènement » qui empiète sur le terrain de la Gare routière. Est-il propriété de la SNCF ou de la commune ?
  • Il est écrit que la nouvelle Gare routière permet un accès direct aux quais des train SNCF / RERC C. C’est inexact : il n’y en a pas d’accès direct, puisque les voyageurs utilisant les bus pour aller ou revenir de la gare SNCF / RER C sont obligés de traverser la rue Joliot-Curie qui est ouverte à la circulation. Il ne s’agit en aucun cas d’un accès direct sécurisé. Aux heures de pointe, le matin et le soir, la rue Joliot-Curie est empruntée par de très nombreux véhicules, ce qui constitue un facteur de danger.
  • Il y a un décalage entre l’objet de l’enquête (« Classement dans le domaine privé de la commune ») et le contenu du dossier qui modifie les règles de circulation rue de la Martinière et rue du Mail. Une question de forme revient à faire avaliser le fond du dossier, à savoir les aménagements de voirie et la réglementation de la circulation. Or ceux-ci n’ont pas fait l’objet de concertation au préalable.
  • Le stop de la rue de la Martinière a été déplacé (en septembre 2016) et les plans mentionnent la pose de trois feux tricolores (1 Passage Séverine et 2 Rue du Mail). En fonction de quel plan de circulation ces modifications sont-elles proposées ? Comment la sécurité des voyageurs passant du bus au train, et du train au bus, est t-elle assurée ? Quelles mesures sont prises pour l’accessibilité des personnes à mobilité réduite ?
  • Le quartier de la place Davout, avec la Gare SNCF RER C, son parking automobile souterrain, ses quatre lignes de bus, son Lycée Jean-Baptiste Corot, son marché (mardi, vendredi, dimanche), est très fréquenté aux heures de pointe, le matin et le soir. L’aménagement de la Gare routière pour les terminus de deux lignes de bus vient modifier les conditions de circulation. Afin d’éviter les encombrements de la circulation automobile, il est indispensable de disposer préalablement d’un comptage actuel de la circulation.

RÉFÉRENCES

1. COMMUNE DE SAVIGNY-SUR-ORGE, « Organisation d’une enquête publique du 2 au 16 janvier 2017. Classement du passage Séverine dans le domaine public communal », http://www.savigny.org/spip.php?article2340

2. COMMUNE DE SAVIGNY-SUR-ORGE, Délibération du Conseil municipal n°15/364. « Urbanisme. Classement dans le domaine public du Passage Séverine. Mise à l’enquête publique », Séance du 17 novembre 2016.

3. COMMUNE DE SAVIGNY-SUR-ORGE, Arrêté portant désignation d’un commissaire enquêteur, 9 décembre 2016.

DOCUMENT n°1

Organisation d’une enquête publique du 2 au 16 janvier 2017.
Classement du passage
Séverine dans le domaine public communal
« Afin de procéder à l’inscription de parcelles à usage public du domaine privé au domaine public de la Ville de Savigny-sur-Orge et de permettre, par l’Établissement public Grand Orly Seine Bièvre, la réalisation d’un local à destination des chauffeurs des lignes de bus appelées à servir la future gare routière, une enquête publique se déroulera du 2 janvier 2017 au 16 janvier 2017 inclus. Monsieur Jean-Marie CHIMCHIRIAN, Géomètre-Expert, expert auprès de la Cour d’appel de Paris, a été désigné Commissaire enquêteur par Monsieur le Maire pour veiller au bon déroulement de cette procédure.
L’enquête se déroulera dans les locaux des services techniques municipaux, au 3 avenue du Garigliano à Savigny-sur-Orge. Durant les 15 jours d’enquête, le dossier pourra être consulté par le public aux horaires suivants : lundi 8h30-12h et 13h30-18h ; mardi 13h30-18h ; mercredi 8h30-11h45 ; jeudi 8h30-12h ; vendredi 8h30-12h et 13h30-18h ; samedi 8h30-11h45 (sauf vacances scolaires).
Les participants intéressés auront la possibilité de rencontrer Monsieur Chimchirian, à cette même adresse le mardi 10 janvier de 13H30 à 17h45. Enfin, des observations pourront également être adressées au Commissaire enquêteur par correspondance, tout au long de l’enquête, via l’adresse : Mairie de Savigny-sur- Orge – 48 avenue Charles de Gaulle 91600 Savigny-sur-Orge »
COMMUNE DE SAVIGNY-SUR-ORGE, « Organisation d’une enquête publique du 2 au 16 janvier 2017. Classement du passage Séverine dans le domaine public communal », http://www.savigny.org/spip.php?article2340

