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TERRITOIRES ET DÉMOCRATIE NUMÉRIQUE LOCALE

Christophe de SAVIGNY (1530-1587)

« Tost ou tard, près ou loing, a le fort du faible besoing ». (1) Cette devise – qui est en fait une épigraphe – est inscrite en tête des  Tableaux accomplis de tous les arts libéraux, publiés en 1587 par  Christophe de SAVIGNY (1530-1587), humaniste de la Renaissance française. Elle introduit trois notions essentielles : les rapports de force (fort/faible), la temporalité («tost»/tard), la préfiguration de l’intérêt général moderne (le «besoing»). Elle constitue une injonction fondatrice d’un programme à la fois moral, social, politique et spirituel. Elle est une manifestation de l’esprit encyclopédique, c’est-à-dire de l’ εγκυκλο παίδεια  (« enkuklios paideia »), l’éducation circulaire qui embrasse un cercle entier.
Tout processus éducatif – tout enseignement reçu ou dispensé («enseignement de soi» et «enseignement des autres» ne peuvent être dissociés) – est paradoxal, comme l’écrit SAINT AUGUSTIN dans ses Soliloques « nous apprenons parfois que ce que nous croyions nôtre nous est étranger, et que ce que nous croyions étranger est nôtre ».

Le contexte de la globalisation /mondialisation impose aux territoires et à ceux qui y vivent, risques et interdépendances.
•   Comment une anthropologie de la citoyenneté peut-elle s’opposer à cette imposition ?
•   Quelles initiatives peuvent y participer (Open data, Accès aux documents publics locaux, Observatoire des assemblées délibérantes locales, Recherche-action, Formation citoyenne…) ?
Deux questions nous interrogent sans relâche :
•   Quelles formes de démocratie pour quels territoires ?
•   Quels territoires pour quelles démocraties ?
Pour une anthropologie globale du présent (1)
• 
« L’anthropologie est la discipline qui a pour spécificité un mode de production des connaissances fondé sur la communication interpersonnelle avec les acteurs. » (p. 10)
•   « L’anthropologie et ses interlocuteurs n’échappent pas plus que les autres à ces bulles cognitives qui fonctionnent sur le commun des intérêts et font marcher les marchés réels de l’irréel, et irréels du réel. » (p. 22)
•   S’impose à nous « de penser et de déchiffrer le monde présent tel qu’il est, avec toutes ses saillances d’horreurs et ses creusets d’artifices imaginaires toujours plus nombreux » en ayant comme perspective « que ce dévoilement des significations écartelées permette de poser des repères aux cheminements à venir. » (p. 169)
•  
Et une dernière devise pour la route : « Déchiffrer à vif les configurations troubles de nos univers partagés ». (p. 10)
1. SELIM Monique, Anthropologie globale du présent, L’Harmattan, 2019, 259 p. ISBN 978-2-3-43-17467-9

Bernard MÉRIGOT
contact@mieuxaborderlavenir.fr

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Anthropologie de la pensée Post Covid-19 : pollutions, multinationales, relocalisations. Un poème pour le « Jour d’après »

LA LETTRE DU LUNDI DE MIEUX ABORDER L’AVENIR, n°406, lundi 25 mai 2020

« Plus jamais de dépendance aux marchés internationaux ». Voila un exemple de la pensée post-Covid-19 que l’on peut lire en ce jour du 18 mai 2020 sur un des panneaux apposés sur la clôture d’un pavillon de la banlieue parisienne dans l’Essonne, département à ce jour classé en zone rouge par le ministère de la Santé. Cette pensée post-Covid-19 est visible par tous les passants qui empruntent l’espace public de l’avenue où elle est installée. Elle fait partie d’un triptyque qui compose un poème pour « le Jour d’après » : elle serait à la fois une manifestation liée à l’actualité du confinement du Covid-19, et l’expression d’une analyse du monde qui était «déjà-là» bien avant la crise et qui en confirme la pertinence. Une question se pose : a partir de quoi  se construit socialement, politiquement, psychologiquement, culturellement « les jours d’après » dans une différence d’avec « les jours d’avant » ?

« Plus jamais la dépendance aux marchés internationaux. Relocalisons pour le jour ».
Panneau dessiné par des enfants apposé sur la clôture d’un pavillon avenue de Savigny, à Juvisy-sur-Orge (Essonne), 18 mai 2020.
© Photographie Bernard Mérigot / CAD.

