L’épidémie Coronavirus Covid-19. Additif à la ligne éditoriale du média numérique Territoires et démocratie numérique locale (TDNL) 2020

LA LETTRE DU LUNDI DE MIEUX ABORDER L’AVENIR, n°395, lundi 9 mars 2020

TERRITOIRE ET DÉMOCRATIE NUMÉRIQUE LOCALE

L’objet de l’année 2020 : un masque de protection sur le sol du quai de la gare d’Austerlitz RER C,
le 4 février 2020.
© Photographie de Bernard Mérigot/CAD

LE SÉRIEUX D’UNE CRISE NE SAURAIT EMPÊCHER
DE LUI PORTER UN REGARD CRITIQUE

Le sujet du Coronavirus COVID-19 impose le sérieux. En ce mois de mars 2020, dans tous les pays du monde, des hommes et des femmes en sont atteints, sont malades et en meurent.

Cette circonstance ne saurait restreindre notre liberté de penser et, de ce fait, pris par l’urgence, nous amener à admettre comme vrai, sans examen critique des sources et des contextes, les informations et les commentaires faits par les autorités (gouvernement, administrations…), les médias, les réseaux sociaux.

Nous ne saurions répéter automatiquement ce que nous lisons, ce que nous entendons, ce que nous voyons (on sait faire mentir les images), et reproduire selon un mode machinal, le processus pernicieux de la propagation des rumeurs.

Une crise, aussi tragique et pénible soit-elle pour ceux qui en subissent les conséquences, présente deux avantages :

•   elle révèle des situations antérieures, jusque-là admises par tous, et que personne n’avait diagnostiquées avant,
•  
elle révèle des ressources insoupçonnées pour lui résister,
•   elle produit chaque fois que cela est possible, les moyens pou la surmonter.

Ce premier trimestre de l’année 2020 confronte le monde entier à trois ordres de réalité :

•   la réalité de l’actualité de l’épidémie du Coronavirus Covid-19,
•   la réalité des décisions politiques qui lui sont apportées,
•   la réalité vécue par ceux qui sont confrontés à cette crise.

Ces trois ordres se télescopent et se mêlent, atteignant par contamination indirecte, tous les aspects de la vie sociale. Cela n’est pas sans conséquence parce que c’est en son sein que réside les moteurs de  la démocratie politique locale. C’est à elle, et pour ceux qui la font vivre, que nous pensons.

L’actualité nous amène à interroger sur ce que nous écrivions lors de la création de notre média numérique en 2010, il y a presque dix ans maintenant : « Le contexte de la globalisation / mondialisation impose aux territoires et à ceux qui y vivent, risques et interdépendances ». (1)

Qui peut croire aux effets locaux de la mondialisation heureuse ?

Bernard MÉRIGOT
Rédacteur en chef

RÉFÉRENCES
« Page d’accueil », Territoires et Démocratie numérique locale, http://www.savigny-avenir.fr/2012/10/13/mieux-aborder-lavenir-le-site-www-savigny-avenir-info-page-daccueil-nouvelle/

LÉGENDES DES ILLUSTRATIONS

  • L’objet de l’année 2020 : un masque de protection sur le quai de la gare du RER C à Austerlitz, le 4 février 2020. © Photographie de Bernard Mérigot/CAD

La Lettre du lundi de Mieux Aborder l’Avenir
n°395, lundi 9 mars 2020

Territoires et Démocratie numérique locale (TDNL) est un media numérique mis en ligne sur le site http://savigny-avenir.info.
ISSN 2261-1819 BNF. Dépôt légal du numérique

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Référence du présent article :
Posted in Anthropologie globale du présent, Coronavirus COVID-19, Mondialisation heureuse, Non classé, Territoires et démocratie numérique locale (TDNL) | Commentaires fermés

Pour quelles raisons refuser l’installation du compteur électrique Linky chez soi ?

Linky, une fois qu’il est posé, constitue un « espion dormant » installé au domicile de chaque abonné. Il peut être réveillé à tout moment pour transmettre des données à l’insu de son propriétaire. Par exemple, si celui-ci se sert de l’électricité pour recharger une batterie, notamment d’un véhicule automobile.

Un compteur Linky installé « à la va-vite » rue Faidherbe, à Savigny-sur-Orge (Essonne) par OK Service, sous-traitant d’ENEDIS. La porte du boitier est cassée et on se demande ce que sont les fils qui pendent. (La photographie a été prise depuis l’espace public, sur le trottoir, le 27 février 2020).
© Photographie de Bernard Mérigot / CAD.

ENEDIS, dans le plus grand secret, a implémenté dans l’appareil jaune Linky la possibilité de différencier les différents usages domestiques de l’électricité, et de les facturer en conséquence. Il peut ainsi facturer de nouvelles taxes à venir, comme par exemple pour l’usage de l’électricité afin de recharger la batterie d’un véhicule électrique. C’est ce que dévoile une vidéo que l’on peut consulter librement sous le lien suivant :

http://www.lapagefinanciere.fr/videos/nasse-linky.mp4

Il est à noter qu’ENEDIS est demeuré silencieux sur le sujet à la suite de cette vidéo.

  • Linky est un menteur : il n’a pas pour finalité de permettre à l’abonné de faire des économies sur ses factures, mais de le soumettre, à son insu, à un état de dépendance vis-à-vis des « régulateurs » de la production et de la distribution de l’électricité. Les fondateurs du grand service public qu’a été Électricité de France au lendemain de la Libération en 1945  doivent se retourner dans leur tombe. La nouvelle « libération » de la distribution électrique est en réalité un « asservissement ».
  • Linky est aussi un grand cachotier : il ne dit pas aux usagers ce qu’il est en train de réellement mettre en place.

Mais le plus grand reproche qu’on peut adresser à Linky est d’être un guide aveugle qui veut que tout le monde le suive sur une route dangereuse. Parce qu’il est une illustration des analyses classiques connues, celles d’Adam SMITH et de SCHUMPETER notamment, sur les gains de productivité :

  • un agent économique veut toujours maximiser ses gains,
  • tout gain en efficacité se double d’un gain économique,
  • ce gain est réinvesti, et la consommation augmente.

Le Rapport Smart (2008) annonçait que grâce au numérique, une réduction de 20% de la production de gaz à effet de serre allait se produire en 2020. Rien de tel ne s’est produit. Au contraire : plus le numérique se propage, plus les émissions ont progressé. Et cela continue.

Linky n’est pas un acteur de décroissance de la consommation énergétique, mais un facteur d’augmentation de la consommation. Il illustre le paradoxe de Jevons, énoncé en 1865 : tout progrès dans l’efficacité énergétique se traduit par une hausse des consommations.

Pour une raison simple : les économies ponctuelles et temporaires réalisées ne sont pas réinvesties dans un nouveau modèle de consommation, moins gourmand, mais tout simplement vers le même système global existant qui amène à consommer toujours plus.

DOCUMENT

Pétition contre Linky
My Smart Cab / Activateur de Justice, https://linky.mysmartcab.fr/
14 341 signataires à la date du 3 mars 2020.

PÉTITION CONTRE LINKY

NOUS, citoyens et consommateurs,
dépendants de la distribution d’électricité,
entendons rappeler quelques évidences particulièrement nécessaires à notre temps :
  • Le droit au respect de la vie privée est un principe fondamental national et européen ;
  • Le respect de la santé est un droit fondamental de valeur légale et constitutionnelle ;
ENEDIS, société commerciale, profite de son monopole sur un service public pour :
  • Nous transformer en « chair à data » afin de devenir un opérateur « Big data » ;
  • Nous exposer, en notre propre demeure, à des rayonnements objet d’  »incertitudes sanitaires » ;
AINSI, il est demandé à la SA ENEDIS de :
  • Respecter le refus individuel du « Linky » en l’absence d’obligation pour le consommateur ;
  • Délivrer une électricité dépolluée des nouveaux courants porteurs en ligne ajoutés par « Linky » ;
SAUF solution véritable :
  • 30 jours après, que nous soyons 10.000 signataires ;
  • Nous nous réservons le droit de saisir la Justice.
RÉFÉRENCES DE LA PÉTITION
My Smart Cab / Activateur de Justice, https://linky.mysmartcab.fr/
14 341 signataires à la date du 3 mars 2020.

RÉFÉRENCES DE L’ARTICLE
1. FLIPO Fabrice,
« L’inquiétante trajectoire de la consommation énergétique du numérique », The Conversation, 2 mars 2020.  https://theconversation.com/linquietante-trajectoire-de-la-consommation-energetique-du-numerique-132532?

LÉGENDES DES ILLUSTRATIONS

  • Un compteur Linky installé  « à la va-vite » rue Faidherbe, à Savigny-sur-Orge (Essonne) par OK Service, sous-traitant d’ENEDIS. La porte du boitier est cassée et on se demande ce que sont les fils qui pendent. (La photographie a été prise depuis l’espace public, sur le trottoir, le 27 février 2020). © Photographie de Bernard Mérigot / CAD.
Territoires et Démocratie numérique locale (TDNL) est un media numérique mis en ligne sur le site http://savigny-avenir.info.
ISSN 2261-1819 BNF. Dépôt légal du numérique

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Référence du présent article : http://www.savigny-avenir.fr/2020/03/03/pour-quelles-raisons-refuser-linstallation-du-compteur-electrique-linky-chez-soi/
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La violence électorale municipale à Savigny-sur-Orge est-elle une violence politique ordinaire ? (Alban Bensa)

LA LETTRE DU LUNDI DE MIEUX ABORDER L’AVENIR, n°394, lundi 2 mars 2020

Huit pneus crevés sur les deux véhicules personnels appartenant à Bernard BLANCHAUD, conseiller municipal de Savigny-sur-Orge, tête de la liste « Saviniens, demain vous appartient ! », candidat à l’élection municipale qui aura lieu le dimanche 15 mars 2020, les pare-brises, les vitres et les plaques minéralogiques tagués à la bombe de peinture noire, le mot « salope » (orthographié « salop », sic) sur une portière, un graffiti à caractère sexuel  sur le capot… Comment l’anthropologie peut-elle analyser la violence électorale ?

Élection municipale à Savigny-sur-Orge. Véhicule personnel NISSAN Juke appartenant à l’épouse de Bernard BLANCHAUD, conseiller municipal, vandalisé devant leur domicile dans la nuit du 24 au 25 février 2020.

LA VIOLENCE INTRINSÈQUE DE LA POLITIQUE

« Restituer à la politique toute sa violence intrinsèque », tel est à la fois le constat (il existe une part irréductible de violence dans toute activité politique), et la « mission » que l’ethnologue et anthropologue Alban BENSA assigne aux sciences sociales dans un texte intitulé « L’ordinaire de la politique ». Il constitue la préface au livre de Marie DESMARTIS, Une chasse au pouvoir. Chronique politique d’un village de France (2012) Celle-ci présente une ethnographie fouillée du vécu municipal quotidien d’une commune. Elle s’y livre à « une description de la politique telle qu’elle se fait dans le périmètre mouvant du possible, de l’incertain, de l’inaccompli ». Se trouvent ainsi saisies « des personnes impliquées dans la vie d’une commune, à la croisée de la répétition et de l’improvisation » en proie à « l’accomplissement de dispositifs institutionnels », « d’entrelacs de processus dont les conséquences restent toujours partiellement imprévisibles ». (1)

Dans une élection démocratique, il existe deux parts :

  • une part certaine : celui qui la remporte obtient le mandat et exerce le pouvoir,
  • une part incertaine : on n’est jamais bien sûr de celui qui remportera l’élection.

Certes, il y a des favoris, comme aux courses de chevaux. Mais tant que le décompte final des bulletins de vote n’a pas été effectué, le doute demeure. La recherche d’une majorité pour que le conseil municipal élise le maire, pour que les intercommunalités et les syndicats intercommunaux élisent leur président et leurs vice-présidents, réserve toujours des surprises. La politique, nationale ou locale, demeure marquée par une incertitude permanente concernant les votes, à l’image des engagements politiques changeants, de tel ou tel ami politique qui se révèle, souvent pour un temps,  un redoutable adversaire.
La certitude, c’est que tout peut changer à tout moment. C’est à cela que toutes sortes de microcosmes (partis, associations, groupes informels, facebooqueurs, tweeteurs, commentateurs… connus et inconnus) s’emploient, jusqu’à saturer aujourd’hui les réseaux sociaux. Si c’était un film, ce serait « Fake news, mon amour ». Le phénomène n’est pas nouveau. Ce qui est nouveau c’est sa rapidité de diffusion et son ampleur. De bonnes âmes, éminemment sympathiques, croient en deux choses : que l’on peut lutter contre les Fake news, et que tout est traçable. Mais y a-il en ce moment qui sait précisément ce qui circule sur le Dark Net ?

LA POLITIQUE EST-ELLE UN MONDE DE BISOUNOURS ?

Une telle approche anthropologique, en révélant l’existence d’une dimension conflictuelle générale au sein de toutes les activités politiques, prend le contre-pied des discours qui présentent les communes, les conseils municipaux, les maires… comme des entreprises humaines où règnent la convivialité, la bienveillance, et l’amitié généralisée pour le plus grand bien public. Il faut se résoudre à reconnaître que ne sommes pas dans « le monde enchanté des Bisounours ». (2) Ou alors de façon instable et passagère. Le monde politique n’est pas plus dur ou immoral que celui de l’entreprise, de l’immobilier ou du commerce, à la recherche permanente du plus grand profit. Il est lui aussi, à la recherche de pouvoirs à exercer, et de profits sociaux, symboliques, voire financiers à obtenir, les plus grands possibles.

Lorsque Alban BENSA emploie le terme d’ « intrinsèque » pour qualifier la violence politique, il indique la présence au sein de toute activité politique, de quelque chose d’inhérent, d’interne, d’indépendant, de latent, de caché. Il y aurait deux régimes de la violence politique. La première, la macro-violence, celle de la guerre, du terrorisme… qui est brutale, intentionnelle, événementielle. Et la seconde, la micro-violence qui serait imperceptible, minuscule, diffuse, quotidienne.

Élection municipale à Savigny-sur-Orge. Véhicule personnel RENAULT Koleos noire appartenant à Bernard BLANCHAUD, conseiller municipal, vandalisé devant son domicile dans la nuit du 24 au 25 février 2020. Le deuxième véhicule NISSAN Juke blanche a également été vandalisé.

LA PETITESSE EST-ELLE L’ORDINAIRE DE LA POLITIQUE ?

Comment caractériser « l’ordinaire de la politique » ? Peut-être par une chose : sa petitesse, aussi bien à l’échelle nationale (Assemblée nationale, Sénat, Conseil des ministres…), qu’à l’échelle d’un conseil municipal, dans une commune. Alban BENSA parle de « nanisme » à ce propos. C’est-à-dire que ce qui est important, c’est ce qui est petit, ce que l’on néglige, ce à quoi on ne porte pas attention, ce à quoi on est indifférent. Petit, dans les faits constatés. Petit, dans l’analyse que l’on peut en faire. Petit, dans la qualification morale des actes. Nous retrouvons ici le « Tost ou tard, près ou loing, a le fort du faible besoing » de Christophe de SAVIGNY (1530-1587).