DOCUMENT n°2

ASSOCIATION CAD
OBSERVATIONS SUR L’ENQUÊTE PUBLIQUE
CONCERNANT L’AMÉNAGEMENT DE LA GARE ROUTIÈRE TRAIN / BUS PASSAGE SÉVERINE
A SAVIGNY-SUR-ORGE

Du lundi 2 janvier au lundi 16 janvier 2017
1. LE VÉRITABLE OBJET DE L’ENQUÊTE N’EST PAS CELUI QUI EST AVANCÉ. Il y a un décalage entre l’objet de l’enquête (« Classement dans le domaine privé de la commune ») et le contenu du dossier qui modifie les conditions d’accès des usagers de la SNCF / RER C, les règles de circulation des piétons et des véhicules automobiles rue de la Martinière et rue du Mail.
Ce qui est présenté comme une question de forme mineure revient à faire avaliser le fond du dossier, à savoir les aménagements de voirie et la réglementation de la circulation, de sécurité des usagers. Or ces questions n’ont fait l’objet d’aucune concertation au préalable.
La preuve de cette incertitude sur l’objet de l’enquête (1. Transfert de propriété des parcelles AC 76 et AC 358 + 2. Profond réaménagement urbain) est apportée par le panneau qui a été posé Place Davout. Il est clairement annoncé que l’EPT Grand-Orly Val-de-Bièvre Seine-Amont « Réaménage la gare routière ».
2. LES PHOTOS DU DOSSIER PROVIENNENT DE GOOGLE. Les photos figurant au dossier sont des photos provenant de Google. Il est surprenant que l’Établissement Public Territorial (EPT 12) n’ait pas été en mesure d’effectuer des prises de vues originales et ait recours à Google.
3. LES PHOTOS DU DOSSIER DATENT DE PLUS DE TROIS ANS. Les photos publiées par Google ont été réalisées en juin 2013. Elles ne présentent pas un état au jour de l’ouverture de l’enquête publique (c’est-à-dire en novembre/décembre 2016, date de constitution du dossier).
Entre mai 2016 et novembre/décembre 2016, avant toute enquête, les travaux ont été effectués et réalisés.
4. INCERTITUDE SUR LA PROPRIÉTÉ FONCIÈRE DU TALUS DES VOIES SNCF. Les plans portent sur une partie du talus sur lequel se trouvent les quatre voies SNCF / RER C des pointillés avec la mention « mur de soutènement » qui empiète sur le terrain de la Gare routière. Est-il propriété de la SNCF ou de la commune ? Le dossier est imprécis et ne permet pas de répondre à cette question.
5. IL N’Y A PAS D’ACCÈS « DIRECT » À LA GARE. Il est écrit dans le dossier que la nouvelle Gare routière permet un accès direct aux quais des train SNCF / RERC C. C’est inexact : il n’y a pas d’accès direct, puisque les voyageurs utilisant les bus pour aller ou revenir de la gare SNCF / RER C sont obligés de traverser la rue Joliot-Curie qui est ouverte à la circulation. Il ne s’agit en aucun cas d’un accès direct sécurisé. Aux heures de pointe, le matin et le soir, la rue Joliot-Curie est empruntée par de très nombreux véhicules, ce qui constitue un facteur de danger.
6. LA SIGNALISATION ROUTIÈRE EST PROFONDÉMENT MODIFIÉE. Le stop de la rue de la Martinière a été déplacé (en septembre 2016) et les plans mentionnent la pose de trois feux tricolores (1 feu Passage Séverine et 2 feux Rue du Mail). En fonction de quel plan de circulation ces modifications sont-elles proposées ?
  • Comment la sécurité des voyageurs passant du bus au train, et du train au bus, est elle assurée ? Par quelle décision le plan de ce quartier de la ville a t-il été modifié ?
  • Quelles mesures sont prises pour l’accessibilité des personnes à mobilité réduite ?
7. AUCUN PLAN DE CIRCULATION N’A ÉTÉ EFFECTUÉ. Le quartier de la place Davout, avec la Gare SNCF RER C, son parking automobile souterrain, ses quatre lignes de bus, son Lycée Jean-Baptiste Corot, son marché (mardi, vendredi, dimanche), est très fréquenté aux heures de pointe, le matin et le soir. L’aménagement de la Gare routière pour les terminus de deux lignes de bus vient modifier les conditions de circulation. Afin d’éviter les encombrements de la circulation automobile, il est indispensable de disposer d’un comptage actuel de la circulation et d’une projection de la circulation prévue.
8. AVIS
Pour ces raisons, au vu du dossier présenté, nous formulons un avis défavorable sur la présente enquête, sur le classement proposé, et sur les aménagements qui en découlent.
Culture Arts Découverte (CAD)
Association loi de 1901
18, rue de la Tourelle, 91600 SAVIGNY SUR ORGE
Articles en ligne sur le site http://www.savigny-avenir.info
01 69 05 20 54
contact@mieuxaborderlavenir.fr
Fait à Savigny-sur-Orge, le 16 janvier 2016
Le Président,
Bernard MÉRIGOT
Article consultable en ligne :
Savigny-sur-Orge. Enquête publique sur l’aménagement pour les voyageurs de la gare routière train / bus passage Séverine
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Aménagement de la gare train / Bus Passage Séverine à Savigny-sur-Orge (Essonne)
Extrait du Registre d’enquête publique,  journée du lundi 16 janvier 2017
©  Photo CAD / BM 2017