55 JOURS  A PENSER « HORS DU MONDE »

Les françaises et les françaises ont été confinés, depuis le mardi 17 mars 2020 (deux jours après le premier tour des élections municipales), et jusqu’au 11 mai, soit pendant 8 semaines, c’est à dire 55 jours exactement. « Restez chez vous » était le slogan relayé par l’État, le gouvernement, les services publics et les acteurs économiques. Ce retrait du monde quotidien, cette vie sanitaire et médicalisée (Pourvu que les services des urgences des hôpitaux ne soient pas saturés…) ont été ponctués par de nouveaux rites imposés, portant des noms magiques : « masques respiratoires », « gel hydro-alcoolique », « gestes-barrières », « distanciation sociale », « tests médicaux », « prise de température corporelle »
S’y s’ajoute le mystérieux, fantasmatique, inquiétant et inefficace projet de «traking» , ce traçage des citoyens malades ou suspects de maladie, à l’aide de leurs propres téléphone portables, dispositif que n’auraient pas reniés H.G.WELLS, Aldous HUXLEY, George ORWELL, ou Terry GILLIAN. (1) Aucun régime dictatorial, passé ou présent, ne pouvait prévoir qu’un tel dispositif permettant de contrôler la totalité des faits et gestes des habitants d’un état, trouverait si vite sa solution technique. Il ne pouvait pas imaginer que la saisi, l’enregistrement et la conservation d’une telle masse de données trouverait une justification aussi convainquante (« lutter contre la propagation du virus ») qui s’imposerait d’une façon évidente – imparable – aux consciences individuelles. La « guerre » du président de la République Emmanuel MACRON contre le Coronavirus Covid-19 est une raison justifiante absolue.

Cette expérience des mois de mars-avril-mai 2020, portant sur les corps et sur les esprits a révélé des idées nouvelles, a modifié des idées existantes, a conduit à abandonner des idées anciennes. Le monde mental d’après n’est plus juxtaposable au monde mental d’avant, et plus personne – quoique certains laissent paraître – ne pense le destin de l’homme et celui de la nature de la même façon après trois mois. Ce qui est le propre de toute expérience collective. Car comment répondre à cette injonction contradictoire, mot d’ordre à la fois existentiel et métaphysique « Ne pas attraper le virus, ne pas le transmettre » ? Double résolution, utilitariste et généreuse, la plupart de temps irréalisable, faute de moyens. Et doublement angoissante : chacun peut être à la fois, ou tour à tour, contaminé et contaminant.

LE CORONAVIRUS-19 : EN MÊME TEMPS, MALADIE ET REMÈDE

La crise a révélé la relation paradoxale que la France, comme d’autres pays, entretient avec la Chine.

  • La Chine lieu d’émergence de nouveaux virus du fait de ses conditions de «consommation» d’animaux sauvages (pangolin) aussi bien que domestiques (porc, poulets…),
  • La Chine puissance émergente en mesure de contrôler des pandémies par ses publications d’articles scientifiques dans les revues internationales, par la vente au reste du monde de masques et d’antiviraux, produits rapidement et très grande quantité, par l’existence de centres de recherche sur les virus à la pointe de la modernité. La Chine possède aujourd’hui une expertise mondiale émergente dans le domaine épidémiologique, expertise reconnue par l’Organisation mondiale de la Santé (OMS).

La France a découvert qu’elle était dépendante, pour ses masques et ses médicaments, de chaînes de fabrication délocalisées en Chine pour en réduire les coûts, et ce au moment même où des scientifiques alertaient l’opinion, sur l’émergence de nouveaux pathogènes due aux transformations de la nature par les humains. C’est le propos de notre poème de rue.

POÈME POUR LES JOURS D’APRÈS

I

Plus jamais la pollution
Plus de coccinelles
Moins de poubelles
Pour le jour d’après.

II

Les rosiers plus forts que les multinationales
GAFAM. Black Rock
Plus jamais

III

Plus jamais la dépendance aux marchés internationaux.
Relocalisons.
Pour toujours.

18 mi 2020
Juvisy-sur-Orge

Pollution, multinationales, relocalisation. Poème pour le Jour d’après. Un triptique de la pensée post-Covid-19. Trois panneaux dessinées par des enfants, 18 mai 2020. © Photographie Bernard Mérigot/CAD

LA MONDIALISATION EST
RESPONSABLE DES PANDÉMIES

Pour Frédéric KERK, la mondialisation est responsable des pandémies. Il écrit :

« chaque fois que se produit une avancée de la mondialisation, c’est-à-dire une extension de formes standardisées de commerce à l’égard d’un plus grand nombre de sociétés humaines, celle-ci s’accompagne d’une pandémie qui en constitue comme la face sombre, ou encore, la part maudite de l’économie généralisée. » (2)

On a tendance à oublier la liste des principales épidémies et pandémies qui ont atteint le monde depuis le début du XXe siècle.