  • « C’est petit », déclare un habitant interrogé sur ce qu’il pense des actes de vandalisme politique subit par les véhicules de ce conseiller municipal, tête de liste pour l’élection municipale.
    Huit pneus crevés durant la même nuit témoignent de la part de son (ou de ses) auteur(s) une détermination et un sens de la continuité dans l’action. On notera une variation dans l’écriture : « salop » sur la portière droite, et « salope » sur la portière gauche. Problème d’orthographe ? La bombe de peinture était vide ? Ou bien un effet du stress du tagueur ?  Autre question sur le modus operandi : l’auteur ou les auteurs ont d’abord tagué les voitures et crevé les pneus après ? Ou bien l’inverse ? Ou encore, y en a-t-il qui s’est occupé des pneus, et un autre de la peinture ?
  • Il y a ceux qui ne disent rien pour la raison qu’il s’agit d’un acte de vandalisme qui vise un conseiller municipal, précédemment élu en 2014, sur la liste du maire actuellement en poste, et qui est aujourd’hui en 2019, candidat tête de sa propre liste. Se réjouissent-ils en pensant « C’est bien fait » ?
  • Et puis, il y a ceux qui se taisent alors qu’ils désapprouvent ce geste, afin de ne pas se voir reprocher une parole de sympathie pour un candidat dissident ? Leur silence serait alors une non-parole sous contrainte morale. On est alors dans une situation que nous connaissons. L’expérience de l’idéal démocratique et de ses moments de « malheurs » (parce les difficultés, les malheurs et les souffrances parsèment la route de la démocratie) nous l’ont enseigné : « Qui ne dit mot, consent. » Toute tolérance accordée aux Petits riens des actes de vandalisme serait alors une justification anticipée à l’égard du Grand tout des violences généralisées, notamment celles faites aux citoyens. Parce que la violence se diffuse, se transmet et contamine ceux qui sont à son contact.

Élection municipale à Savigny-sur-Orge (Essonne). Véhicule personnel NISSAN Juke appartenant à l’épouse de Bernard BLANCHAUD, conseiller municipal, vandalisé devant leur domicile dans la nuit du 24 au 25 février 2020.

LA POLITIQUE EST LA TONALITÉ D’UNE ÉPOQUE

Nous pouvons conclure sur la voie de la recherche ainsi tracée : « démontrer et démonter les ressorts anthropologiques de ce nanisme de la condition humaine ». Démontrer et démonter : deux tâches qui sont étonnamment proches, à une lettre près :

  • démonter, dépasser le stade primaire de la Redondance médiatique permanente (RMP), en faire l’analyse, accéder à un niveau de Connaissances acquises volontairement (CAV), et voir ce qu’on ne voyait pas auparavant, apprendre ce qu’on ne savait pas, autrement dit « être en quête de réel, s’attacher au minuscule, à l’anecdote »
  • démontrer, c’est-à-dire convaincre, militer pour que la politique ne devienne pas la réalité que les autres veulent lui faire paraître. C’est-à-dire, résister au fait que la République et la démocratie ne sont pas des émissions télévisées de la téléréalité.

Démonter et convaincre, ce n’est pas décrire des camps qui s’affrontent,

  • c’est saisir ce que des conflits font aux habitants,
  • c’est comprendre ce qu’une municipalité et ses mandants perçoivent et éprouvent. Une attention nouvelle est ici portée, de nouveau, aux émotions politiques.

S’interroger sur ce que la politique fait constitue un retournement. Qu’est-ce que les citoyens font aux élus ? Qu’est-ce que la politique fait au corps social, aux élus et aux citoyens.

N’oublions pas que, comme l’écrit Alban BENSA, « la politique n’est pas que décisions et controverses. Elle donne aussi la tonalité d’une époque, son climat, sa part de rumeurs, de fantasmes et d’émotions. »

Élections municipales des 15 et 22 mars 2020 à Savigny-sur-Orge (Essonne).
Les 6 panneaux d’affichage officiel. Panneau n°1 : informations sur les élections. Panneaux n°2, n°3, n°4, n°5, n°6 : listes candidates. Mairie de Savigny-sur-Orge, avenue du Général de Gaulle, le 27 février 2020.
© Photographie de Bernard Merigot/CAD.

L’INQUIÉTUDE A T-ELLE UNE PLACE EN POLITIQUE ?

La violence pose une question : l’inquiétude (l’anxietas des Romains) existe-t-elle en politique ? Par l’expression « en politique », nous entendons ici l’activité politique de ceux qui exercent un mandat d’élu local à un moment présent, ou bien de ceux qui aspirent à en exercer un, et qui sont candidats à une élection.

  • Sont-ils inquiets lorsqu’ils l’exercent ?
  • Sont-ils inquiets lorsqu’ils font campagne, ou qu’ils militent (collent des affiches, distribuent de tracts, participent à des manifestations…) ?
  • Sont-ils inquiets lorsqu’ils sont chez eux ? Inquiets pour leur personne, pour leurs proches, pour leurs biens personnels ?
  • Sont-ils inquiets lorsqu’ils découvrent qu’ils ont mis en branle des forces inconnues, incarnées par des individus non identifiés, et qui sont forcément proches, puisque tout cela se passe dans la même commune ?

Ou alors, faudrait-il considérer qu’un acte de vandalisme visant des biens personnels constitue un rite d’initiation, une sorte d’extravagante tentative de soumettre l’autre, une sorte de « Prends toujours ça, mon salaud. On va bien voir si tu réagis » Après quoi, ce serait : « Tu es des nôtres dans l’arène des gladiateurs. On t’a à l’œil ». Autrement dit, une intimidation, un avertissement, un pacte de soumission de l’autre, à la façon de ce que pratiquent les organisations mafieuses pour exercer leur pouvoir absolu à l’intérieur de leur territoire. Qui peut accepter ça ?

Et l’anthropologue lui, est-il inquiet ? Ou bien devrait-il demeurer neutre lorsqu’il est témoin – et pourquoi pas victime, lui aussi, cela s’est vu et cela se voit tous les jours – d’intimidations, de menaces, de voies de fait, d’exactions, de violences ? Parce qu’il existe bel et bien une « inquiétude ethnographique », comme l’évoque Didier FASSIN (3), en citant le philosophe anglais John LOCKE (1632-1704) pour qui « l’inquiétude est le principal sinon le seul aiguillon de l’activité humaine » (« It may perhaps be of some use to remark, that the chief, if not only spur to human industry and action is uneasiness »). (4)

CONCLUSION

Il est inévitable de s’interroger sur le seuil de tolérance à l’égard de l’inquiétude  politique, que ce soit dans l’exercice pratiqué ou dans l’exercice observé. Mais d’une façon plus radicale, il convient de se pencher sur les fondements qui admettent comme naturel ou légitime, même durant un court instant, l’existence même de l’anxietas, dès lors que l’on se place dans le cadre de ce que SPINOZA désignait généreusement comme une « libre République ».

Bernard MÉRIGOT

RÉFÉRENCES

1. BENSA Alban, « L’ordinaire de la politique », p. 7, in DESMARTIS Marie, Une chasse au pouvoir. Chronique politique d’un village de France, Anacharsis Éditeur, Toulouse, 2012, 272 p.
https://books.google.fr/books?id=tzJtDwAAQBAJ&pg=PT6&lpg=PT6&dq=DESMARTIS+Une+chasse+au+pouvoir+Alban+Bensa&source=bl&ots=6Jz_Kq_RRW&sig=ACfU3U3W_lGtZCwvm0ideEtDljuyr_ND8g&hl=fr&sa=X&ved=2ahUKEwiK3o6-1u_nAhUL3hoKHU6pBpQ4FBDoATAEegQIChAB – v=onepage&h

2. Les Bisounours (The Care Bears en anglais) est un mot français qui est la contraction des deux mots « bisous » et « nounours ». Il vient d’une marque de jouets pour enfants en peluche fabriqués et commercialisés dans les années 1980 par la société Kenner. On estime qu’elle aurait vendu plus de 40 millions de ces ours entre 1983 et 1987. En tant que produits dérivés, ils sont apparus sur des cartes de vœux puis dans des films (1985, 1987) et de dessins animés.
L’expression « On ne vit pas dans le monde des Bisounours » est passée dans le langage courant pour signifier qu’on ne vit pas dans un monde idéal où tout le monde serait gentil.

3. FASSIN Didier, « L’inquiétude ethnographique », in BENSA Alban et Didier FASSIN, Les politiques de l’enquête, La Découverte/Recherche, 2008, p. 7-15.

4. LOCKE John, « Of Modes and Pleasures », An Essay Concerning Human Understanding, 1690. Book 2, Ch. XX.

Bernard MÉRIGOT

https://oliviervagneux.files.wordpress.com/2019/12/img737.jpg

« Saviniens, demain vous appartient ! Liste 100% citoyenne et indépendante conduite par Bernard BLANCHAUD », Élection municipale du 15 mars 2020 à Savigny-sur-Orge (Essonne),
Tract A4 recto verso. Coll CAD.

DOCUMENTS

LA LISTE « SAVINIENS, DEMAIN VOUS APPARTIENT ! »
DÉRANGE

La campagne dans notre commune de Savigny-sur-Orge a atteint des sommets d’incivilité mais surtout de comportements antirépublicains qui étaient inconnus jusqu’à ce jour.
Dans la nuit du 24 au 25 février la voiture de Bernard BLANCHAUD a eu ses  quatre pneus crevés et elle a été taguée mais, pire, celle de son épouse a subie la peine punition.
La même nuit des voyous se sont introduits dans la propriété d’une colistière et ils ont tagué sa maison.
MAIS OU VA-T-ON ? Notre société a-t-elle évoluée dans le mauvais sens jusqu’à ce que de tels actes ignobles soient commis envers d’honnêtes citoyens ?
Je serais à la place des auteurs, mais également des commanditaires, je ne dormirais pas tranquille car la Police Nationale ne lâchera pas l’affaire tant qu’elle n’aura pas été résolue !
Pour Bernard BLANCHAUD le résultat est une journée entière de perdue entre les dépôts de plaintes, l’enlèvement des 2 voitures par des transporteurs, la négociation avec l’assurance, les tractations avec les marchands de pneus et avec les garagiste pour les carrosseries.
Honnête gens, s’il vous plait, soyez attentifs et signalez à la Police, Municipale ou Nationale, tous les actes d’incivilité dont vous pourriez être les témoins, merci.
Notre question est la suivante : VISIBLEMENT NOUS DÉRANGEONS MAIS QUI EST DERRIÈRE TOUT CELA EN PENSANT QUE CELA VA LUI PROFITER en espérant le découragement des candidats qui sont des Citoyens non encartés et non politisés ?
Pour conclure; nos franchises vont nous coûter 650 euros !
RÉFÉRENCE DU DOCUMENT
Bernard BLANCHAUD, Facebook.com/Nous Saviniens, 25 février 2020.

DOCUMENT n°2

MUNICIPALES 2020 A SAVIGNY-SUR-ORGE
LES VOITURES DE BERNARD BLANCHAUD DÉGRADÉES

Je commencerai cet article en condamnant l’acte dont a été victime la famille BLANCHAUD, malgré le fait que j’ai quand même la sensation de passer pour en être le responsable à la lecture de l’article Facebook. Il apparaît désormais évident que c’est à cause de cela que Bernard va perdre les élections en obtenant 5 % des voix au premier tour, parce qu’il lui aura manqué une journée de campagne.
Moi, j’aimerais bien que mes concurrents condamnent les agissement du corbeau, mais je constate que tout le monde ferme bien sa gueule. J’aurais aussi aimé que Bernard ne raconte pas à ses amis que je les traite de connards parce que ce n’est pas vrai. Mais il l’a écrit dans des documents à destination de son équipe, tout en écrivant « X » dans ses tweets et affiches parce qu’il n’assume rien. Le même mec qui dénonçait récemment la fermeture de la Savinière et de la crèche familiale, qu’il a pourtant votées.
Alors quand Bernard aura fini sa séance de victimisation, parce qu’il ne dérange sincèrement personne, il regardera peut-être du côté de ses anciens colistiers, notamment de celui qui recouvre ses affiches de peinture rouge en écrivant dessus qu’il est un alcoolo. Et puis sa mythification de la Police et de la procureure ; j’attends toujours qu’elle fasse suite à sa plainte à mon encontre dans l’urgence des élections. Au final, et dans le fond, nous savons bien que ce n’est pas Bernard qui est mauvais mais juste la faute des autres qui ne s’aperçoivent pas assez qu’il est bon.
RÉFÉRENCE DU DOCUMENT
VAGNEUX Olivier, « Municipales 2020 à Savigny-sur-Orge : les voitures de Bernard BLANCHAUD et de sa femme ont été dégradées », Le Savinien libéré, 26 février 2020. https://oliviervagneux.wordpress.com/2020/02/26/municipales-2020-a-savigny-sur-orge-les-voitures-de-bernard-blanchaud-et-de-sa-femme-ont-ete-degradees/

DOCUMENT n°3

ÉLECTIONS
POUR CERTAINS, TOUS LES COUPS SONT PERMIS

« Élections : pour certains tous les coups sont permis ! »,
Le Parisien Essonne, 28 février 2020

Dans une campagne électorale, jusqu’où peut-on aller ? Alors que l’affaire Griveaux enflamme les débats, cette question se pose ailleurs qu’à Paris. En Essonne, depuis le début de la campagne, les plaintes d’élus s’empilent sur les bureaux du parquet d’Évry. Difficile de comparer avec les municipales de 2014 mais force est de constater que si les diffamations sont courantes durant une campagne, des faits d’autres natures animent le scrutin cette année.
« La tension sur le terrain se traduit en plaintes : plus l’élection est locale, plus il y a de nervosité, estime Caroline Nisand, procureure d’Evry. La justice leur accorde une vigilance particulière, car les élus sont des personnalités publiques susceptibles d’être la cible de davantage d’attaques. Mais on ne leur accorde pas de traitement privilégié. » Un pallier a notamment été franchi à Etampes quand la mai- son de Mathieu Hillaire, candidat LFI, a été incendiée en septembre. Diffamation, dé- gradations, agressions de colleurs d’affiches… Les motifs varient. Tour d’horizon.
  • Voitures taguées à Savigny. C’est la plainte la plus récente. Dans la nuit de lundi, les voitures de Bernard Blanchaud (SE) et de sa compagne ont été couvertes d’insultes et dessins désobligeants. Sa plaque d’immatriculation à lui a été recouverte de peinture noire. Leurs pneus ont été crevés. Et la colistière a eu la surprise de découvrir la porte de son domicile taguée.
  • Inscriptions racistes à Brétigny-sur-Orge. Le domicile de Steevy Gustave (EELV) a lui aussi été « visité » le 11 janvier. Les intrus ont écrit « Sale négro tu seras pas maire » sur le porche de sa maison. « A chaque élection je subis des insultes, par lettre anonyme ou sur les réseaux sociaux, nous confiait le candidat. D’habitude je me contente de faire des signalements ». Cette fois-ci, il a porté plainte.
  • Casier judiciaire contre casier judiciaire à Wissous. Dans cette ville du nord de l’Essonne, les casiers des candidats font office d’arguments de campagne… Dans une vidéo puis un tract, le maire (DLF), Richard Trinquier, lui- même condamné pour violence et menace avec arme, s’est saisi d’une rumeur selon laquelle Patrick Kitsaïs, candidat (SE) d’opposition, aurait été condamné pour violences conjugales. L’édile a demandé à son adversaire de dévoiler son casier. En réponse, le candidat a déposé plainte, avec son ex-femme, pour atteinte à la vie privée et diffamation.
  • Dégradations de permanences à Vigneux et Draveil. Les deux communes limitrophes ont un point commun : les permanences vandalisées. A Vigneux, la devanture du local de Thomas Chazal, maire (LR) et candidat à sa propre succession, a volé en éclats le 28 janvier. « Ils se sont juste contentés de casser », note un proche de l’élu. Une semaine plus tôt, c’est la permanence d’Emmanuelle Beauchage, tête de liste LREM à Draveil, qui a été vandalisée en pleine journée. Deux pierres jetées sur une fenêtre et une porte ont brisé des vitres.
  • Affiches dégradées à Crosne. Des candidats sur les affiches aux yeux crevés, des annotations au feutre et même des affichettes mensongères pour tromper l’électeur… Une bataille féroce oppose le maire (SE) sortant, Michaël Damiati, au candidat (LREM) Christophe de Freitas. Alors qu’ils s’accusent mutuellement de dégrader leurs affiches respectives dans la ville, les deux camps tombent nez à nez le 10 février. Une altercation verbale éclate. « J’ai été insulté, j’ai déposé plainte », certifie l’édile.
  • Bousculade à Chilly-Mazarin. Aller à la rencontre des électeurs n’est pas sans ris- que. Le 16 février, six membres de l’équipe de la majorité sortante, qui tractaient devant le centre commercial Saint-Eloi, ont été pris à partie par des jeunes. « Ils ont renversé notre panneau, arraché des mains nos tracts et bousculé une de nos colistières », dénonce le maire (DVD), Jean- Paul Beneytou. Une plainte a été déposée dans la foulée.
RÉFÉRENCE DU DOCUMENT
SIMON Bartholomé, « Elections : pour certains, tous les coups sont permis !
Diffamations, dégradations, agressions… En période de campagne, les candidats sont parfois la cible d’inquiétantes attaques. Et cette année, la violence semble monter d’un cran », Le Parisien, Essonne 91, 28 février 2020. https://www.kiosque.leparisien.fr/data/30922/reader/reader.html?t=1582907674189#!30