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L’histoire et les sciences sociales sont-elles de fausses sciences ? (Patrick Boucheron)

LA LETTRE DU LUNDI DE MIEUX ABORDER L’AVENIR, n°230, lundi 9 janvier 2017

LE MONDE PARADOXAL
DE LA « POST-VÉRITÉ » HISTORIQUE

« Nous sommes dans un moment paradoxal où l’histoire est convoquée comme science auxiliaire d’un discours idéologique, ce qui la transforme en fausse science ». (1) L’historien Patrick BOUCHERON, constate aujourd’hui une tendance générale à ce qu’il appelle la « post-vérité » (Post-truth en anglais). Il la défini non pas comme un mensonge, mais comme « une indifférence apportée au réel ». Il prend comme exemples les chiffres concernant l’immigration ou le réchauffement climatique : chaque fois l’histoire, et les historiens, se trouvent prise en otages par le discours politique, subissant des pratiques idéologiques fondées sur une discrimination entre les faits, les documents et leur utilisation.

Le paradoxe du regard sur la post-vérité historique
Affiche déchirée, Station Denfert-Rochereau du Métro , Paris15 janvier 2017
©  Photo CAD / BM 2017

Les pratiques de post-vérité sont générales. « Cela ne vient pas que de la droite. Une partie de la gauche et même de la gauche radicale se perd dans cette pratique d’une histoire qui exalte et simplifie, au mépris de la complexité du réel : ce n’est pas le même tri que celui fait par la droite, mais c’est tout de même un tri ».

Aucune pensée ne saurait être étrangère au monde. Comme l’écrit Patrick SAVIDAN, « la certitude est un repos que l’intelligence ne doit jamais connaître ». (2) La critique de la certitude ne sonne pas le glas de la vérité : elle en rappelle l’exigence. Il fait référence à l’œuvre du philosophe pragmatiste John DEWEY (1859 – 1952) qui n’a au de cesse, toute sa vie durant, de dénoncer les séductions multiformes du sentiment de certitude qui s’exercent sur les individus. (3) Sa leçon est claire. Elle n’est ni simple à entendre, ni aisée à mettre en œuvre : la certitude n’est pas à concevoir comme l’horizon terminal de la pensée ; elle est un fardeau, un risque permanent, une tentation dont il lui faut se méfier.

L’HISTOIRE EST UN
« SAVOIR CRITIQUE SUR LE MONDE »

Les pratiques qui consistent à utiliser l’histoire dans des batailles idéologiques, se renforcent et s’intensifient durant les périodes électorales.