Principales épidémies du XXe siècle

  • 1918. Grippe espagnole
  • 1957. Grippe asiatique
  • 1968. Grippe de Hong Kong
  • 1976. Ebola (issu des chauves-souris d’Afrique centrale)
  • 1981. Sida (issu des singes d’Afrique centrale)
  • 1996. ESB ou vache folle (issue des bovins de Grande-Bretagne)
  • 1997. Grippe aviaire H5N1 (issue des oiseaux du sud de la Chine)
  • 2003. Sras (issu des chauves-souris et des civettes du sud de la Chine)
  • 2012. Mers-CoV (issu des chameaux d’Arabie Saoudite)
  • 2013. Grippe aviaire H7N9 (Chine)
  • 2016. Zika (issu des moustiques en Polynésie française et au Brésil)
  • 2010-2020. Covid-19 (Wuhan, Chine)

Chaque épidémie a un sens. Elle est à la fois produite et productrice, effet et cause. La grippe de 1918 a marqué la fin de la Première Guerre mondiale et a constitué pour tout le XXe siècle un profond traumatisme. La crise du SRAS en 2003 a ouvert le XXIe siècle en montrant la dépendance de l’économie mondiale à l’égard de la Chine, en annonçant la crise mondiale que nous traversons. Le paradoxe n’est pas médical. Il est politique. Il relève des décisions des États, des gouvernements, des administrations, des services publics.

LA NATURE SE VENGE-T-ELLE ?

Peut-on dire que « la nature se venge » ? La question traduit de façon frappante pour le grand public une pensée scientifique : à chaque fois que les humains inventent une arme pour contrôler les maladies infectieuses, les mécanismes de mutation et de sélection qui gouvernent la nature répondent par une nouvelle maladie émergence virale ou bactérienne. Cela ne signifie pas que la nature se venge. Elle n’est pas une entité dotée d’intention, mais elle signifie que les animaux envoient aux humains des signaux d’alerte sur les perturbations subies par leur environnement.
On doit prendre conscience que les nations occidentales ne sont pas les mieux « outillées » pour construire culturellement la pensée de l’après-Covid-19. Frédéric KECK souligne ceci :  « Il me semble que la philosophie chinoise, avec son attention aux mutations dans les cycles de la nature, est la mieux à même de nous faire comprendre cette alternance étrange et épuisante d’accélérations et de ralentissements de façon à repenser notre relation à la nature. »

TOUS LES PORTEURS DE VIRUS SONT DES ENNEMIS

La crise du Covid-19 peut-elle justifier l’exploitation légale de données personnelles sous le prétexte de « lutter contre la propagation du virus » ? Il ne faut pas se cacher que toute intrusion dans la vie privée (Qui rencontre qui ? Quand ? Où ? …) constitue une sorte de cheval de Troie à l’égard des libertés individuelles qui est appelé à demeurer après la crise, sommeiller dans la discrétion et l’indifférence sociale, pour être un jour réveillé , et ressurgir demain pour des fins sans aucun rapport avec la lutte sanitaire initiale.
Le coronavirus Covid-19 a plongé le monde dans une crise. En France, l’État, le Gouvernement, les administrations et les services publics ne sont pas parvenus à soigner tous les malades. Il leur a été plus facile d’apporter des réponses de nature sécuritaire, en contrôlant les corps et les esprits. Elles ont été présentées comme des mesures efficaces pour combattre la propagation du virus.
Profitant de l’état de sidération et de peur générale, ils ont tenté de développer des dispositifs comme les drones, la télésurveillance, la reconnaissance faciale, la collecte de données personnelles… en les confiant à des opérateurs de télécommunication ou des plateformes numériques commerciales. « Les projets de backtracking constituent des solutions dont l’efficacité reste extrêmement questionnable. Ils sont en résonance avec la tendance de généralisation de la surveillance de la société ». (3)

« Portez un masque, restez à un mètre des autres voyageurs. Répartissez-vous sur l’ensemble du quai et à bord des trains. Utilisez du gel hydroalcoolique avant et après votre trajet ».
Message sur les écrans de la SNCF RER C / Transilien en Gare de Savigny-sur-Orge, 10 mai 2020, 10 H 56.
© Photographie de Bernard Mérigot / CAD.

SÉCURITÉ SANITAIRE
OU PEUR SANITAIRE ?