 

 

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Linky, non merci. 1ère lettre-type de refus à adresser à ENEDIS EDF

LA LETTRE DU LUNDI DE MIEUX ABORDER L’AVENIR, n°387, lundi 13 janvier 2020

Comment refuser l’installation inutile, intrusive et préjudiciable d’un compteur Linky qu’ ENEDIS/ EDF essaie d’imposer aux abonnés ?
Tout simplement en manifestant son refus chaque fois qu’ ENEDIS/ EDF  (ou ses prestataires) se manifeste. Courtoisement et fermement. Dans plusieurs communes de l’Essonne, ENEDIS / EDF est en train de procéder à l’envoi de mails et/ou de courriers et de procéder à des installations.
Les refus doivent être adressés par lettre recommandée avec avis de réception (LRAR). Plusieurs lettres successives à ENEDIS / EDF seront certainement nécessaires.

Vous trouverez ci-dessous une première lettre-type de refus à adresser à ENEDIS / EDF. Vous pouvez en faire un copier-coller.

Linky, le compteur électrique que l’on refuse d’avoir chez soi.
ENEDIS  EDF prétend imposer son installation, inutile, intrusive et préjudiciable, chez tous les abonnés.
Photographie prise à Savigny-sur-Orge (Essonne) le 12 janvier 2020 © Photographie BM / CAD.

_____________________________________________________________

Lettre-type

PREMIÈRE LETTRE-TYPE DE REFUS
DE L’OFFRE COMMERCIALE D’ ENEDIS / EDF
D’INSTALLER UN COMPTEUR LINKY

Date

EXPÉDITEUR

NOM
Prénom
Adresse

DESTINATAIRE

ENEDIS ILE DE FRANCE EST
Service Ile-de-France Est
TSA 91211
91021 EVRY

LETTRE RECOMMANDÉE AVEC AVIS DE RÉCEPTION
OBJET

Votre mail du :
Votre courrier en date du :
Votre Référence :          votre-conseiller@relation-clients-edf.fr
Répondre à :                   ne_pas_repondre@relation-clients-edf.fr

Monsieur, Madame,

Vous m’avez adressé un mail (ou une lettre) d’offre commerciale concernant la pose d’un compteur Linky.

Vous la justifiez par les trois arguments suivants :
•    la possibilité de changer la puissance de mon contrat à distance,
•    une facturation calculée à partir du relevé de ma consommation,
•    des conseils pour réaliser des économies d’énergie.

Aucun de ces propositions ne m’intéresse :
•    je n’ai pas envie de changer la puissance de mon contrat,
•    mes facturations ne posent aucun problème,
•    je dispose des conseils suffisants en matière d’économies d’énergie.

Je vous indique par ailleurs que je dispose d’un compteur qui fonctionne parfaitement.

En conséquence votre offre commerciale d’installation d’un nouveau compteur Linky ne m’intéresse pas et je la décline.

Je vous prie d’agréer, Monsieur, Madame, l’expression de mes sentiments distingués.

 Signature

Linky , le compteur électrique que l’on refuse d’avoir chez soi.
Lettre de refus de l’offre commerciale à adresser à ENEDIS EDF. Bordereau de dépôt de lettre recommandée avec avis de réception.
N’oubliez pas de remplir à droite les lignes de la case « Expéditeur »

COMMENTAIRE du 16 janvier 2020
Avis de réception signé par ENEDIS – DR IDF SUD le 14 janvier 2020

Linky non merci.
Avis de réception signé par ENEDIS – DR IDF SUD le 14 janvier 2020.

___________________________________________________________

DOCUMENT

1er MAIL ADRESSÉ PAR ENEDIS

Linky, un compteur d’électricité inutile, intrusif et préjudiciable pour les usagers.
1er mail adressé par ENEDIS EDF en date du 2 janvier 2020 à des habitants de Savigny-sur-Orge (Essonne).

LÉGENDE DES ILLUSTRATIONS

  • Linky , le compteur électrique que l’on refuse d’avoir chez soi. ENEDIS  EDF prétend imposer son installation, inutile, intrusive et préjudiciable, chez tous les abonnés. Photographie prise à Savigny-sur-Orge (Essonne) le 12 janvier 2020 © Photographie BM / CAD.
  • Linky , le compteur électrique que l’on refuse d’avoir chez soi. Lettre de refus de l’offre commerciale à adresser à ENEDIS. Bordereau de dépôt de lettre recommandée avec avis de réception à adresser à ENEDIS (Essonne). N’oubliez pas de remplir à droite les lignes de la case « Expéditeur »
  • Linky, un compteur d’électricité inutile, intrusif et préjudiciable pour les usagers. 1er mail adressé par ENEDIS EDF en date du 2 janvier 2020 à des habitants de Savigny-sur-Orge (Essonne).
  • Linky non merci. Avis de réception signé par ENEDIS – DR IDF SUD le 14 janvier 2020.

La Lettre du lundi de Mieux Aborder l’Avenir
n°387, lundi 13 janvier 2020

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Référence du présent article : http://www.savigny-avenir.fr/2020/01/13/linky-non-merci-1ere-lettre-type-de-refus-a-adresser-a-enedis-edf/

 

 

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Voeux pour 2020 de Bernard Mérigot. La généralisation de l’éthique de la sollicitude, c’est pour cette année ? (Friedrich Nietzsche)

Qui adresse des voeux à qui ? Chacun est à la fois émetteur et destinataire de « voeux de bonne année ». Leurs échanges croisés constituent en ce début de XXIe siècle une pratique sociale qui est loin d’être évidente, comme si la continuité/rupture des deux journées du 31 décembre et du 1er janvier constituaient un « moment-pivot », unique et paradoxal, animé par une question pleine d’une incertitude savamment entretenue : l’année qui vient sera-t-elle semblable ou bien différente de celle qui s’est achevée ?

« Pas faire », bombage à la penture jaune sur un trottoir de Paris Ve,
place Maubert, entre la rue des Carmes et la rue Sainte Geneviève, 2 décembre 2019.
© Photographie de Bernard Mérigot.

Commentaire de l’illustration.  « Pas faire… » : c’est peint à la bombe de peinture sur le goudron du trottoir sur lequel nous posons les pieds. Nous marchons, et les trottoirs nous parlent. A qui s’adresse ce message ? A quelqu’un, forcément, quelqu’un qui va passer on ne sait pas quand, et qui devrait faire quelque chose, et qui ne doit pas le faire. Que devons-nous faire ? Que devons-nous ne « pas faire » ?

LES VOEUX DE BONNE ANNÉE DE FRIEDRICH NIETZSCHE

« Aujourd’hui, chacun ose exprimer son vœu et sa pensée la plus chère, soit ! Je veux donc dire moi aussi ce qu’aujourd’hui je me suis souhaité à moi-même et quelle pensée a été la première à traverser mon cœur cette année (…) ». C’est ainsi que Friedrich NIETZSCHE évoque en ce 1er janvier 1882 ce moment particulier, qui se répète tous les douze mois : celui de la nouvelle année. (1)

Après tout « on change de jour tous les jours », comme nous le rappelle le philosophe Nicolas GRIMALDI. Mais une fois par an, un jour advient avec « quelque chose de plus », comme si « l’existence se réinventait et se projetait hors d’elle-même » (2)

La vie sociale semble suspendue à une promesse de renouveau. « Chacun y accroche pêle-mêle son pesant d’espérances, de craintes secrètes et d’aspirations intimes », commente Stéphane FLOCCARI. (3)

CE QUI A PRÉCÉDÉ N’EST JAMAIS
CE QUI VA SUIVRE…

Mais d’où vient ce sentiment d’inquiétante étrangeté à l’égard de l’annonce de cette coupure radicale qui sépare ce qui nous a précédé de ce qui nous suivra, expression d’une double crainte de perdre ce que l’on a vécu et ne pas obtenir ce à quoi on aspire.

Il y a un an, le 1er janvier 2019, nous écrivions ici même que lannée 2018 demeurait pour les Français et les Françaises celle d’un moment de « décrochage » durant lequel « une majorité de citoyens a manifesté son sentiment de perte de confiance à l’égard de la parole de l’État, du gouvernement, de son administration, de ses juges. Le mythe de l’État bienveillant, impartial et protecteur, fantasme qu’une majorité de médias en place veut nous imposer d’une façon compulsive comme comme une vérité permanente, s’est soudain fissuré. » (4) Chaque jour, de nouveaux exemples sont apportés qu’il arrive à l’État – même s’il le nie – d’être cachotier, désinvolte, malveillant, partial, diviseur, agressif… Situation confirmée aujourd’hui, en janvier 2020, au plus fort des grèves et des manifestations contre le projet de réforme de retraite par points soutenu par le président de la République Emmanuel MACRON et par son Premier ministre Édouard PHILIPPE.

POURQUOI LA VIOLENCE ÉMEUTIÈRE ?

Un témoignage intéressant est apporté par Romain HUËT avec son livre Le vertige de l’émeute. De la ZAD aux Gilets jaunes. Il écrit que la violence émeutière (qu’il s’agisse de la ZAD de Notre-Dame-des-Landes, de la Loi Travail, de Parcoursup, des Gilets jaunes…) est à la fois « fascinante et inquiétante, un mode d’expression, de jeu, de simulacre et d’agressivité », et qu’elle suscite toujours les mêmes sentiments de peur, de joie, d’ivresse, de vertige et d’angoisse. Elle demeure « une expérience charnelle du politique » qui témoigne à sa façon, que notre monde commun se construit dans les oppositions, dans les tensions, dans la douleur. (5)

LE RESPECT DES CITOYENS

L’éthique de la sollicitude, ou encore l’éthique du care (de l’anglais Ethics of Care) est une notion récente qui a pris naissance dans les pays anglophones. Le mot de sollicitude employé pour le traduire regroupe un vaste ensemble de sens comprenant ceux d’attention, de soin, de responsabilité, de prévenance, d’entraide… Nous y ajouterons ceux de respect de la part de ceux qui sont en position d’exercer un pouvoir, c’est-à-dire de prendre des décisions qui ont des conséquences sur les autres : qu’il s’agisse de faire ou de ne pas faire, de faire bien ou de faire mal, ou encore – art d’excellence de l’État et des pouvoirs – de faire croire que l’on fait ou que l’on annoncé faire, alors que l’on n’a rien fait et que l’on ne fera rien. Où bien, encore mieux : faire « en général » en créant de nouveaux problèmes « particuliers »qui seront à résoudre ultérieurement. Nous retrouvons le développement d’Emmanuel KANT dans son essai de 1793 intitulé « Sur l’expression courante. Il se peut que cela soit juste en théorie, mais en pratique cela ne vaut rien ». On passe ainsi du « faire / ne pas faire », au « résoudre / ne pas résoudre », puis au « ça marche / ça marche pas ».

L’une de ses manifestations concrète, dans le cadre d’une libre république, est celui du « respect citoyen », c’est-à-dire de l’égale sollicitude qui est due à l’égard de tout citoyen de la part des élus, des administrations, des services publics, des acteurs économiques… Si le respect est réciproque, les organisations collectives de pouvoir oublient la plupart du temps que leur légitimité n’est en rien une donnée première. Ce qui rend leur constitution légitime, c’est d’abord d’être au service de tous les individus qui la composent, ou à l’égard desquels elle gère par délégation les mêmes communs ( « commons »).

Comme le note Éloïse GIRAULT, la philosophie politique définit le care d’une façon globale comme « une activité générique qui comprend tout ce que nous faisons pour maintenir, perpétuer et réparer notre monde de sorte que nous-mêmes, ainsi que tous ses habitants, puissent y vivre le mieux possible ». (6)

« JE » SUIS « UN AUTRE »

L’éthique de la sollicitude consiste tout simplement à « prendre soin de la vie des autres », pour eux et pour moi-même, puisque chaque être humain est aussi « un autre ». Comment se fait-il que l’on oublie si souvent l’un des deux termes de cette réciprocité ? « Ce monde comprend nos corps, nous-mêmes et notre environnement, tous les éléments que nous cherchons à relier en un réseau complexe, en soutien à la vie. » (7)

CONCLUSION

Vœux pour soi ou vœux pour les autres ? Ou bien vœux de soi-même à soi-même, vœux des autres à soi-même. Ou encore, voeux de soi-même aux autres ? Un vœu ne peut pas être une parole sans action. L’éthique de la sollicitude répond à ces questions puisqu’elle s’est développée au point de constituer une des vertus essentielles de la vie démocratique. Elle concerne tout le corps social en même temps que tous les corps qui le composent. Elle est multiforme, portant une égale attention aux dignités bafouées, aux besoins timides, aux désirs cachés, aux signaux faibles, à toutes les détresses humaines comme aux détresses environnementales, sanitaires, économiques, culturelles, spirituelles… Autant de détresses fragmentées exprimées tout au long de l’année 2019 (des Gilets jaunes aux manifestations contre la réforme des retraites), prémisses des détresses totales que nous savons être de notre monde. (8)

Revenons à ce qu’écrivait Friedrich NIETZSCHE dans ses vœux pour le 1er janvier 1882. Il en formulait un très beau : « apprendre toujours plus à voir le beau dans la nécessité des choses », ce que Michaël FOESSEL traduit comme « une façon de réorienter son regard », en privilégiant le beau dans le quotidien, « ce monde (qui) comprend nos corps, nous-mêmes et notre environnement, tous les éléments que nous cherchons à relier en un réseau complexe, en soutien à la vie. » (9)

Alors, la généralisation de l’éthique de la sollicitude, par tous et pour tous, c’est pour 2020 ? Ce qui reviendrait à mettre en pratique la devise de Christophe de Savigny (1530-1587) : « Tost ou tard, près ou loing, a le fort du faible besoing ».