« L’histoire n’est pas un art d’acclamation ou de détestation mais un savoir critique sur le monde. Or, cette évidence que l’on croyait acquise rencontre tant d’adversaires aujourd’hui qu’il est bon de la défendre à nouveau. Il a été surprenant de voir resurgir intactes des questions qui nous semblaient réglées depuis longtemps. »

« On ne peut plus se contenter aujourd’hui d’opposer à des récits simplificateurs et mensongers le démenti de la déconstruction des discours, sur l’air lassant du « c’était plus compliqué que cela ». Mais à partir de cette pensée critique qui est notre seule méthode, qu’il convient de relancer un récit qui soit également entraînant tout en étant scientifiquement rigoureux. »

« Si l’on travaille sur la vague actuelle de terrorisme islamiste, on peut légitimement se poser la question de savoir s’il trouve son point de départ dans les années 1990 avec le GIA et les conséquences de la guerre civile algérienne. Mais si l’on croit pouvoir le faire remonter au temps des croisades et de la secte des « assassins » dans la Syrie du XIIIe siècle, on tombe dans le piège idéologique commun à tous les fondamentalismes identitaires qui exaltent l’origine pour nier l’histoire. Les origines de la France, ce n’est pas Clovis, ni saint Louis. Une des manières de déjouer le piège est de dire : dans les frontières de la France, quelle est la plus ancienne attestation archéologique de présence humaine ? Il semble que ce soit la grotte Chauvet. On commence donc avec la préhistoire. » (4)

RÉFÉRENCES

1. BOUCHERON Patrick, « Il faut réinventer une manière de mener la bataille d’idées », L’Humanité Dimanche, 5 janvier 2017. Entretien réalisé par Stéphane Sahuc et Lucie Fougeron.
BOUCHERON Patrick
(sous la direction de), Histoire mondiale de la France, Éditions du Seuil, 2017, 798 pages.

2. SAVIDAN Patrick, « Pragmatisme et post-vérité », raison publique, 30 novembre 2016. http://www.raison-publique.fr/article838.html

3. DEWEY John, La Quête de certitude (1929), Paris, Gallimard, 2014. Traduction de Patrick Savidan.

4. BOUCHERON Patrick, « Il faut réinventer une manière de mener la bataille d’idées », L’Humanité Dimanche, 5 janvier 2017. Entretien réalisé par Stéphane Sahuc et Lucie Fougeron.

Sur l’actualité récente de la post-vérité, on lira :

ENGEL Pascal, « Trump ne demande pas qu’on croie ce qu’il dit, mais qu’on croie en lui », Le Monde, 17 novembre 2016.
LAUGIER Sandra,
« Trump abaisse le débat jusqu’en France », Libération, 25 novembre 2016, p. 25.
CÉFAÏ Daniel et FREGA,
« « Les philosophes pragmatistes ne sont ni des adeptes de Trump ni de la post-vérité », Le Monde, 29 novembre 2016.

La Lettre du lundi de Mieux Aborder l’Avenir
n°230, lundi 9 janvier 2017

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Où va l’Histoire ? Les perturbateurs de vérité

Qu’est ce qui doit dominer notre regard sur l’histoire ? Les continuités ou les ruptures ? Avant de trancher, il faut prendre en compte :

  • 1. les limites des continuités comme de celles des ruptures (rien ne s’arrête complétement, rien ne continue exactement « comme avant »),
  • 2. l’état provisoire des continuités et des ruptures constatées (une rupture aujourd’hui apparaîtra comme l’inflexion d’une continuité demain…),
  • 3. l’entremêlement des continuités et des ruptures : des choses s’arrêtent pendant que d’autres continuent.

CONTRÔLER LE PASSÉ
CONTRÔLER LE PRÉSENT
CONTRÔLER LE FUTUR

Toute histoire, simultanément et de façon mêlée, présente deux aspects : la pensée d’un moment particulier, unique, et le produit d’une manipulation. Il faut bien convenir de la nature éminemment manipulable de l’histoire et des manipulations constantes dont elle est l’objet. Rémi BRAGUE rappelle la réflexion de Georges Orwell dans 1984 : « Celui qui contrôle le passé, contrôle l’avenir. Celui qui contrôle le présent contrôle le passé. » C’est celui qui est le plus fort dans le présent, qui peut imposer ce qu’a été le passé et faire ainsi advenir un futur contraint. Une histoire imposée est une mémoire obligatoire, qui détruit un passé en effaçant les traditions précédentes. Jusqu’au jour où d’autres, plus forts, succèdent à ceux qui sont en place, et détruisent les manipulations des prédécesseurs.

Street  art
13 Avenue de la Soeur Rosalie, Paris 13e
21 décembre 2016
©  Photo CAD / BM 2016

Avec l’histoire – et cela est valable pour toute histoire – nous sommes en présence d’une série de couches sédimentaires sans cesse remaniées dont on ne voit que la couche supérieure. Le sens de l’histoire se perd continuellement. Il se retrouve parfois, mais pas toujours. Les hommes qui vivent dans le présent sont des êtres tournoyants sans cesse sur eux-mêmes, comme les décrit Alexis de TOCQUEVILLE.