Pour Giorgio AGAMBEN, « l’usage stratégique de la sécurité sanitaire amène des réponses globales qui entament la souveraineté démocratique. La biosécurité trace une voie qui impose le règne de la transparence absolue : celle d’une société de contrôle généralisé dans laquelle la connexion virtuelle se substitue au lien sensible, chaque existence s’éloignant de son destin humain ». (4)

La pandémie du Covid-19 a fait entrer le Monde dans un processus dans lequel une sécurité sanitaire (qui demeurait jusque-là une préoccupation secondaire des États), prend la forme d’une peur sanitaire. Dès lors, celle-ci constitue l’argument unique et convainquant qui permet de gouverner en s’affranchissant du droit existant. Giorgio AGAMBEN rappelle l’analyse de Patrick ZYLBERMAN publiée en 2013 dans son livre Tempêtes microbiennes.

Il résulte de ces travaux qui se croisent, plusieurs constatations relatives à la gestion politique des crises sanitaires :

1. la construction, sur la base d’un risque possible, d’un scénario fictif, constatation d’autant plus indiscutable que le destin de la pandémie est incertain,
2. la présentation des données sur la maladie qui permet une double acceptation sociale : d’une part de gouverner en situation extrême, d’autre part de le faire en dérogeant aux règles de droit existantes,
3. l’adoption de la logique du pire comme constituant le régime évident et légitime de la rationalité politique,
4. l’organisation « intégrale » du corps des citoyens de façon à renforcer l’adhésion maximale aux institutions de gouvernement, en produisant un « civisme superlatif » : les obligations « imposées » deviennent des preuves d’altruisme.
5. le remplacement du droit à la santé (health safety) des citoyens par une obligation à la santé (biosecurity), transférant la responsabilité juridique de la propagation au citoyen. Le malade est responsable de sa maladie. Il lui est reproché de ne pas avoir respecté pour lui-même les règles édictées pour les autres.

CONCLUSION

Qu’est-ce qui peut nous permettre de distinguer les « jours d’après » des « jours d’avant » ? La difficulté tient au fait que nous sommes ici dans un monde de formules pré-pensées, de lieux communs journalistiques, et de « commentaires qui commentent des commentaires », rallongeant à l’infini la liste des messages qui s’enregistrent à la suite les uns des autres, que ce soit sur Facebook, Twitter ou d’autres réseaux sociaux : tout commentaire est toujours suivi par un commentaire.

Cette situation brouille la part d’authenticité qui est porteuse à la fois d’optimisme et de pessimisme. Espérances pour que des choses changent. Fatalismes de les voir se perpétuer à l’identique, répétant les mêmes relations subies par les hommes et des femmes dans les domaines aussi variés de ceux de la santé (saturation des urgences), du commerce (désertification des centre villes), des échanges internationaux (productions le plus loin possible et le moins cher possible), de l’économie mondiale (recherche du maximum de profits dans le temps le plus court), du travail (précarisation des salariés, livreurs à domicile à vélo devenus des auto-entrepreneurs), de la nature (la biodiversité diminue chaque jour), de l’environnement (toujours de nouvelles pollutions), du climat (augmentation des rejets de CO2) …

  • « Le jour d’après ne sera pas le jour d’avant » déclare Emmanuel MACRON, président de la République lors de son allocution radio télévisée du lundi 16 mars 2020 annonçant le confinement.
  • « On se rassure ou l’on se fait peur en prophétisant que « rien ne changera vraiment » ou alors « en pire », écrit un collectif dans un manifeste « Agir contre la réintoxication du monde » rassemblant écologistes, zadistes et syndicalistes appelant à « bifurquer » le 17 juin 2020. (5)

Qui souhaite que l’après soit différent de l’avant ? Les états, les gouvernements et les administrations, les acteurs économiques … le souhaitent-ils vraiment ? Des jours d’après ne peuvent que résulter d’une construction participative et citoyenne.
Les expressions citoyennes spontanées, sous la forme de mots d’ordre militants, ne sont pas si répandus. Ces dessins d’enfant, affichés dans l’espace privé pour être vus depuis l’espace public,  expriment une pensée qui n’est en aucun cas enfantine. Elle est pleinement adulte.

Les réflexions se multiplient. Le Centre de Recherche et d’Action Sociales (CERAS) pour sa part, publie en date du 14 mai 2020, une prise de position « en temps de crise de Covid-19 ». Il y évoque quelques « bonnes idées » pour la suite du Covid-19, comme « la remise en cause des dogmes budgétaires que l’on nous a présenté comme figés à jamais » ainsi que « le constat des méfaits d’une mondialisation dérégulée ». (6) La question est ici de savoir où l’on place la limite de remise en cause des jours d’avant, et quelles règles on fixe pour les jours d’après. Nous voyons bien que la question de la régulation de la mondialisation est pleine de bonnes intentions. Elle se heurte au cynisme économique. La mondialisation peut-elle être régulée que par la loi du profit maximum immédiat (PMI) ? Et par qui ? Les réponses résulteront de combats globaux qui sont attendus.