Bernard MÉRIGOT

Piéton en marche : on ne passe pas par ici, mais par là.
Panneau invitant les piétons à contourner le chantier de construction du Tram-Train entre Évry et Massy-Palaiseau apposé sur une passerelle enjambant la rivière Orge dans le Parc de Morsang-sur-Orge / Savigny-sur-Orge, 24 décembre 2019.
© Photographie de Bernard MERIGOT/CAD.

Commentaire de l’illustration. La ligne du Tram-Train desservira onze stations entre Évry et Massy Palaiseau. Elle traverse notamment trois communes limitrophes, : Morsang-sur-Orge, Savigny-sur-Orge et Épinay-sur-Orge,.
   •   La commune de Morsang-sur-Orge comporte une station.
   •   La commune d’Épinay-sur-Orge comporte une station.
   •   En revanche, le Tram-Train traverse bien la commune de Savigny-sur-Orge, mais aucune station n’a été prévue.
Ce qui fait que les habitants de Savigny-sur-Orge,verront passer le Tram-Train, mais il ne s’arrêtera pas,. C’est comme dans le sketch des humoristes Chevalier et Laspales : ceux qui voudraient l’emprunter « auront des problèmes ». Ils devront aller soit à Morsang-sur-Orge, soit à Épinay-sur-Orge. Après tout, la marche à pied est peut-être l’avenir paradoxal des transports en commun…

DOCUMENT

VOEUX DE 1er JANVIER DE LA DÉCENNIE EN COURS
2020 – 2029

  • 2020. « La généralisation de l’éthique de la sollicitude, c’est pour cette année ? (Fredrich Nietzsche)

VOEUX DE 1er JANVIER DE LA DÉCENNIE
2010-2019

  • 2019.  « L’anthropologie politique doit avoir sa place dans l’espace public » (Friedrich Nietzsche)
  • 2018.  « Contre la fin du monde »  (Paul Valéry et Jean-Claude Schmitt).
  • 2017. « Qui s’y frotte, s’y pique » (Ne toquès mi, je poins)
  • 2016. « L ‘événement n’est pas ce qu’on peut voir, mais ce qu’il devient ».
  • 2015. « Paix, solidarités et espérances durables ».
  • 2014. « Les nouvelles exigences du bonheur citoyen » (John Dewey)
  • 2013. « La démocratie, c’est partout, et tout le temps » (Pierre Mendès-France)
  • 2012. « Que nos pratiques correspondent à nos idéaux »
  • 2011. « En finir avec l’exploitation des peurs et des humiliations »
  • 2010. « Regarder l’année passée aussi bien que celle à venir »

VOEUX EN LIGNE SUR  http://savigny-avenir.info

RÉFÉRENCES

1. NIETZSCHE Friedrich, Le Gai Savoir, Livre quatrième, § 276, in Œuvres philosophiques complètes (OPC), volume V, Gallimard, p. 189. Traduction modifiée de Pierre Klossowski, revue, corrigée et augmentée par Marc B. de Launay.
2.
GRIMALDI Nicolas, L’Homme disloqué, Paris, PUF, 2001, p. 1.
3.
FLOCCARI Stéphane,
Nietzsche et le nouvel an, Les Belles Lettres, 2017, 256 p. ISBN 978-2-35088-124-9 https://www.decitre.fr/livres/nietzsche-et-le-nouvel-an-9782350881249.html
4.
Contre la fin du monde. Voeux 2018 de Bernard Mérigot.
5.
HUËT Romain, Le vertige de l’émeute. De la Zad aux Gilets jaunes, 2019. 176 p. ISBN 978-2-13-081909-7
Romain Huët est maître de conférences en sciences de la communication à l’université Rennes 2. Auteur de plusieurs recherches sur les guérillas et les émeutes urbaines (2012-2018). Il a coréalisé le film documentaire Après le Printemps. Vie ordinaire de combattants syriens (2017) à la suite d’une ethnographie de plusieurs mois au sein de groupes rebelles syriens,
6. GIRAULT Éloïse, « Joan Tronto, Un monde vulnérable. Pour une politique du care », La Découverte, 2009, in Revue Sociétés et Jeunesses en Difficulté, Revue pluridisciplinaire de recherche, n° 9, printemps 2010, §.3 http://sejed.revues.org/6724
7. PERREAU Bruno, TRONTO Joean, «Un monde vulnérable – Pour une politique du care », La Découverte, 2009, in Genre Sexualité & Société.  http://gss.revues.org/1699?lang=en, §.
8. Les incendies qui ont éclaté en Amazonie et en Australie durant l’année 2019 sont un malheureux exemple de l’accumulation d’une partie de ces malheurs. En Australie, et au jour ou ces lignes sont écrites, de septembre à janvier 2020 : 10 millions d’hectares brulés, 26 morts, 1 milliard d’animaux morts, 10 mille dromadaires morts…
9. FOESSEL Michaël, « Les voeux de Nietzsche », Libération, 9 janvier 2015. https://www.liberation.fr/chroniques/2015/01/09/les-voeux-de-nietzsche_1177185

LÉGENDES DES ILLUSTRATIONS

  • « Pas faire », bombage jaune sur un trottoir de Paris Ve, place Maubert, entre la rue des Carmes et la rue Sainte Geneviève, 2 décembre 2019. © Photographie de Bernard Mérigot.
  • Piéton en marche : on ne passe pas par ici, mais par là. Panneau invitant les piétons à contourner le chantier de construction du Tram-Train T7 entre Évry et Massy-Palaiseau apposé sur une passerelle enjambant la rivière Orge dans le Parc de Morsang-sur-Orge / Savigny-sur-Orge, 24 décembre 2019. © Photographie de Bernard MERIGOT/CAD.
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COMMENTAIRE du 16 janvier 2020
Sur la désobéissance épistémique

« Pour prendre une distance avec le conditionnement matriciel d’un mode de pensée historiquement dominant, la production d’un écart avec la croyance qui l’accompagne est nécessaire. Il faut désobéir aux lois d’organisation imposées par cette croyance, oser transgresser pour tester un point de départ différent, adopter une perspective différente. Celle-ci doit d’abord être apprise et construite pour sortir de la répétition. »

MAESSCHALCK Marc, « La désobéissance épistémique comme « contre-poétique » décoloniale » in MIGNOLO Walter D., La désobéissance épistémique. Rhéthorique de la modernité, logique de la colonialité et grammaire de la décolonialité, 2015 .

MIGNOLO Walter, Epistemic disobedience : rhetoric of modernity, logic of coloniality and decolonial grammar.
MIGNOLO Walter,
La désobéissance épistémique : rhétorique de la modernité, logique de la colonialité et grammaire de la décolonialité, Bruxelles, P.I.E. Peter Lang, 2015, p. 185. Traduction de Yasmine JOUHARI et Marc MAESSCHALCK. ISBN 978-2-87574-235-3

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Projet de Loi sur les retraites 2019. La Recherche universitaire française est en grève

Comme étudiant, comme chercheur, comme enseignant, comme journaliste, j’ai passé de nombreuses heures, de nombreuses journées, dans des bibliothèques universitaires et dans des centres de documentation. J’y ai toujours rencontré un personnel disponible et compétent qui a toujours su écouter mes demandes et m’aider pour trouver articles et documents. L’une des bibliothèques que je fréquente le plus actuellement est celle des Grands Moulins (1) de l’Université Paris Diderot/Paris 7, dans le 13e arrondissement de Paris, à deux pas de la Bibliothèque Nationale de France, et j’ai une pensée de reconnaissance pour tous ceux qui y ont employés.

En ce mois de décembre 2019 notre média numérique apporte son soutien à tous les personnels des services d’enseignement, de recherche et de culture dans leur opposition au projet de Loi sur les retraites présenté. Il s’associe à leurs justes revendications.

Bernard MÉRIGOT
Rédacteur en chef de Territoires et Démocratie Numérique Locale (TDNL)
17 décembre 2019

Le projet de Loi sur les Retraites 2019. Un exemple parmi tant d’autres qui le rend inacceptable et explique le vaste mouvement de grève, notamment des universitaires .
Source : http://www.sauvonsluniversite.com/IMG/pdf/sortez-vos-calculettes.pdf

LA RECHERCHE UNIVERSITAIRE EST EN GRÈVE

Pour le retrait du projet de loi sur les retraites, les plateformes d’OpenEdition sont inaccessibles

Le 16 décembre 2019, les personnels d’OpenEdition, infrastructure de recherche publique française, réunis en assemblée générale, ont voté (81 % des votes exprimés) l’inaccessibilité aux plateformes OpenEdition Journals, OpenEdition Books, Calenda et Hypothèses… pour une durée de 24 heures à partir du 17 décembre, minuit, heure française.
Nous nous associons aux travailleurs et travailleuses des secteurs public et privé en lutte et nous demandons le retrait du projet de loi de réforme des retraites actuellement défendu par le gouvernement français.

https://www.openedition.org/mouvement17decembre.html

« Demain 17 décembre 2019 ». Montage de 32 affiches appelant à la grève et aux manifestations contre le projet de Loi sur la réforme des retraites.
Source : http://www.sauvonsluniversite.com/spip.php?article8575

FERMETURE
DE l’ÉCOLE DES HAUTES ÉTUDES EN SCIENCES SOCIALES (EHESS)
DE PARIS

« Mouvement social : fermeture de l’EHESS et suspension des séminaires.
« La poursuite du mouvement social en cours et son impact sur les transports, en particulier en région parisienne, ne permettent pas à l’EHESS d’assurer le bon fonctionnement de l’établissement et un niveau de sécurité satisfaisant pour les personnels et les étudiantes et étudiants, comme pour les usagères et usagers des trois sites du boulevard Raspail à Paris.
Dans ces conditions, l’EHESS maintient la fermeture de ses bâtiments du 54, du 96 et du 105 boulevard Raspail, à Paris, jusqu’au mardi 24 décembre 2019 inclus.
Les séminaires de l’EHESS demeurent suspendus sur le site Raspail ainsi que sur le campus Condorcet, à Aubervilliers. »

17 décembre 2019

SOURCE DU DOCUMENT
https://www.ehess.fr/fr/communiqu%C3%A9/mouvement-social-fermeture-lehess-et-suspension-s%C3%A9minaires
. Consulté le mardi 17 décembre 2019.

RÉFÉRENCES DE L’ARTICLE
1.
La Bibliothèque des Grands Moulins occupe 8000 m² sur 5 niveaux et propose 1400 places, 9 salles de travail en groupe, 2 salles de formation, et 100 postes informatiques. Elle abrite des collections en lettres, sciences humaines et sociales, sciences et techniques. Soit 250 000 documents en libre accès pour la plupart, dont 414 revues papier, 3150 DVD, des cartes géologiques et géographiques, et les thèses soutenues à l’Université Paris Diderot.

LÉGENDES DES ILLUSTRATIONS

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3 décembre 1969. Il y a cinquante ans se tenait l’ « Impromptu sur la psychanalyse » de Jacques Lacan à Vincennes

LA LETTRE DU LUNDI DE MIEUX ABORDER L’AVENIR, n°381, lundi 2 décembre 2019

Ce matin du mercredi 3 décembre 1969, un peu avant 12 heures 30, Jacques LACAN pénètre dans l’Amphithéâtre de l’Université de Vincennes. Il a annoncé un « Impromptu sur la Psychanalyse ». Le déroulement de la séance se révélera plutôt être un « Inattendu », comme l’atteste la transcription qui a été faite, imprimée et diffusée à l’époque, et dont on peut prendre connaissance en ligne http://www.savigny-avenir.fr/wp-content/uploads/1981/09/LACAN-Impromptu-Vincennes-3-decembre-19691.pdf

On se souvient de plusieurs interventions d’étudiants comme « Et, ça va pas ? Il nous parle de son chien ! » ou bien « Oh ! Lacan, ne te moques pas des gens, hein ! ». On ne saurait s’arrêter uniquement à ces citations qui désormais appartiennent à l’histoire de l’enseignement de la psychanalyse. Elles demeurent la surface visible d’objets plus difficiles à appréhender.

Faire l’histoire d’un événement, que celui-ci soit individuel ou collectif, relève par nature d’une construction/reconstruction psychologique et sociale. Généralement les explications uniques y sont dominantes, laissant de côté la complexité des explications multiples, du non-dit, de l’oublié, du caché.

Aujourd’hui, cinquante ans après cet événement du 3 décembre 1969, que ce soit sur le fond ou sur la forme de cette séance, de nombreuses questions demeurent ouvertes. Elles imposent de tenter de les remettre en perspective et de restituer la pluralité des « raisons explicatives » qu’elles doivent ouvrir. (1)

Casse-noisette, ballet-féérie de TCHAÏKOVSKI (1892),
adaptation du conte Casse-noisette et le Roi des souris d’Ernst Theodor Amadeus HOFFMANN (1816).
© Photographie Bernard Mérigot / CAD 2 décembre 2019.

LE « SÉMINAIRE » DE JACQUES LACAN

La semaine précédente, le mercredi 26 novembre 1969, à cette même heure de 12 heures 30, Jacques LACAN a tenu ce qu’il nomme depuis 1953, son « séminaire ». Il a pris comme sujet de l’année universitaire 1969-1970 : « L’envers de la Psychanalyse ». Durant environ deux heures, Jacques LACAN s’est adressé au nombreux public qui remplissait l’amphithéâtre que lui prête la Faculté de Droit du Panthéon à Paris. Il a été le seul à parler.

Une remarque s’impose : le « dispositif » que constitue ce type de séance n’a rien à voir avec ce que l’université ou l’École des Hautes Études en Sciences Sociales (EHESS), par exemple, désigne sous le nom de « séminaire » et qui a pour caractéristique générale, selon des modalités diverses de mise en œuvre, de toujours permettre aux participants d’exposer leurs questions, de préférence courtes et pertinentes, évidemment. A ce sujet, la réalité du « séminaire » de Jacques LACAN correspond à un cours durant lequel « un seul » parle. C’est un cours magistral, une conférence sans débat, sinon selon un certain nombre de témoignages, un « débat intérieur » suscité par les propos de Jacques LACAN chez les assistants à son séminaire. « Il parlait en public, et il arrivait qu’à l’écouter, tu aies l’impression  d’entendre ce que tu lui avais dit, mais repris théoriquement, ce qui lui donnait une toute autre portée », (2) déclare René TOSTAIN, médecin, psychanalyste, élève de Jacques LACAN et ancien enseignant au Département de Psychanalyse de Vincennes fondé par Serge LECLAIRE en 1968.

LES EFFETS DU DÉPLACEMENT
DE JACQUES LACAN A VINCENNES

En cette début d’année universitaire 1969-1970, Jacques LACAN « tient » successivement son séminaire le mercredi 26 novembre 1969 à la Faculté de Droit du Panthéon, puis le mercredi 3 décembre 1969 à l’Université de Vincennes, et à nouveau le mercredi 10 décembre 1969 à la Faculté de Droit du Panthéon. En ce début d’année, c’est un séminaire itinérant. Le déplacement du 3 décembre 1969 à Vincennes est porteur d’effets, notamment parce que le déplacement implique également celui du public. Il amène une question : Jacques LACAN se rend-il compte qu’à Vincennes, il n’est pas en présence du même public qu’au Quartier latin ?