LES PERTURBATEURS DE VÉRITÉ

Enfin, il faut s’interroger sur l’histoire des idées. Étudier la naissance des idées, leur évolution et leur influence comporte une lacune, celle de ne pas se poser la vraie question : « Cette idée est-elle bonne et juste ? ». Parce que l’on ne peut pas mettre sur le même plan les idées justes et les idées fausses. Comme il existe des perturbateurs endocriniens, il existe des perturbateurs de vérité.

Street  art
13 Avenue de la Soeur Rosalie, Paris 13e
21 décembre 2016
©  Photo CAD / BM 2016

Le terrible destin du Street Art : être effacé.
13 Avenue de la Soeur Rosalie, Paris 13e
29 mars 2017
©  Photo CAD / BM 2017

RÉFÉRENCES
BRAGUE Rémi,
Où va l’histoire ? Entretiens avec Giulio Brotti, Éditions Salvator, mai 2016, 182 p.  (ISBN 978-2-7067-1363-7)
NOÉ Jean-Baptiste, « Où va l’histoire ? de Rémi Brague », Contrepoints, 6 janvier 2017.

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Justice et politique : Peut-on « préparer l’esprit des juges ». Vérité ou mensonge ? Le débat entre Apollodore de Pergame et Théodore de Gadara

LA LETTRE DU LUNDI DE MIEUX ABORDER L’AVENIR, n°229, lundi 2 janvier 2017

Lorsqu’une affaire politique vient devant la justice, est-ce que chacune des parties développe une argumentation – et une éloquence – de nature judiciaire ou bien de nature politique ? Aucune affaire n’apparaît dans l’espace public sans raison. Que les motifs avancés soient vrais ou faux, qu’ils soient dits ou cachés.
La justice qui s’occupe de politique, relève t-elle de la justice ou bien de la politique ? La question ne peut être éludée parce qu’elle mêle chaque fois l’institution judiciaire et ses acteurs dans une relation non explicitée au politique, c’est à dire aux collectivités publiques, aux administrations, aux élus. Le débat est ancien, puisque déjà au Ier siècle avant Jésus-Christ, deux professeurs de rhétorique Apollodore de Pergame et Théodore de Gadara se sont opposés sur le sujet. Un débat ancien, vieux de vingt siècles, qui se poursuit en ce début de XXIe siècle. (1)

Apollodore de Pergame et Théodore de Gadara

Apollodore de Pergame nait vers 104 avant J.-C., et meurt vers 22 avant J.-C.). Théodore de Gadara est son contemporain. Il serait né en 99 avant J.-C. et on ne connaît pas exactement la date de sa mort. Ils ont tous deux des professeurs de rhétorique éminents du Ier siècle av. J.-C. Ce ne sont pas seulement des théoriciens de la rhétorique et de l’éloquence, mais des formateurs. Ils ont enseigné chacun à un futur empereur. Apollodore a eu comme élève Octave (63 av. J.-C. – 14 ap. J.-C) qui deviendra l’empereur Auguste (27 av. J.-C. – 14 ap. J.-C). Et Théodore a eu comme élève Tibère (42 av. J.-C. – 37 ap. J.-C.), futur empereur qui succédera à Auguste (14 ap. J.-C. – 37 ap. J.-C.). Apollodore et Théodore ne sont pas des amateurs, mais des professionnels de la chose publique, de la « chose judiciaire ».

LA RHÉTORIQUE JUDICIAIRE :
PRÉPARER L’ESPRIT DU JUGE

Apollodore de Pergame s’occupait principalement de l’éloquence judiciaire, alors que Théodore de Gadara se concentrait sur l’éloquence politique. Les préceptes posés par Apollodore étaient concrets et pratiques : il disait que le propre d’un discours judiciaire était d’abord et avant tout, de persuader le juge afin de conduire le verdict là où il le voulait. Pour « préparer l’esprit du juge », Apollodore prescrivait de faire une « narration » (en latin « narratio »), c’est-à-dire un exposé des faits – réels ou supposés – en ne négligeant aucun détail, et en remontant aussi loin qu’il le fallait. (2)

Des narrations qui remontent aussi loin qu’il le faut… Parce qu’aucun discours n’est isolable des autres discours, aucune raison ne peut être séparée des autres raisons qui l’enserrent. Il faut laisser à la narratio le temps de faire le tour du dossier, de s’arrêter à ses différentes étapes, de repérer ses tenants et suivre ses aboutissants. En un mot : décrire les effets et révéler les causes.