Pour être complet, il faut mentionner que  le même texte, lance un appel à « rejoindre les mouvements de la société civile et de l’altermondialisme ». Faisant la distinction entre les « les gestes symboliques » qui sont importants, mais sont devenus insuffisants, et les « actes forts », à la fois personnels mais aussi collectifs dont on a besoin, il évoque que les premiers jours du déconfinement sont un moment favorable pour décider « de changer de banque, de se  (et de demander désinvestir des énergies fossiles, de passer à l’énergie renouvelable, de choisir une destination plus proche pour ses prochaines vacances, de s’engager dans une association de solidarité, de partager son salaire, d’interroger les finalités de son travail…). Autant de gestes qui se situent en aval de la mondialisation et qui pour avoir une portée devraient être généralisés pour avoir un effet en amont.

« Les jours d’après» seront-ils des pensés ou bien des actions ?

Bernard MÉRIGOT

RÉFÉRENCES

1. H.G. WELLS (1866-1946), Aldous HUXLEY, (1894-1963), Brave New World (Le Meilleur des mondes), 1932. Georges ORWELL, (1903-1950), Nineteen Eighty-Four, (1984), 1949. Terry GILLIAM, (1940- ), Brasil, 1985. (Film)

2. KECK Frédéric, « Chaque avancée de la mondialisation s’accompagne d’une pandémie », Micgros Magazine, 23 avril 2020. Entretien avec Patricia BRAMBILLA. 23 avril 2020. https://www.migrosmagazine.ch/entretien-frederic-keck

3. TREGUER Félix, « Je veux partager l’énergie des expériences de résistance à travers l’histoire », Mouvement Up, 13 mai 2020. https://www.mouvement-up.fr/articles/felix-treguer-je-veux-partager-lenergie-des-experiences-de-resistance-a-travers-lhistoire/?utm_source=mailingquotidien&utm_medium=mailing&utm_campaign

4. AGAMBEN Giorgio, « Biosécurité et politique », Lundi matin, n°243, 18 mai 2020. https://lundi.am/999-Biosecurite-et-politique

5. « Agir contre la réintoxication du monde. Écologistes, ZAD et syndicalistes appellent à bifurquer le 17 juin 2020 », Lundi Matin, 18 mai 2020. https://lundi.am/Agir-contre-la-reintoxication-du-monde

6. CENTRE DE RECHERCHE ET D’ACTION SOCIALES (CERAS), « Face aux crises, ouvrir un chemin de conversion radicale », Une prise de parole du CERAS en temps de Covid-19, 14 mai 2020. https://www.doctrine-sociale-catholique.fr/la-doctrine-sociale-en-debat/352-face-aux-crises-ouvrir-un-chemin-de-conversion-radicale

LÉGENDES DES ILLUSTRATIONS

  • « Plus jamais la dépendance aux marchés internationaux. Relocalisons pour toujours ». Panneau dessiné par des enfants apposé sur la clôture d’un pavillon avenue de Savigny,  à Juvisy-sur-Orge (Essonne), 18 mai 2020. © Photographie Bernard Mérigot / CAD.
  • Pollution, multinationales, relocalisation. Poème pour le Jour d’après. Un triptique de la pensée post-Covid-19. Trois panneaux dessinées par des enfants, 18 mai 2020. © Photographie Bernard Mérigot/CAD
  • « Portez un masque, restez à un mètre des autres voyageurs. Répartissez-vous sur l’ensemble du quai et à bord des trains. Utilisez du gel hydroalcoolique avant et après votre trajet ». Message sur les écrans de la SNCF RER C / Transilien en Gare de Savigny-sur-Orge, 10 mai 2020, 10 H 56. © Photographie de Bernard Mérigot / CAD.

La Lettre du lundi de Mieux Aborder l’Avenir
n°406, lundi 25 mai 2020

COMMENTAIRE du 26 mai 2020
LA FRAGILITÉ EST NOTRE SORT COMMUN

Dans la présentation du numéro de la revue Sociologies publié le 20 mai 2020, Antoine HENNION et Alexandre MONNIN évoquent sans la nommer la « crise » du Covid-19, en relevant « l’étrange moment dans lequel nous sommes plongés, si difficile à appréhender ». A ce propos, ils notent l’étonnante facilité avec laquelle les réalités qui semblaient le plus solidement établies peuvent être remises en cause du jour au lendemain, et pour une durée indéterminée.