On peut faire l’hypothèse que la composition de son public ne le préoccupe pas. Il est né en 1901, il a soixante-huit ans, il pense que c’est au public de s’adapter à ce qu’il dit, et non pas lui à s’adapter à son public. Mais sait-t-il que Serge LECLAIRE, qui tient son séminaire dans cette même université de Vincennes depuis 1968, le mercredi de 19 heures à 22 heures, à l’Amphi 3 exactement, est toujours suivi – et parfois interrompu – par des prises de parole de membres de l’assistance. Serge LECLAIRE les admet et les respecte dans la mesure ou la pratique universitaire impose précisément le respect d’espaces de libre parole. Pourquoi les étudiants de Vincennes traiteraient Jacques LACAN différemment qu’ils ne traitent  Serge LECLAIRE ?

« Analyticon. Impromptu sur la psychanalyse. Séminaire de Jacques LACAN du 3 décembre 1969 fait au Centre universitaire expérimental de Vincennes, page 1.
Publication du Département de Psychanalyse », ronéotypé, 8 p. Notes de Bernard Mérigot.
Texte en pdf :
http://www.savigny-avenir.fr/wp-content/uploads/1981/09/LACAN-Impromptu-Vincennes-3-decembre-19691.pdf

HISTOIRE DE L’ENSEIGNEMENT DE LA PSYCHANALYSE :
UN ÉGAL SUSPENS

La séance est peu commentée dans les années 1970. C’est depuis le début du XXIe siècle que l’on constate que l’échange entre Jacques LACAN et des étudiants fait l’objet d’un intérêt nouveau. On peut observer que les faits eux-mêmes qui sont à son origine, ainsi que les conditions du déroulement de la « séance », ont peu à peu constitué une réalité que l’on est tenté de qualifier par le terme anglais de « floating » : flottante. Des explications livrées par des commentateurs, rarement fondées sur des témoignages attestés ou sur des documents identifiés, en étant sans cesse reprises par les uns et par les autres, constituent une sorte de fiction rarement interrogée, porteuse d’effets de la nature de la rumeur.

Il est permis de se demander aujourd’hui, cinquante ans après 1969, quel regard critique nous sommes en mesure de porter à l’égard de la reconstruction sociale qui s’opère autour de cette « séance ». Peut-on adopter ce que Freud a qualifié de « Gleichschwebende Aufmerksamkeit », c’est à dire « une attention en libre suspens », ou « une attention en égal suspens » (4) que les psychanalystes anglais ont notamment traduit par « free-floating attention ».

Il ne suffit pas que « ça flotte », encore faut-il qu’une attention égale soit portée tout à la fois sur de ce que l’on sait, sur ce que l’on ignore, sur ce que l’on suppose… Et de façon rétrospective, sur ce qui a été oublié comme sur ce qui a été inventé par les uns et les autres. Il n’y a rien d’étonnant à appliquer une exigence freudienne à tous ceux qui s’inscrivent dans une relation à la « chose » psychanalytique : à interroger le désir – leur désir – de donner sens à cette séance du 3 décembre 1969.

CINQUANTE ANS  APRÈS
1969 – 2019

Sigmund FREUD, dans un texte de 1933, associe dans une même phrase, la place conquise par de la psychanalyse à l’université et les combats engagés autour d’elle. Il écrit :

« Bien que la psychanalyse soit actuellement considérée comme une science, bien qu’elle ait conquis sa place à l’université, les combats engagés autour d’elle ne sont pas encore terminés, mais, c’est avec moins d’âpreté qu’ils se poursuivent. »

FREUD Sigmund,« Éclaircissements, applications, orientations, VIe Conférence », Nouvelles conférences sur la Psychanalyse, Gallimard, 1936, p. 189. Traduction de Anne Berman. Avant-propos de Sigmund Freud, « Vienne, été 1932 ».

« Nun erwarten Sie aber nicht, die frohe Botschaft zu hören, der Kampf um die Analyse sei zu Ende und habe mit ihrer Anerkennung als Wissenschaft, ihrer Zulassung als Lehrstoff zur Universität geendet. Es ist keine Rede davon, er setzt sich fort, nur in mehr gesitteten Formen. » (GW XV, p. 149)

FREUD Sigmund, « Aufklärungen, Anwendungen, Orientierungen, XXXIII. Vorlesung », Neue Folge des Vorlesungen zur Einführung in die Psychoanalyse, Gesammelte Werke, XV, p. 149.

Sigmund FREUD rappelle que la psychanalyse est une science. Aujourd’hui, presque un siècle après, on peut toujours affirmer que la psychanalyse est bel et bien une science, à la fois une Science médicale et une Science humaine et sociale (SHS), expression qui désigne l’ensemble des disciplines qui étudient les différents aspects de la réalité humaine, tant sur le plan de l’individu que sur le plan de la collectivité. Ceux qui se recommandent de la psychanalyse et ceux qui la pratiquent possèdent dans ce domaine une véritable expertise.

Il use de prudence en précisant « actuellement ». C’est l’occasion d’évoquer l’actualité de cette année 2019. Croire que le débat concernant la reconnaissance de la psychanalyse est un débat achevé, propre aux années de la première moitié du XXe siècle, est une idée fausse. Il suffit de considérer en la présente année 2019 les débats réclamant l’exclusion de l’approche psychanalytique de l’autisme, de l’enseignement psychiatrique ou bien de l’expertise familiale. La pétition « La psychanalyse ou l’exercice illégal de la médecine », dont le texte est d’une grande violence, a recueilli à la date du 5 décembre 2019 plus de mille signatures (1 019 signatures exactement) de professionnels de santé et d’avocats. Ceux-ci affirment que la psychanalyse n’apporte pas « des preuves et des données acquises de la science » et qu’elle est fondée « sur des postulats obscurantistes et discriminants sans aucune validation scientifique ». Ils réclament son exclusion des universités et des prétoires.

« La psychanalyse ou l’exercice illégal de la médecine, 5 décembre 2019 ». https://www.justicesanspsychanalyse.com/

Combat de Sigmund FREUD en 1933, combat de Serge LECLAIRE en 1968-1969, combat de Jacques LACAN … Qu’est-ce qui permet de dire que l’on est en présence d’un événement ? Existe-t-il des événements individuels et ponctuels ? Ou bien n’existent ils que comme des pièces appartenant à des mécanismes collectifs, qui se développent de façon continue ?

Au regard de l’enseignement de la psychanalyse dans l’université, ce mercredi 3 décembre 1969, qui a produit un effet de vérité, c’est-à-dire, qui a fait passer quelque chose dans le réel ? Jacques LACAN ou les étudiants ?

Bernard MÉRIGOT

RÉFÉRENCES
1. La première version de ce bref article n’a pas la prétention d’être complète. L’auteur remercie par avance ceux et celles qui lui signaleront erreurs et oublis. Le mail de la publication figure sur la page d’accueil du site.

2. « Entretien avec René Tostain , in DIDIER-WEILL Alain, WEISS Emil et GRAVAS Florence, Quartier Lacan, Témoignages sur Jacques Lacan, Denoël, 2001, p. 212.

3. LACAN Jacques, « Analyticon, Impromptu sur la psychanalyse, Séminaire du 3 décembre 1969 fait au Centre universitaire expérimental de Vincennes (C.U.E.V.) ». Titre des « Notes de Bernard Mérigot », p. 1. Fonds BM/CAD. http://www.savigny-avenir.fr/wp-content/uploads/1981/09/LACAN-Impromptu-Vincennes-3-decembre-19691.pdf

4. FREUD Sigmund, L’interprétation des rêves, PUF, 1967.

LÉGENDES DES ILLUSTRATIONS

  • Casse-noisette, Ballet-féérie de TCHAÏKOVSKI (1892), adaptation du conte Casse-noisette et le Roi des souris d’Ernst Theodor Amadeus HOFFMANN (1816). © Photographie Bernard Mérigot / CAD 2 décembre 2019.
  • « Analyticon. Impromptu sur la psychanalyse. Séminaire de Jacques LACAN du 3 décembre 1969 fait au Centre universitaire expérimental de Vincennes, page 1. Publication du Département de Psychanalyse », ronéotypé, 8 p. Notes de Bernard Mérigot. Texte en pdf : http://www.savigny-avenir.fr/wp-content/uploads/1981/09/LACAN-Impromptu-Vincennes-3-decembre-19691.pdf

La Lettre du lundi de Mieux Aborder l’Avenir
n°381, lundi 2 décembre 2019

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Réflexions anthropologiques. Qu’est-ce qu’une « société de vigilance » ? (Emmanuel Macron)

« Une société de vigilance voilà ce qu’il nous revient de bâtir ». Ainsi s’est exprimé le président de la République Emmanuel MACRON lors de l’allocution qu’il a prononcée dans la cour de la Préfecture de Police de Paris en rendant hommage aux quatre policiers tués à coup de couteau le 3 octobre 2019 par Mickael HARPON, lui-même fonctionnaire de police. Emmanuel MACRON a annoncé que « Face au terrorisme islamiste nous mènerons le combat sans relâche ». Comment l’anthropologie peut-elle aborder la notion de « société de vigilance » ?

« Cérémonie d’hommage aux victimes de l’attaque à la Préfecture de Police de Paris du 3 octobre 2019 »,
C News, Chaîne de télévision d’information continue, 8 octobre 2019, 11 : 28.

LE CONCEPT PARADOXAL DE VIGILANCE D’ÉTAT

« Une société de vigilance voilà ce qu’il nous revient de bâtir. La vigilance, et non le soupçon qui corrompt. La vigilance : l’écoute attentive de l’autre, l’éveil raisonnable des consciences. C’est tout simplement savoir repérer à l’école, au travail, dans les lieux de culte, près de chez soi les relâchements, les déviations, ces petits gestes qui signalent un éloignement avec les lois et les valeurs de la République. Une séparation. Cela commence par vous – forces de l’ordre, fonctionnaires, serviteurs de l’Etat. Je sais combien vous saurez vous engager pour repérer ces petits riens qui deviennent de grandes tragédies. L’Etat se doit d’être exemplaire, de se réarmer aussi moralement partout, de mieux former chacun pour ainsi agir. » (1)

La vigilance, la « vigilia » des Romains est à la fois la veille, l’insomnie et la garde nocturne. Elle est incarnée par le « vigil », ce garde de nuit, ce veilleur institué par l’empereur Auguste pour assurer la police nocturne de Rome sous le commandement d’un « Préfet des vigiles ». A cette fonction est associée un imaginaire moderne : celle des sentinelles, des gardes et des gardiens que les films et les feuilletons télévisés mettent en scène en leur faisant jouer un rôle récurent : être neutralisés, désarmés, assommés, voire tués, sans pouvoir empêcher, ni les prisonniers de sortir, ni les cambrioleurs ou les opposants d’entrer dans les locaux dont ils empêchent l’entrée. Ces innombrables scènes illustrent une constante : les vigiles et les gardiens remplissent une fonction illusoire.

« FAIRE BONNE GARDE »

TACITE emploie l’expression de « passer une nuit vigilante en faisant une bonne garde » (« vigilem noctem capessere », Annales, 4, 48). La nuit peut donc être habitée par une qualité particulière que constitue la vigilance. Mais qu’est-ce qu’une « nuit vigilante » ? Et qu’est-ce qu’une « bonne garde » ? L’une irait donc avec l’autre : « la nuit vigilante » permet de déduire la « bonne garde ». Il peut s’agir de deux choses :

  • une nuit passive durant laquelle il ne se passe rien, sinon un long ennui, ou bien à l’inverse,
  • une nuit active, qu’elle soit dissuasive du fait de la simple existence et la présence de vigiles qui empêchent que rien n’advienne, ou bien répressive du fait de l’action des vigiles qui s’opposent à des intrusions, à des forces hostiles, à des actes malveillants.

DE LA VIGILANCE AU VIGILANTISME

Le vigilantisme peut se définir comme une pratique d’auto-justice qui repose sur un paradoxe fondamental en s’arrogeant le droit d’ignorer la loi, de se substituer à elle, voire de la violer, et ce, au nom du maintien de l’ordre. Le pouvoir de l’ordre se substitue à l’ordre du pouvoir. Ordres ou contre-ordres ? Pouvoirs ou contre-pouvoirs ? Pour Gilles FAVEREL GARRIGUES, Laurent GAVIER et Laurent FOUCHARD, « le vigilantisme recouvre toute une gamme de mobilisations collectives, souvent violentes et généralement illégales, dont la vocation proclamée est de rendre justice aux honnêtes citoyens, et par-là même, de défendre l’ordre social. ». (2)

  • Le vigilantisme est lié à histoire du néo-libéralisme. Certaines de ses mobilisations ont pris une ampleur particulière aux États-Unis au XIXe siècle mais l’on en trouve des équivalents historiques dans de nombreuses régions du monde. « A l’heure de la mondialisation néo-libérale, le vigilantisme est un phénomène global. Sa signification sociale s’est cependant déplacée : il n’est plus l’expression privilégiée d’une demande de justice sur les fronts pionniers des États et empires mais participe à la gouvernance néo-libérale des sociétés en sous-traitant à moindre coût certaines tâches de maintien de l’ordre. »
  • Le vigilantisme est une forme de gouvernement indirect. Il appartient au syndrome du « retrait de l’État », voire de la « faillite de l’Etat ». Le vigilantisme est l’une des manifestations de la résurgence du gouvernement indirect. Gilles FAVEREL GARRIGUES, Laurent GAVIER et Laurent FOUCHARD notent : « La globalisation des pratiques du vigilantisme témoigne d’une ambivalence qui culminent dans les sociétés postcoloniales confrontées à des violences politiques et criminelles endémiques ».

Ses caractéristiques sont connues :

  • la coexistence d’une pluralité d’états de désordres chroniques,
  • l’aveu des limites de l’intervention publique,
  • le fétichisme de la loi,
  • le déplacement des conflits politiques et sociaux vers les tribunaux officiels,
  • la prolifération des légalités officieuses.
  • La confrontation entre « vigilantisme vu-d’en-bas » et « vigilantisme d’État ». Elle s’inscrit dans des trajectoires historiques et des répertoires culturels spécifiques, en oscillant entre :
  • l’invocation de la légalité officielle,
  • des pratiques extrajudiciaires adossées à des valeurs et des normes extérieures ou antérieures à l’État,
  • Un appel aux initiatives citoyennes pour que « les petits riens » ne deviennent pas « de grandes tragédies ».

LA TERREUR DE N’ÊTRE RIEN

Le fondement de la vigilance d’État, prônée à son plus haut niveau, prétend concerner uniquement le radicalisme religieux. Mais peut-on limiter la vision et l’attention au seul exemple islamiste ? La réflexion anthropologique globale du présent ne peut s’en satisfaire. Pour Monique SELIM, qu’il s’agisse des suprémacistes blancs aux USA, en Australie ou en Nouvelle Zélande, des bouddhistes birmans qui massacrent les musulmans arakanais, des djihadistes, ou de bien d’autres groupes terroristes encore… tous possèdent un trait commun : celui d’être animés par des hommes et des femmes, qui au fond d’eux-mêmes ou dans leurs expressions collectives, sont porteurs de « la terreur de n’être rien ».