On cite une anecdote. Dans une plaidoirie concernant une affaire d’adultère, Bruttédius Niger, disciple d’Apollodore, reprochait à Vallius Syriacus de n’avoir pas raconté les faits. Vallius Syriacus répondit en disant :

« D’abord, nous n’avons pas étudié chez le même maitre : toi, tu as suivi Apollodore, qui veut toujours des narrations. Et moi, j’ai suivi Théodore, qui n’en veut pas. Et puisque tu me demandes, Niger, pourquoi je n’ai pas raconté les faits, c’est tout simplement pour te laisser ce soin » (3)

La question de la « préparation de l’esprit des juges » est une question qui est toujours d’actualité. (4) De qui est-ce la charge ? Des avocats de l’accusation ? Des avocats de la défense ? De l’instruction ? De la police ? De l’opinion ? Est-ce une affaire privée ou une affaire publique ?

JURIDIQUE OU POLITIQUE ?
RUPTURE ET DISRUPTION

Les affaires politiques doivent-elles être plaidées politiquement ou juridiquement ? On pense à la conception de l’argumentation judiciaire développée par l’avocat Jacques VERGÈS (1924-2013) qui consistait en une « défense de rupture » (appelée aussi « stratégie de rupture »), s’opposant à la « défense de connivence » classiquement plaidée. (5)

  • 1. l’accusé se fait accusateur,
  • 2. la compétence judiciaire du juge, ainsi que la légitimité du tribunal – qui sont de nature politique – sont contestées,
  • 3. l’opinion est prise à témoin.

La défense de rupture se manifeste par une « présence offensive ». On a critiqué son « efficacité judiciaire » dans certaines affaires. On oublie que c’est en cherchant à créer un courant de sympathie dans l’opinion qu’elle fait contre-poids aux idées reçues, qu’elle vient combler le vide des automatismes de la pensée, cet espace qui est occupé par tout ce le monde répète, par tout ce que disent les autres, et par tous ceux qui commentent leurs commentaires.

Le politique dit qu’ « il faut laisser passer la justice». Le problème est que la justice ne « passe »pas, parce que la justice est politique, comme l’a écrit Prosper WEIL  éminent professeur de droit. La justice ne peut exister qu’en tant qu’être politique. Ce qui fait que l’on est obligé de constater que la défense de rupture oblige les pouvoirs politiques et judiciaires en place à justifier la légitimité de leurs actes. Ainsi que celle de leurs silences et leur non-actions.

Aujourd’hui, la rupture est partout, la disruption mondialisée et mondialisante est omniprésente. Bernard STIEGLER définit la disruption comme un phénomène qui impose aux sociétés « des modèles qui détruisent les structures sociales et rendent la puissance publique impuissante ». (6) Que deviennent la vérité et le mensonge à l’heure des réseaux sociaux ? Des forces opposées, soumises à toutes les  manipulations.

RÉFÉRENCES
1.
D’innombrables affaires en sont chaque jour l’exemple.
2. WORTHER Frédéric,
Apollodore de Pergame Théodore de Gadara. Fragments et témoignages, Paris, Les Belles Lettres, 2013. Collection des Universités de France / Guillaume Budé.
YOTOV Yoto,
« Apollodore de Pergame », 13 avril 2014. http://www.notesdumontroyal.com/note/496 « Théodore de Gadara »,
3. BORNECQUE Henri,
Les déclamateurs et les déclamateurs d’après Sénèque, Lille, Éditions de ‘Université de Lille. Collection Travaux et mémoires.
4. PERNOT, Laurent,
La Rhétorique dans l’Antiquité, Paris, Librairie Générale Française, 2000 (ISBN 2-253-90553-4)
5. VERGÈS Jacques,
De la stratégie judiciaire, Éditions de Minuit, 1968.
6. STIEGLER Bernard
, Dans la disruption. Comment ne pas devenir fou ?, Les Liens qui libèrent Éditeur, 2016

La Lettre du lundi de Mieux Aborder l’Avenir
n°229, lundi 2 janvier 2017

Mention du présent article : http//www.savigny-avenir.info
ISSN 2261-1819
BNF. Dépôt légal du numérique, 2017

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