  • au niveau du rôle de l’État, des frontières et des souverainetés nationales, du poids de la dette ou de la place des services publics,
  • à des niveaux plus personnels, mais tout aussi décisifs, tels que le tissage du temps et de l’espace du quotidien de chacun, ou que l’interrogation sur ce que nous tenons pour important, voire vital.

« La fragilité n’est pas l’inverse de la solidité, de la durée ou de la solennité des choses, elle n’est pas à nos marges, elle n’est ni un défaut à réparer, ni un état provisoire, elle est notre sort commun. »

La fragilité vient bousculer les manières d’enquêter. Qu’est-ce qu’impliquent le renoncement à toute posture d’extériorité par rapport aux mondes en train de se faire et l’abandon de l’idée d’un « social » régi par sa propre logique ? Que ce soit vis-à-vis de la sociologie pragmatique, de formes réactualisées de recherche-actions ou d’enquêtes sociales engagées (studies à l’américaine), ils réactivent la notion de « méliorisme » empruntée aux premiers pragmatistes américains.

Ces leçons sur la méthode forcent à formuler sur un mode négatif la liste de ce qu’il ne faut pas faire pour mener une enquête :

  • ne pas se précipiter vers une analyse rassurante, comme s’il s’agissait coûte que coûte de rendre raison à une réalité qui nous déborderait ;
  • ne pas laisser une interprétation clore un présent qui se déroule ;
  • ne pas forcer l’analyse pour avoir le dernier mot…

« Comment affûter l’art de se laisser attraper par l’expérience en cours, toujours ouverte à des possibles incertains, et pouvoir nous-mêmes en saisir des éclats pertinents ? »

L’EMPIRISME RADICAL

Il faut parler ici de l’ « empirisme radical ». Il ne saurait se réduire à la micro-description de situations locales, qui est ce à quoi les sociologies systémiques ou critiques tendent encore à le réduire aujourd’hui.

Antoine HENNION et Alexandre MONNIN rappellent que l’idée de « plurivers » et celle d’empirisme radical de William James ont fait écho au renversement radical, opéré par la « théorie de l’enquête » que John DEWEY a vigoureusement formulée sur le plan social et politique.

« L’enquête, c’est d’abord celle que mènent les personnes concernées elles-mêmes, travaillant à faire de leurs « concerns » des problèmes publics. » Il ne s’agit ni de communication ni de publicité : « making things public », pour le dire à la façon dont Bruno LATOUR a repris l’idée. Elle consiste à :

  • « faire émerger et se transformer les choses mêmes, alors qu’on ne connaît ni les enjeux, ni les acteurs, ni même les arènes de ces débats. »
  • « faire advenir les unes et les autres à travers le débat public, le propos n’est pas de faire connaître des choses « déjà là » ni de convaincre des intérêts déjà constitués

LE PARLEMENT DES CHOSES

« C’était bien le partage entre savoir et action, entre science et politique, que John Dewey remettait en cause ». Il écrivait au début du XXe siècle ce que la politique est en train de redevenir : de l’environnement et de la planète au corps et au genre, en passant par les animaux, les nanotechnologies ou les réseaux sociaux, l’alimentation et la mobilité ou encore la ville, autrement dit, un vaste « parlement des choses » dont parle Bruno LATOUR.

RÉFÉRENCES DU COMMENTAIRE
HENNION Antoine et MONNIN Alexandre,
« Du pragmatisme au méliorisme radical : enquêter dans un monde ouvert, prendre acte de ses fragilités, considérer la possibilité des catastrophes », Sociologies, Du pragmatisme au méliorisme radical, mis en ligne le 20 mai 2020. URL : http://journals.openedition.org/sociologies/13931