Cette formule constitue le titre du chapitre que Monique SELIM consacre à ce sujet dans son livre Anthropologie de présent. Évoquant tous ceux qui répandent la terreur, que ce soit dans le cadre d’ « une visibilité médiatique extraordinaire », ou dans celui d’ «  un silence étourdissant », elle écrit :

« Groupes organisés, micro-collectifs ponctuels et individus esseulés, donnent l’impression de faire de la surenchère pour mettre en œuvre des actions d’éclat meurtrières qui les feront accéder à leurs yeux à une existence reconnue ici-bas ou dans un ailleurs imaginaire de leur choix. » (4)

Le début du XXIe siècle a engendré un type très particulier de terroriste « en quête d’une identité publicisée » lui conférant un statut social élevé. Elle rappelle que « le capitalisme financiarisé a inscrit le libre arbitre, la volonté et le droit d’être soi comme étant un fondement absolu de l’accomplissement de la vie ». Dès lors, « les terroristes prennent au pied de la lettre la base de légitimation de soi et de l’acte terroriste en recherchant dans la terreur une ultime consécration. »

Aboutissement d’un cheminement radicalisé, l’acte terroriste consiste à abandonner le « rien » pour s’accomplir dans « quelque chose » de terrible. La vigilanciation, en annonçant la chasse aux « petits gestes » et aux « petits riens », constitue-t-elle le pendant à la radicalisation ou bien l’annonce précipitée d’une technique de gouvernement classique ? Avec les les moyens numériques soit existants, soit en développement, et leurs puissances, leurs ratages et leurs détournements.

CONCLUSION

La confrontation entre le « vigilantisme vu-d’en-bas » et du « vigilantisme d’État » est un effet des transformations de souveraineté du pouvoir à l’heure de la globalisation. Elle procède à  la  (re)construction d’ordres moraux ancrés dans des territoires spécifiques en instaurant de nouvelles pratiques de « police culturelle ». Quelles en sont aujourd’hui les limites au regard des libertés individuelles ? Quelles en seront les limites demain ?

Bernard MÉRIGOT

RÉFÉRENCES

1. MACRON Emmanuel, « Discours du président de la République en hommage aux victimes de l’attaque à la Préfecture de police de Paris », 8 octobre 2019, https://www.elysee.fr/emmanuel-macron/2019/10/07/ceremonie-nationale-dhommage-aux-victimes-de-lattaque-du-3-octobre-2019-a-la-prefecture-de-police-de-paris

NB. Le lien qui figure ci-dessus est celui du texte du site officiel de la Présidence de la République. On remarquera qu’il porte la date du « 2019/10/07 ». La cérémonie et le discours ont bien eu lieu le mardi 8 octobre 2019.

2. FAVEREL GARRIGUES Gilles, GAVIER Laurent et FOUCHARD Laurent, « Pôle de recherche sur l’analyse du vigilantisme », Sciences Po, Centre de Recherches internationales, http://www.sciencespo.fr/ceri/fr/content/pole-de-recherche-sur-lanalyse-du-vigilantisme

3. Le vigilantisme reste peu étudié en France. Le terme continue de passer pour un anglicisme (alors même qu’il trouve son origine dans l’espagnol « vigilante »). Les phénomènes variés que recouvre ce concept émergent ont fait l’objet d’un plus grand nombre de travaux à l’étranger (Grande-Bretagne, Allemagne) de la part d’historiens et d’anthropologues. La science politique ne s’est jusqu’à présent guère intéressée à cette problématique.

4. SELIM Monique, Anthropologie globale du présent, L’Harmattan, 2019, p. 166.

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Transition écologique et révolution intérieure : vers une écopsychologie de l’engagement personnel (Centre Sèvres de Paris/Facultés jésuites)

LA LETTRE DU LUNDI DE MIEUX ABORDER L’AVENIR, n°369, lundi 9 septembre, 2019

La transition écologique et sociale, la révolution intérieure et l’engagement individuel constituent le thème de l’une des trois « sessions de premier cycle », commune à tous les étudiants de 1ère année de philosophie et de théologie du Centre Sèvres Facultés jésuites de Paris pour l’année universitaire 2019-2020. (1) Il est intéressant de noter que pour les facultés jésuites, contrairement à une vision superficielle répandue par les médias sur ces questions, l’humanité n’est plus dans l’incertitude d’un débat dont la conclusion serait encore à venir, mais bien dans la certitude d’une réalité « déjà là ».

L’écologie doit être une recherche permanente d’un équilibre.
23 octobre 2018.
© Photographie Bernard Mérigot / CAD

LA DÉGRADATION IRRÉVERSIBLE DES ÉCOSYSTÈMES

« Les signaux de la dégradation irréversible des écosystèmes et du climat se multiplient, les émissions de gaz à effet de serre continuent à augmenter à l’échelle mondiale alors qu’il faudrait les réduire drastiquement pour espérer s’approcher des objectifs fixés par l’accord de Paris en 2015. » Ce constat réaliste et déterminé constitue le point de départ de la formation de quatre jours qui est proposée par le Centre Sèvres à ses étudiants sous le titre explicite de « Pour la transition écologique et sociale : de la révolution intérieure à l’engagement ».

Pour les trois professeurs responsables de cet enseignement, Cécile RENOUARD, Xavier de BENAZÉ et Michel-Maxime EGGER, « l’urgence écologique est aussi sociale, elle concerne l’aggravation de la situation des plus vulnérables, aujourd’hui et demain. Pour changer de cap et dessiner les chemins d’une prospérité sans croissance, la rationalité techno-scientifique est nécessaire et insuffisante. » (2)

LA DIMENSION ÉCOPSYCHOLOGIQUE

La bibliographie de cet enseignement est significative : Encyclique Laudato si’ du Pape François (2015), Pour une nouvelle terre (2018) de Dominique BOURG (2018), Soigner l’esprit, guérir la Terre. Introduction à l’éco-psychologie (2016) et La Terre comme soi-même. Repères pour une écospiritualité (2013) de Michel-Maxime EGGER, « Écologie et vie spirituelle » de Cécile RENOUARD (2016) .

Qu’est-ce que l’écopsychologie ? L’invention du terme est attribuée à Theodore ROSZAK (1933-2011), historien, sociologue et écrivain américain, professeur à l’Université de Californie, dans son livre The Voice of the Earth (1992), qui lui ajouta lors de sa réédition le sous-titre An Exploration of Ecopsychology (2011). Il est l’auteur, avec Mary GOMES et Allen KANNER, d’un ouvrage collectif, Ecopsychology: Restoring the Earth, Healing the Mind (1995).

Le domaine de l’écopsychologie se situe au-delà du domaine « conventionnel » de la psychologie. Elle examine notamment les raisons pour lesquelles des individus continuent d’adopter des comportements nuisibles à l’environnement alors que d’autres sont motivés de façon positive, et adoptent des pratiques respectueuses et durables.

LES SOURCES SPIRITUELLES
DE LA SOBRIÉTÉ HEUREUSE ET SOLIDAIRE

La « ligne éditoriale » de cet enseignement est résumée de la façon suivante par ses responsables  : « La session se propose d’approfondir les racines anthropologiques et culturelles des maux actuels et de puiser à des sources spirituelles pour favoriser un discernement personnel et collectif sur les attitudes, les processus et les actions en vue d’une sobriété heureuse et solidaire. »

On le voit, il appartient à chacun de se déterminer, individuellement. Avec toutes les conséquences collectives qui en découlent.

RÉFÉRENCES

1. CENTRE SÈVRES PARIS /FACULTÉS JÉSUITES, Programme 2019-2020, 256 p. https://centresevres.com

  • Pour la transition écologique et sociale de la révolution intérieure à l’engagement (Cécile RENOUARD, Xavier BENAZÉ, Michel-Marie EGGER), p. 77-78.
  • Le participation. Effet de mode ou révolution ? (Marcel RÉMON), p. 78.
  • L’Institution, obstacle et chemin vers Dieu (Jean-Paul LAMY, Sylvie ROBERT, Étienne GRIEU), p. 164

2. RENOUARD Cécile, BENAZÉ Xavier, EGGER Michel-Maxime, « Pour la transition écologique et sociale : de la révolution intérieure à l’engagement », Session de 1er cycle, lundi 27 janvier 2020-jeudi 30 janvier 2020, in Centre Sèvres Paris, Facultés jésuites, Programmes 2019-2020, p. 77-78.

« Nous vivons un combat écologique, économique, politique ; les penseurs spirituels juifs, musulmans, bouddhistes et chrétiens se rejoignent pour dire que la première façon de contribuer à un monde meilleur est de faire la paix en nous-mêmes, de mener le combat intérieur pour nous désarmer, pour nous déposséder de nous-mêmes, et nous rendre davantage disponibles pour les autres, en même temps que présents à nous-mêmes, et heureux de vivre. C’est cette attitude que sainte Marie-Eugénie, fondatrice de l’Assomption, appelle le dégagement joyeux : apprendre à regarder les choses du côté de Dieu, du côté de la vie, de ce qui nous donne du souffle, de l’élan intérieur, du discernement pour ne pas nous enliser dans nos réflexes étriqués, nos préjugés et nos peurs, pour réfléchir et agir. »
RENOUARD Cécile, « Allocution lors de la remise des insignes de Chevalier de la Légion d’honneur », 4 mars 2016. https://www.assumpta.org/Paris-Remise-de-la-Legion-d

LÉGENDE DES ILLUSTRATIONS

  • L’écologie est une recherche permanente d’un équilibre. 23 octobre 2018. © Photographie Bernard Mérigot / CAD

La Lettre du lundi de Mieux Aborder l’Avenir
n°369, lundi 9 septembre 2019

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Comment aborder la spécialité « Histoire-géographie, géopolitique et sciences politiques » ? Les nouveaux programmes 2019 des classes Terminales des lycées

LA LETTRE DU LUNDI DE MIEUX ABORDER L’AVENIR, n°366, lundi 19 août, 2019

C’est en pleines vacances scolaires que les nouveaux programmes des classes terminales des lycées ont été publiés au Journal officiel du 23 juillet 2019. Il s’agit d’un ensemble de 27 arrêtés applicables en septembre 2020 pour l’année scolaire 2020-2021. (1) 
On y voit apparaître de nouvelles dénominations pour les enseignements spécialisés proposés aux candidats à la session du Baccalauréat de juin 2021, comme « Humanités littérature et philosophie », « Histoire-géographie, géopolitique et sciences politiques », « Mathématiques et sciences informatiques ».
Chacun de ces enseignements de spécialité se décline en plusieurs « Thèmes ». Ils comprennent eux-mêmes une « Introduction », des « Axes », un « Objet de travail conclusif » et des « Jalons ». Ces différents niveaux de lecture rendent complexe la compréhension des instructions données. Nous prendrons l’exemple de l’ « Enseignement de la spécialité d’histoire-géographie, géopolitique et sciences politiques » en nous interrogeant sur ses présupposés, sur ses non-dits, sur ses effets cachés.

Les livres soutiennent le monde. Un ange retient le monde et s’appuie sur deux livres. On se demandera de quels livres il peut s’agir. Ce qui est certain, c’est que le monde repose en partie sur les livres, c’est-à-dire sur la connaissance. Sculpture, École militaire, Paris, 4 juillet 2017. © Photographie Bernard Mérigot.

Commentaire de la photographie. D’une part, on notera que l’ange a l’air songeur. Peut-être est-il fatigué ? D’autre part, on peut se demander s’il n’est pas en train de glisser, poussé par le poids du monde. Pourvu qu’il ne tombe pas. Et les livres ? Ils semblent en équilibre instable. Pourvu que tout cela ne s’écroule pas.

SOMMAIRE
•   Les paradoxes des programmes scolaires
•   Les disciplines enseignées deviennent hybrides
•   La bande des quatre sciences sociales
•   La dernière classe

•   CONCLUSION
RÉFÉRENCES
LÉGENDES DES ILLUSTRATIONS
Commentaire du 27 octobre 2019. Pour une histoire de l’enseignement des disciplines scolaires
Commentaire du 19 décembre 2019. Le « choix vertical » des programmes scolaires
Commentaire du 15 janvier 2020. Comment enseigner la géopolitique au lycée ?

 

LES PARADOXES DES PROGRAMMES SCOLAIRES

Dans une étude publiée en 2013 portant sur les nouveaux programmes scolaires de Science économique, qui constituaient alors l’actualité du moment, Coralie MURATI écrit :

« L’écriture des contenus d’enseignement résulterait, d’une part d’un processus de confrontation entre différentes logiques, et d’autre part de négociations permanentes au sein d’un espace pluriel de groupes d’acteurs, à l’instar d’une arène de lutte sociale. Les négociations portent sur ce qui fait débat au sein de la discipline scolaire, mais également au sein des disciplines universitaires qu’elle prend pour référence, et enfin au sein même de la société. Ce qui traduit l’existence d’un espace complexe en tension entre les divers groupes sociaux qui l’investissent de manière différenciée pour la production d’un modèle pédagogique. » (2)

1. Les programmes scolaires constituent une prérogative d’intervention du pouvoir politique. Il use et abuse de ce pouvoir en multipliant à une fréquence élevée :

  • d’une part les modifications qui affectent leur terminologie, leurs contenus et les méthodes,
  • d’autre part les effets d’annonce qui précèdent la publication des textes et leur mise en oeuvre, supposée ou réelle.

Tout cela se produit dans un contexte de réformes successives, en définitive peu visibles – et souvent peu compréhensibles – pour ses acteurs (élèves, parents, enseignants, administration, syndicats… auxquels il convient d’ajouter les corps d’inspection qui souvent livrent, à un même moment, des interprétations contradictoires à l’égard des textes), mis généralement devant des « faits accomplis », sans aucune réelle concertation préalable, comme en témoignent les syndicats et les associations disciplinaires d’enseignants.

2. Les programmes sont devenus des sujets d’actualité périodiques pour les médias, matières à des polémiques – brèves et passionnées – qui apportent peu de lumière à des débats intermittents, peu connectés avec le développement présent des sciences humaines et sociales et de la vie culturelle, sociale et économique. La génération des parents comprend de moins en moins ce que leurs enfants sont censés étudier (ni les contenus, ni les méthodes, ni les évaluations).
Les enseignants, dès qu’ils ont quelques années d’ancienneté, sont en décalage avec les formations qu’ils ont reçues. Ils sont confrontés à une terminologie incompréhensible. On se souvient de la polémique sur la notion de « prédicat » en grammaire et de l’ahurissant communiqué de presse que le Comité national des programmes publia en 2017 (3). Les enseignants doivent s’adapter dans la plus grande urgence à ce que l’on attend d’eux. Seuls résistent les élèves aidés par leurs réseaux sociaux d’échanges, dans la limite du temps résiduel qu’ils consacrent réellement au contenu spécifique de leurs études.

3. L’évolution des programmes scolaires a des causes liées à l’évolution des idées. Ils dépendent du niveau de réponse que le pouvoir politique entend apporter aux multiples « demandes sociales » des groupes de pression. Les décisions une fois prises par l’administration et le gouvernement, entraînent – avec retard -  toute une série d’effets en chaîne, peu visibles, et dont la manifestation est rarement rattachée à leur cause première, oubliant que tout programme scolaire possède une nature référentielle et structurante.