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  • L ‘homo informaticus a commencé à se répandre sur Terre dans les années 1990. Les hommes et les femmes qui en avaient les moyens financiers sont devenus les propriétaires individuels, pour leurs activités professionnelles, de loisirs ou de relations sociales, d’une série de matériels aux fonctionnalités évolutives : ordinateur non-portable, ordinateur portable, imprimante, scanner, liaison Internet, mails, téléphone portable devenu peu à peu, tout à la fois, une boîte mail, un appareil photo, une caméra, un écran de télévision, une console de jeux, une balises GPS mobile …
    Devant, et derrière les écrans, il y des hommes et des femmes,
    avec leurs formations, leurs connaissances, leurs savoirs-faire présents, leurs capacités à apprendre et à s’approprier les évolutions techniques à-venir.
    « L’informatique », quelles que soient les contraintes qu’elle exerce de façon grandissante sur l’espèce humaine, n’existe jamais naturellement comme un cadre  imposé, prétendant posséder la vie éternelle. Elle n’existe qu’au travers d’une anthropologie numérique, c’est-à-dire d’un ensemble de relations que les générations successives entretiennent avec « le numérique », monde de machines, de programmes, de langages, de besoins créés, de comportements  induits. Une génération.
    Depuis les années 1990, les enfants qui naissent sont des digital native, trouvant à leur naissance un ensemble des moyens numériques qui vont conditionner toute leur vie. Désormais, un enfant qui n’est pas encore né, a déjà une existence numérique dans les bases de données et sur les réseaux sociaux (examens médicaux, échographies …). Et les données numériques personnelles qui le concernant continueront à exister au-delà de sa mort.

  • LES OUTILS NUMÉRIQUES QUE NOTRE SITE EMPLOIE
    Pour ses relations avec ses lecteurs, notre média a utilisé depuis sa création en 2009, et jusqu’au 30 avril 2020, soit durant une dizaine d’années,  le Logiciel de Messagerie Électronique (LME) Roundcube pour envoyer et recevoir nos mails.
    Roundcube est un logiciel libre et gratuit. Nous en avons toujours été satisfaits. Sa dernière version 1.4.3 était proposée par la société OVH, qui est notre Hébergeur. Nous en sommes clients, et nous lui versons un abonnement annuel pour l’hébergement sécurisé qu’il assure à nos données.
  • DÉCISION UNILATÉRALE DE NOTRE HÉBERGEUR OVH
    OVH vient de nous imposer la migration de Roundcube vers Outlook. Cette opération  a été réalisée en catimini dans la nuit du 30 avril au 1ermai 2020.
    •   Roundcube est un logiciel libre gratuit.
    •   Outlook est un logiciel commercial payant.
    Jusqu’à ce jour, nous étions satisfaits des services de OVH. Cette confiance vient de s’écorner, d’autant qu’il n’a jamais été question de leur part, dans leur mails d’avertissement techniques et confus, peu intelligibles pour des usagers non professionnels, d’une migration de service vers un logiciel de nature pharaonique et dantesque dans sa version payante (par ce qu’Outlook Microsoft est d’abord un logiciel commercial), et qui est fourni dans une version allégée, peu maniable et peu satisfaisante. Sa migration apporte des modifications qui nécessitent l’intervention de professionnels de l’informatique.
  • UNE MIGRATION A UN MAUVAIS MOMENT
    Comme de très nombreux clients (privés ou professionnels) d’OVH , nous dénonçons très vivement l’abandon de Roundcube, qui intervient pour nous en ce 1er mai 2020, c’est-à-dire dans la période particulière de confinement Coronavirus Covid-19.
  • PROBLÈMES CAUSÉS PAR LE NOUVEAU OUTLOOK
    A ce jour Outlook nous pose de nombreux problèmes et nous ne disposons plus actuellement de la totalité des fonctionnalités antérieures. Nous sommes en train de consulter afin d’y remédier. Nous vous tiendrons informé.
    Cela nous prends beaucoup de temps pour simplement conserver la chaîne qui est au coeur de toute activité humaine, qu’elle soit professionnelle ou à but lucratif qui associe les quatre composantes essentielles   :
    1. Compétences individuelles et collectives,
    2. Moyens mis en oeuvre,
    3. Résultats.
    4. Durabilité/Évolution
  • PRÉCISION IMPORTANTE
    Il doit être précisé que les difficultés rencontrées présentement avec le logiciel de gestion des mails Outlook ne concernent en aucune façon les fonctionnalités du site http://savigny-avenir.info gérées sous WordPress. Celui-ci ne rencontre à ce jour aucune difficulté.

Bernard MÉRIGOT
Rédacteur en Chef

Pour bien nous comprendre :

  • Fournisseur d’accès Internet (FAI) : Free
    (Payant, avec abonnement payé mensuellement)
  • Hébergeur : OVH
    (Payant, avec abonnement payé annuellement)
  • Ancien Logiciel de Messagerie Électronique (LME) pour l’envoi et la réception de mails : Roundcube
    (Logiciel libre gratuit, librement choisi par l’utilisateur)
  • Nouveau Logiciel de Messagerie Electronique (LME ) pour l’envoi et la réception des Mails : Outlook Microsoft (créé en 1996).
    (Logiciel commercial imposé par l’hébergeur, gratuit dans sa version allégée mise à disposition, et payant dans sa version complète).
  • Système de Gestion de Contenus, SGC (Content Management System, CMS)  du site : WordPress
    (Logiciel gratuit, libre et en open source créé en 2003,  choisi par l’utilisateur. Il est à noter qu’il permet de nombreuses variations professionnelles originales dont la création et les paramétrages qui peuvent être effectués par des prestataires de service. Il est utilisé par 34% des sites http:// dans le monde en 2019).