  • Effets, à la fois individuels et collectifs, sur des élèves appartenant aux classes d’âge quittant le système scolaire pour entrer dans la vie active.
  • Effets sur le niveau d’exigence des inspecteurs, donc sur l’appréciation qu’ils portent sur les carrières des enseignants (et sur la dépendance entretenue entre inspection/notation/carrière).
  • Effets sur les modalités de recrutement des nouveaux enseignants selon les deux voies parallèles (titulaires/contractuels) qui sont en concurrence, la voie empruntée par les contractuels venant suppléer de plus en plus, avec des niveaux de rémunération plus faibles, le manque de titulaires.
  • Effets sur le contenu des opinions citoyennes et sur la production des idées : tous les thèmes et sujets abordés (la mondialisation, les pays en voie de développement…) étant à la fois des reflets des préoccupations politiques du moment, mais également des modes d’incitation, de conception, de fabrication (un programme d’enseignement est une « fabrique d’idées »), de production, de diffusion.

En un mot : changer des programmes scolaires revient à changer, selon un mode incrémental (petit à petit, par ajouts successifs), non pas directement les idées du temps, mais les connaissances et les opinions sur les idées du temps, et donc sur leur mode de construction, aussi bien celles qui sont en-train-de-se-faire, que celles qui sont à-venir.

Abrogation de programmes d’enseignement de la classe terminale des voies générale et technologique, Bulletin officiel de l’Éducation nationale (BOEN), Arrêté du 19 juillet 2019, J.O. du 23 juillet 2019. n°8, 25 juillet 2019.

LA BANDE DES QUATRE SCIENCES SOCIALES

A quelle catégorie les textes des programmes scolaires établis par le ministère de l’Éducation nationale pour les collèges et des lycées – pour ne citer qu’eux ici – appartiennent-ils ? Un programme d’enseignement d’histoire fait-il partie du savoir universitaire de la discipline « Histoire » ? Autrement dit, est-il en prise avec l’état de ses recherches, de ses concepts, de ses « problématiques », de ses sujets de recherche, de ses publications ? Ou bien constitue-t-il un domaine « à part », qui occuperait une place secondaire, relevant de son application, de sa transmission ? En un mot : une « initiation » à l’histoire universitaire, formant un enseignement constituant un domaine discret des pratiques et des évolutions, sortes de « connaissances circulantes » au sein de la société. Est-on en présence d’un enseignement-application ou bien un enseignement-recherche ?

L’enseignement de la spécialité est présenté en se fondant sur la « complémentarité » de quatre disciplines : l’histoire, la géographie, la science politique, la géopolitique. Une addition en quelque sorte.

« L’enseignement de spécialité d’histoire-géographie, géopolitique et sciences politiques développe une approche pluridisciplinaire qui, pour analyser et élucider la complexité du monde, mobilise plusieurs points de vue, des concepts et des méthodes variés.
Cette spécialité permet aux lycéens de mieux maîtriser les spécificités des approches disciplinaires et de mesurer, à l’occasion du traitement d’un thème, leur féconde complémentarité.

  • L’histoire saisit chaque question dans son épaisseur temporelle. Le recours à la longue durée, la mise en perspective d’événements et de contextes appartenant à différentes périodes rendent attentif aux continuités et aux ruptures, aux écarts et aux similitudes. L’histoire éclaire et contextualise le rôle des acteurs.
  • La géographie permet ici d’identifier et de comprendre les logiques d’organisation de l’espace ainsi que l’influence des acteurs sur les territoires. Par la pratique continue du changement d’échelle, par la réalisation et l’analyse de cartes, par l’intérêt porté aux territoires proches ou éloignés, elle autorise les comparaisons et la réflexion critique.
  • La science politique étudie les phénomènes dans leur spécificité politique. Elle est ici abordée à partir de ses principaux domaines : l’étude des relations internationales, des concepts, des régimes et des acteurs politiques (dont les organisations internationales) dans une démarche comparative.
  • La géopolitique envisage les rivalités et les enjeux de pouvoir sur des territoires considérés dans leur profondeur historique, ainsi que les représentations qui les accompagnent. (3)

Le programme définit chaque discipline par un critère distinctif :

  • Histoire : l’ « épaisseur temporelle »,
  • Géographie : l’ « organisation de l’espace »,
  • Science politique : la « spécificité politique »,
  • Géopolitique : les « rivalités et enjeux de pouvoir ».

Arrêtons-nous un instant sur chacune de ces quatre présentations. Nos questions ne sont pas secondaires mais tentent de se situer au niveau de l’ambition (le terme est propre au langage des programmes d’enseignement) qui vise à créer un cadre disciplinaire à un enseignement conduisant au terme de l’année scolaire 2020-2021, à la délivrance du baccalauréat.

HISTOIRE. La définition de l’histoire qui est donnée comprend à l’évidence une « dissonance logique ». Il est écrit qu’il est question d’être attentif « aux continuités et aux ruptures, aux écarts et aux similitudes ». Autant les continuités sont le contraire des ruptures, autant les écarts ne sauraient s’opposer – sticto sensu et au même niveau – aux similitudes. On attend à la place du mot « écarts » (interruption, espace) celui de « différences » qui en constitue l’antonyme, ou bien à la place de « similitudes », celui de « différences ». Ne sommes-nous pas en présence d’un condensé bancal qui tente d’établir en deux phases ce qui en fait devrait être développé en trois phases  :
•   continuités/ruptures,
•   écarts/continuité,
•   différences/similitudes ?

  • Concepts : Épaisseur temporelle, longue durée, Événements, périodes, Continuités, Ruptures, Écarts, Similitudes, Contextualisation, Acteurs historiques.

GÉOGRAPHIE. Deux objectifs sont mentionnés : les logiques d’organisation de l’espace ainsi que l’influence des acteurs sur les territoires. Pourquoi ne pas mentionner, pour être complet, l’effet inverse qui explique bien des situations politiques et économiques : l’influence des territoires sur les acteurs ?

  • Concepts : Organisation de l’espace, Territoires, Influence des acteurs, Changement d’échelle, Cartes, Proche/éloigné,

SCIENCE POLITIQUE. La définition – évidente – qui en est donnée («La science politique étudie les phénomènes dans leurs spécificité politique ») ne peut que faire l’unanimité. Après tout, chaque science humaine et sociale possède bien une spécificité. Encore convient-il d’indiquer à quels phénomènes elle applique son étude. Quatre principaux domaines étudiés sont énumérés, à savoir : les relations internationales, les concepts, les régimes, les acteurs politiques.

  • Concepts. Spécificité politique, Relations internationales, Régimes politiques, Acteurs politiques, Organisations internationales.

GÉOPOLITIQUE. Il est à noter que la définition reprend « les rivalités et les enjeux de pouvoir sur les territoires » en y ajoutant la précision « dans leur profondeur historique ». S’agit-il d’un pendant à l’ « épaisseur temporelle » de la définition donnée pour l’histoire ? On aurait donc d’un côté l’ « épaisseur temporelle » et de l’autre la « profondeur historique », et donc une mise à distance entre l’épaisseur et la profondeur ?
Cette question, pourrait sembler secondaire si elle n’était pas associée à l’introduction du concept de représentations qui accompagnent « les rivalités et les enjeux de pouvoir ». On doit donc considérer que toutes les rivalités et tous les enjeux de pouvoir sur les territoires seraient « accompagnés » par des représentations. Il ne s’agit pas directement des rivalités et des enjeux de pouvoir, en tant qu’objets saisis en eux-mêmes, mais de représentations accompagnantes selon un système unitaire (un objet représenté), mais système dual (un objet + une représentation). Une théorie de l’accompagnement conceptuel est ici sous-jacente. Il serait intéressant que le Comité national des programmes la développe.

  • Concepts. Rivalités de pouvoir. Enjeux de pouvoir. Territoires. Profondeur historique. Représentations accompagnantes.
La palette des nouveaux programmes d’enseignement de spécialité des classes terminales 2019 : une latte pour l’histoire, une latte pour la géographie, une latte pour la géopolitique, une latte pour les sciences politiques… 16 août 2019.
© Photographie Bernard Mérigot.

LES DISCIPLINES DEVIENDRAIENT-ELLES HYBRIDES
SANS LE DIRE ?

Quatre disciplines (histoire, géographie, géopolitique, sciences politiques) se trouvent associées pour former une sorte de pluridisciplinarité, ou d’interdisciplinarité. Notons qu’aucun de ces deux termes n’est employé. Seraient-ils passés de mode ?

Mais pourquoi se limiter à quatre disciplines ? On ne peut que regretter l’absence d’autres sciences humaines et sociales, comme la sociologie et l’anthropologie. En ce qui concerne cette dernière, les développements actuels de l’anthropologie globale du présent telle que la développe Monique SELIM (4) seraient les bienvenus.

Pourquoi la théorisation des programmes d’enseignement s’arrêtent-ils en chemin ? Ils ébranlent mais ne bousculent pas. Pourquoi n’osent-ils pas s’engager clairement dans les voies de l’hybridité ? Peut-être parce que, comme le note Sami AYOUCH, « La revendication de l’hybridité comme outil épistémologique a des effets politiques ». Celle-ci met en jeu des relations de pouvoir qui convoquent l’identité et la stabilité des normes ainsi que des résistances. « Elle s’inscrit dans la polis, accompagne des modes de subjectivation contemporains, pointe les noeuds d’aliénation ». (5)

TOUT PROGRAMME SCOLAIRE PRODUIT
UNE INVISIBILISATION

Pour Laurence DE COCQ, les nouveaux programmes d’histoire-géographie de classe terminale (publiés en 2019) « tant pour le tronc commun que pour la spécialité, poursuivent leur lente invisibilisation de l’histoire économique et sociale au profit d’indigestes et ressassés poncifs ». (6) Il est évident que le propre de tout programme, de tout « discours programmatique » – qu’il s’agisse d’un programme scolaire, d’un programme électoral, voire d’un programme de concert de musique classique… – produisent deux opérations qui :

  • sont par nature conjointes, inséparables, indissociables,
  • consistent, en même temps, à dire et à pas dire, à inclure et à exclure, à ordonner et à interdire.

Cette indissociabilité porte sur « une présence qui porte en elle-même une absence ». Elle constitue un piège constitutif qui est de ne laisser qu’une seule voie à l’analyse, et donc aux reproches éventuels formulés, celle d’une double liste : d’une part, ce qui est dit dans le programme (Pourquoi ce thème est-il retenu ?), et d’autre part, ce qui n’est pas dit dans le programme (Pourquoi ce thème n’est-il pas retenu ?). Le concept à utiliser est celui d’invisibilisation. Appliqué au discours, on peut le définir comme une opération de prestidigitation, consistant à créer des illusions : ce que les programmes « mettent en avant » pourrait également être dit – en substituant une lettre – comme ce que les programmes « mentent en avant ». Ils ne disent pas la vérité. Ils induisent en erreur. Ils créent de l’impensé, c’est-à-dire qu’ils empêchent toute possibilité de penser autre chose que ce qui est énoncé.

La négation de l’esprit critique serait-elle la conséquence ultime de tout processus programmatique d’enseignement ? Florence DE COCQ écrit : « (…) les précédents programmes étaient indigents et dangereux pour des disciplines dont les finalités intellectuelles et éducatives ne sont pourtant plus à rappeler. Nous insistions alors sur le fait que ces programmes, extrêmement lourds, rendaient impossible la consolidation des apprentissages et la construction du fameux “esprit critique”. »

Un esprit critique qui n’est guère mobilisé auprès des enseignants, des élèves et des parents. « Nous avions aussi déjà fait part de notre colère devant la procédure opaque et antidémocratique de rédaction des programmes, symptomatique d’un autoritarisme et d’une verticalité inédits, par ailleurs en totale contradiction avec la communication officielle du Ministère, depuis que l’écriture des programmes avait été décrétée entreprise collective et ouverte aux demandes de la société. » 

Dès lors comment distinguer le « vrai nouveau » du « faux ancien » ? Entre l’ « invisibilisation de l’histoire économique et sociale » et son remplacement par des « poncifs ressassés », tout nouveau programme d’enseignement est menacé par le syndrome du « retour vers le futur ». Florence DECOCQ, balayant les quarante dernières années, écrit en 2019 : « Pourquoi se priver de la joie de retrouver nos vieux manuels des années 1980 ? Les plus anciens d’entre nous gagneront du temps : ils pourront ressortir leurs cours tels quels. »

LA DERNIÈRE CLASSE

« Mes enfants, c’est la dernière fois que je vous fais la classe. L’ordre est venu de Berlin de ne plus enseigner que l’allemand dans les écoles de l’Alsace et de la Lorraine… Le nouveau maître arrive demain. Aujourd’hui, c’est votre dernière leçon de français. » (7)

La dernière classe. « Alors il se tourna vers le tableau, prit un morceau de craie, et en appuyant de toutes ses forces, il écrivit aussi gros qu’il put « Vive la France ! ». « La Dernière classe. Récit d’un petit Alsacien » d’Alphonse DAUDET, in Contes du Lundi. Extrait de La Vie littéraire à l’École, Cours élémentaire, de E. HULEUX, 1915, p. 237. Collection CAD.

L’illustration et le texte sont extraits d’un manuel scolaire La vie littéraire à l’École, Cours élémentaire de E. HULEUX publié en 1915. Ils reproduisent le texte d’ Alphonse DAUDET « La Dernière classe » publié dans ses Contes du Lundi en 1873. (8) Il s’agit d’un épisode qui demeure émouvant pour les Alsaciens et les Lorrains, ici dramatisé, sur les effets de l’annexion par la Prusse en 1870. L’histoire rappelle qu’en matière d’école, on n’enseigne pas ce que l’on a envie d’enseigner, et on n’étudie pas ce qu’on a envie d’étudier. Le titre de la nouvelle est-il porteur d’une obsolescence programmée de l’école, autrement dit, qu’elle est porteuse de sa propre fin ? Une fin de la langue choisie, une fin de l’identité vécue. Le pouvoir politique, ici représenté par une armée d’occupation, commande ce qui doit être enseigné, et par qui.

CONCLUSION

Qu’appelle-t-on un « programme d’enseignement » ? Le Conseil supérieur des programmes du ministère de l’Éducation nationale a élaboré en 2014 une Charte des programmes. Il donne la définition suivante : « On appelle « programme », aux termes de la présente charte, toute prescription qui définit ce qui doit être enseigné dans les écoles et établissements publics et privés sous contrat. Les programmes d’enseignement définissent une norme nationale qui est à ce titre la référence centrale de l’éducation et la garantie d’une ambition et d’une culture communes. » (9)

« Ambition et culture communes » sont ici étonnamment liées : « Culture de l’ambition »  ou bien « Ambition de la culture » ? On le voit, les programmes d’enseignement posent un problème d’ordre épistémique, c’est-à-dire qu’ils concernent ce que l’on désigne en grec comme l’épistémé, la science, la connaissance en général.
C’est ainsi que Michel FOUCAULT désignait dans Les Mots et les choses l’ensemble des catégories linguistiques qui servent à appréhender la culture et le savoir d’une époque. (10)
C’est ainsi que se définit une perspective épistémique qui considère le point de vue de l’acquisition et de la formation des connaissances (11), « en particulier dans le domaine de la psychologie de l’enfant. » est-il précisé par la définition.

Stanislas KOWALSKI écrivait en 2018 : « On a tout demandé aux programmes scolaires : le patriotisme, la paix sociale, la croissance économique ou l’égalité des sexes. Et on n’en est jamais satisfait. » (12)
Les programmes sont des symptômes politiques de demandes sociales contradictoires. Au moment où ils sont attirés par les chants de l’hybridité, ceux qui organisent leur réforme refusent de reconnaître qu’ils sont attirés par un tropisme qui modifie la nature originelle des disciplines annoncées comme étant enseignées.

L’opération qui consiste à poser « la géographie + l’histoire + la géopolitique + les sciences politiques » constitue tout autre chose qu’une addition puisqu’elle produit un objet nouveau, qui a pour fondement que chacun des composants, du fait même d’être mélangé à d’autres, a changé de nature. La géographie mêlée à la géopolitique n’est plus tout à fait de la géographie, mais « presque », et réciproquement.  De même pour l’histoire et les sciences politiques. On ne sait plus très bien à quoi on a affaire, c’est-à-dire quelles sont les objets de cette nouvelle discipline, quels en sont les concepts, quels en sont les théoriciens. A moins que cette errance soit précisément la marque de fabrique  d’une indéfinissable « problématique ». Dans ce cas, tout serait plus clair d’en faire l’aveu.

Il n’existe pas, à notre connaissance et en l’état présent, de réflexion épistémique qui ait précédé ces nouveaux programmes. Ceux ci ne sauraient se satisfaire de la sympathique et confuse devise qui serait « De tout, un peu ». Quels en sont les nouveaux objets? Quels en sont les concepts constitutifs ? Quels en sont les fondements théoriques ? Quelles en sont les implications, que ce soit dans le cadre  particulier de l’enseignement scolaire et de la recherche universitaire, ou dans le cadre a priori extérieur à toute école, des « connaissances circulantes » qui fondent au travers de ses générations successives, le savoir commun d’une société.

Autant de questions préalables qui n’ont pas été posées par le Comité national des programmes. Autant de non-dits et de silences qui nuisent à la visibilité de cette nouvelle Res educatio : elle interroge l’avenir incertain des constructions poly-disciplinaires, mouvantes et évolutives, qui doivent être enseignées et faire l’objet de notations et d’épreuves d’examen, aussi bien pour les élèves que pour les enseignants.

Bernard MÉRIGOT

Prochain article :
Comment se repérer dans le Thème n°1 : « De nouveaux espaces de conquête ».  Programme de classe Terminale 2019 d’histoire géographie, géopolitique et sciences politiques.

RÉFÉRENCES DE L’ARTICLE

1. MINISTÈRE DE L’ÉDUCATION NATIONALE, « Programme de l’enseignement de spécialité d’histoire-géographie, géopolitique et sciences politiques de la classe terminale de la voie générale, arrêté du 19-7-2019, J.O. du 23-7-2019 (NOR MENE1921254A) ». https://cache.media.education.gouv.fr/file/SPE8_MENJ_25_7_2019/18/0/spe254_annexe_1159180.pdf

2.  MURATI Coralie, « L’écriture des programmes scolaires et ses enjeux en France. L’exemple des sciences économiques et sociales », Les dossiers des sciences de l’éducation, n°29, 2013. http://dse.revues.org/153

3. MINISTÈRE DE L’ÉDUCATION NATIONALE, « Communiqué du Conseil supérieur des programmes (« Le prédicat » ) », 23 janvier 2017. https://cache.media.education.gouv.fr/file/CSP/78/7/Communique_du_CSP_sur_le_predicat_701787.pdf

Les 6 « Thèmes » de l’enseignement de spécialité d’histoire-géographie, géopolitique et sciences politiques de terminale générale sont regroupés sous le titre « Analyser les grands enjeux du monde contemporain » :

  • Thème 1. De nouveaux espaces de conquête
  • Thème 2. Faire la guerre, faire la paix : formes de conflits et modes de résolution
  • Thème 3. Histoire et mémoires
  • Thème 4. Identifier, protéger et valoriser le patrimoine : enjeux géopolitiques
  • Thème 5. L’environnement, entre exploitation et protection : un enjeu planétaire
  • Thème 6. L’enjeu de la connaissance

4. SELIM Monique, Anthropologie globale du présent, Paris, L’Harmattan, 2019, 260 p. ISBN 978-2-343-17467-9

5. AYOUCH Thamy, Psychanalyse et hybridité. Genre, colonialité, subjectivations, Presses universitaires de Louvain, 2018, 222 p.
AYOUCH Thany,
« L’hybride, le psychique et le social : pour une psychanalyse mineure », K. Revue trans-européenne de philosophie et arts, n°1, 2/2018, p. 106-123.

6. DE COCQ Laurence, « Haro sur les sciences sociales au lycée, ça continue », 16 juillet 2019, Médiapart, https://blogs.mediapart.fr/edition/aggiornamento-histoire-geo/article/160719/haro-sur-les-sciences-sociales-au-lycee-ca-continue

7. HULEUX E., La Vie littéraire à l’École, Cours élémentaire, Publications Alcide Picard, Paris, p. 237.

8. DAUDET Alphonse, « La Dernière classe », Contes du Lundi, 1873.

9. MINISTÈRE DE L’ÉDUCATION NATIONALE / CONSEIL SUPÉRIEUR DES PROGRAMMES, « Charte des programmes, Charte relative à l’élaboration, à la mise en œuvre et au suivi des programmes d’enseignement ainsi qu’aux modalités d’évaluation des élèves dans l’enseignement scolaire », Non daté, 13 p. https://cache.media.education.gouv.fr/file/04_Avril/37/5/charte_programme_csp_312375.pdf
Remarque. Les pdf de très nombreux documents publics mis en ligne par des institutions officielles ne comportent aucune date, ce qui empêche d’identifier de façon certaine leur année de publication. C’est le cas pour le présent document.

10. FOUCAULT Michel, Les Mots et les choses, Paris, Gallimard, 1966, p. 219.

11. Traité de sociologie, Tome 2, 1968, p. 244.

12. KOWALSKI Stanislas, « De bons programmes scolaires ? », L’Aigle dolent, 25 mai 2018, http://egomet.sanqualis.com/de-bons-programmes-scolaires. Article initialement publié sur Contrepoints.

LÉGENDES DES ILLUSTRATIONS

  • Les livres soutiennent le monde. Un ange retient le monde et s’appuie sur deux livres. On se demandera de quels livres il peut s’agir. Ce qui est certain, c’est que le monde repose en partie sur les livres, c’est-à-dire sur la connaissance. Sculpture, École militaire, Paris, 4 juillet 2017. © Photographie Bernard Mérigot.
  • Abrogation de programmes d’enseignement de la classe terminale des voies générale et technologique, Bulletin officiel de l’Éducation nationale (BOEN), Arrêté du 19 juillet 2019, J.O. du 23 juillet 2019. n°8, 25 juillet 2019.
  • Les nouveaux programmes d’enseignement de spécialité des classes terminales (2019) : une latte pour l’histoire, une latte pour la géographie, une latte pour la géopolitique, une latte pour les sciences politiques… 16 août 2019. © Photographie Bernard Mérigot.
  • La palette des nouveaux programmes d’enseignement de spécialité des classes terminales 2019 : une latte pour l’histoire, une latte pour la géographie, une latte pour la géopolitique, une latte pour les sciences politiques… 16 août 2019.
    © Photographie Bernard Mérigot.
  • La dernière classe. « Alors il se tourna vers le tableau, prit un morceau de craie, et en appuyant de toutes ses forces, il écrivit aussi gros qu’il put « Vive la France ! ». « La Dernière classe. Récit d’un petit Alsacien » d’Alphonse DAUDET, in Contes du Lundi. Extrait de La Vie littéraire à l’École, Cours élémentaire, de E. HULEUX, 1915, p. 237. Collection CAD.

La Lettre du lundi de Mieux Aborder l’Avenir
n°366, lundi 19 août 2019

COMMENTAIRE du 27 octobre 2019
Pour une histoire de l’enseignement des disciplines scolaires

La constitution officielle en France en 2019  de la discipline nouvelle d’enseignement secondaire de l’ « Histoire-géographie, géopolitique et sciences politiques » amène à s’interroger sur une série de questions fondamentales auxquelles on accorde généralement peu d’attention :

  • Comment chaque science sociale existante aujourd’hui s’est-elle constituée comme matière d’enseignement ?
  • Comment celle-ci évolue-t-elle par rapport aux autres disciplines ?
  • Comment les échanges entre les pays se font-ils ?

Ces questions sont toute liées pour chacune à celle de leur propre constitution comme science, aux différentes étapes qu’elle ont franchies, aux contributions que tel ou tel auteur leur a apportées, aux reconnaissances populaires, médiatiques, ou académiques, qu’elles ont reçues. En un mot, quelle est la place qu’elles ont occupée et occupent dans le « marché », publications et des idées et des institutions ?

A ce sujet, la lecture de la publication des cours données par Emmanuel KANT entre 1759 et 1796 dans le recueil intitulé Géographie est éclairante.

KANT Emmanuel, Géographie, Aubier, 1999, 396 p. Traduit de l’allemand par Michèle Cohen-Halimi, Max Marcuzzi et Valérie Seroussi. Préface de Max Marcuzzi, p. 9-55.

Cet aspect n’a pas échappé à Robert MAGGIORI qui notait dans un de ses article publié à ce moment de la publication en 1999 de la première traduction en français de l’édition allemande de 1802.

« Le «cours» permet donc de voir comment la géographie se constitue en science et matière d’enseignement, et d’en retrouver l’histoire, puisque Kant, optant pour la synthèse, y reprend aussi bien, venue d’Eratosthène, de Ptolémée ou de Varenius, la tradition d’une géographie topographique, chorographique (description d’une région), orographique (description de montagnes) et hydrographique, d’où l’homme est substantiellement absent, que la tradition, marquée par Strabon, d’une géographie qui, orientée vers l’éthique, la politique ou l’anthropologie, veut décrire la réalité humaine. »

MAGGIORI Robert, « L’impératif géographique », Libération, 11 février 1999. https://next.liberation.fr/livres/1999/02/11/l-imperatif-geographique-pendant-des-annees-emmanuel-kant-dispense-aussi-des-cours-de-geographie-il-_264731

Il nous faudra revenir sur le problème central de tout acte d’enseignement, à savoir « ce que l’on dit qui est » et « ce qui est ». Comment lire et entendre des notations faites par Emmanuel KANT dans son cours Géographie comme celles-ci :

  • au Congo, certains oiseaux sont capables d’ « articuler de façon fort distincte le nom de Jésus Christ »,
  • les habitants de la Sierra Leone ne sont pas totalement noirs, mais « ils sentent très mauvais »,
  • les Javanais sont « voleurs, provocateurs et serviles »,
  • les Tatares du Daghestan, « les plus laids de tous », sont des « bandits invétérés »,
  • les Lapons ont « un menton pointu et sont aussi fainéants que lâches »,
  • les Hottentots, pudiques et hospitaliers par ailleurs, sont très sales, « on les sent de loin » et qu’ils « enduisent leurs nouveau-nés de bouse de vache et les exposent au soleil »,
  • l’humanité « atteint sa plus grande perfection avec la race des Blancs ».

Premier degré ? Second degré ? Certains auteurs ont noté que de tels propos possédaient un aspect « embarrassant ». Pour notre part, nous nous interrogerons ici de savoir à quel degré les exemples utilisés par une science sociale enseignée doivent-être entendus. Nous retiendrons qu’Emmanuel KANT dit que des témoignages et des auteurs ont dit.

Deux questions demeurent : Quelle est l’intention de l’enseignant ? Quelle est la « marge critique » de l’enseigné ?

COMMENTAIRE du 19 décembre 2019
Le « choix vertical » des programmes scolaires

Dans un article consacré au « plaisir de lire » figurant dans les programmes du baccalauréat de français, Claude POISSENOT, enseignant à l’IUT de Nancy et chercheur au Centre de recherche sur les Médiations (CREM) de l’Université de Lorraine, évoque la notion d’ « élève idéal » comme destinataire des programmes scolaires. Pour lui, les programmes pratiquent un « choix vertical ».

Celui-ci repose sur une double conception :

  • conception de l’enseignant, comme sujet-acteur docile, capable d’intégrer immédiatement toutes les nouveautés,
  • conception de l’élève comme réceptacle de programmes dont ils sont les destinataires en tant que sujets-opérateurs.

On attribue le contenu des programmes scolaires aux ministres de l’éducation qui les présentent au cours d’innombrables conférences de presse. Il s’agit d’une fiction.

Chaque programme est la représentation sociale de ses concepteurs, de leur culture du moment, de leur qualité d’expression…  Ils sont d’abord et avant tout révélateurs de ceux qui les rédigent, de leur formation, de leurs parcours professionnels, avec leurs présupposés, leurs sur-investissements, et leurs lacunes aussi.

Chaque texte de programme scolaire devrait être considéré par les enseignants – et par les citoyens – comme une « copie » rédigée par un groupe d’élèves et faire l’objet d’une correction et d’une notation attribuée au « Comité des programmes » qui les signent et aux inspecteurs généraux qui en sont la cheville ouvrière cachée.

POISSENOT Claude, « Débat : Le plaisir de lire, au programme du bac de français ? », The Conversation, 18 décembre 2019. https://theconversation.com/debat-le-plaisir-de-lire-au-programme-du-bac-de-francais-129031?

Comment enseigner la géopolitique au lycée ?
Conférence organisée le 22 janvier 2020 par l’Institut libre d’étude des Relations internationales (ILERI) à Paris.

COMMENTAIRE du 15 janvier 2020
Comment enseigner la géopolitique au lycée ?

« Afin d’aborder la réforme du baccalauréat qui a introduit à la rentrée 2019-2020 la nouvelle matière « Histoire, Géographie, Géopolitique et Sciences Politiques » en Première et Terminale, l’Institut libre d’étude des relations internationales (ILERI) a le plaisir de vous convier à une conférence autour de l’enseignement de la géopolitique au lycée, le mercredi 22 janvier à 18h au sein de notre campus de Paris La Défense. La conférence sera suivie d’un cocktail. »

Intervenants

  • Hugo BILLARD, Professeur d’histoire géographie et géopolitique en classes préparatoires ECS, au lycée Saint-Michel-de-Picpus. Co-auteur du manuel Histoire-Géo, Géopolitique, Sciences Politiques, classes de 1ère (Hatier).
  • Alain JOYEUX, Professeur de chaire supérieure en géopolitique pour les classes préparatoires économiques et commerciales. Président de l’APHEC (Association des Professeurs de Classes Préparatoires au Haut Enseignement Commercial).
  • Gildas LEPRINCE, alias Mister Geopolitix, Youtubeur, vulgarisateur géopolitique.
  • Mikaa MERED, Professeur à l’ILERI, spécialiste de la géopolitique des pôles, co-auteur du manuel Histoire-Géographie, Géopolitique, Sciences Politiques, de 1ère (Hatier).

RÉFÉRENCES DU COMMENTAIRE
« Comment enseigner la géopolitique au lycée ? » Conférence, mercredi 22 janvier 2020, Institut libre d’étude des relations internationales (ILERI), 20 Bis Jardins Boieldieu, 92071 Paris La Défense. Carton d’invitation recto verso format 21 x 14,8 cm. http://www.ileri.fr/enseigner-geopolitique-lycee-conference/
L’Institut libre d’étude des relations internationales (ILERI) est un établissement d’enseignement supérieur privé français fondé en 1948 par René CASSIN.

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