Logo du logiciel de gestion de mails Outlook (2020)

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Référence du présent article : http://www.savigny-avenir.fr/2020/05/01/information-a-nos-lecteurs-et-correspondants-ovh-change-notre-logiciel-de-mails-rouncube-pour-outlook/
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Information à nos lecteurs et correspondants. OVH change notre logiciel de mails Rouncube pour Outlook (Erratum)

Pour l’article :
« Information à nos lecteurs et correspondants. OVH change notre logiciel de mails Rouncube pour Outlook »
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Coronavirus Covid-19. En quoi les recherches en Sciences humaines et sociales sont-elles utiles ? (EHESS)

LA LETTRE DU LUNDI DE MIEUX ABORDER L’AVENIR, n°401, lundi 20 avril 2020

Depuis le mois de décembre 2019, le monde entier vit au rythme du « Coronavirus Covid-19 ». Le virus, après avoir quitté son foyer de Wuhan, en Chine, s’est propagé sur toute la planète, en Europe et en France. A partir de la décision de confinement des Français et des Françaises qui a été prise le 15 mars 2020, tout le monde s’est trouvé concerné dans sa vie quotidienne. Simultanément le « jour d’après de la pandémie » – et sa date incertaine – est devenu un fantasme plein d’espérances et de craintes.

École des Hautes Études en Sciences Sociales (EHESS) et la Fondation Maison des Sciences de l’Homme (FMSH). Façade des locaux occupés temporairement à l’angle de l’ Avenue de France/Avenue Vincent Auriol, Paris 12e, durant les travaux de désamiantage du site du boulevard Raspail, Paris 6e, 19 mai 2016.
© Photographie Bernard Mérigot/CAD.

LA DOUBLE NATURE DES PANDÉMIES

Une pandémie possède une double nature. Elle est à la fois :

  • un révélateur des mécanismes silencieux,  jusque-là invisibles de nos sociétés : comme les pratiques de soins (Care),  les nouveaux comportements individuels et collectifs, les actes de solidarité inattendus,
  • un surgissement d’anormalités bruyantes, inquiétantes et douloureuses, comme la confrontation à la maladie et la mort collective.

La pandémie affecte des domaines aussi divers que le fonctionnement de la santé publique, la conception des services publics, les fins de vie solitaires, l’imbrication des économies mondiales, les relations entre les citoyens et les pouvoirs politiques, le rapport des hommes à l’égard de la nature, la transition écologique, le climat…

La pandémie est productive, selon un mode tragique, d’expériences vécues. Des hommes et des femmes, alors que rien ne les y a préparés, se trouvent confrontés à des situations extrêmes :

  • personnes âgées détenues à l’isolement dans des maisons de retraites, sans visites des membres de leur famille,
  • proches hospitalisés en soins intensifs, expatriés par TGV dans les lits de réanimation à l’autre bout de la France, voire à l’étranger, et passant plusieurs semaines dans la plus grande solitude,
  • parents décédés seuls, sans famille à leur côté, privés d’obsèques, privés de cérémonies, privés des rites religieux, conformes à leurs dernières volontés et aux voeux de leur famille,
  • arrêt brutal et total de toute activité professionnelle, ou presque,
  • confinement familial improvisé,
  • travail forcé sans masques, et sans protections, en contact avec des malades potentiels, et donc certains sont forcément infectés … (« Ca va être pour moi, ou je vais passer à côté ? C’est pour aujourd’hui ou c’est pour demain ? » …)

Il y a deux maladies, la maladie que l’on se représente, et la maladie que l’on vit. Tout le monde redécouvre que les pandémies sont un moteur constitutif de l’histoire de l’homme sur Terre : un virus inconnu apparaît et peut le faire disparaître de la surface du globe. Il ne peut échapper à personne que la pleine conscience de cette éventualité est d’une nature spirituelle, dans le sens que l’écologie intégrale lui donne.

D’innombrables questionnements se font jour.

  • Qu’est-ce qui sépare aujourd’hui la surinformation de la sous-information ? Question à laquelle il est difficile de répondre, tant la pression des comportements sociaux utilisant les techniques modernes, est forte.
  • Peut-il y avoir une autre alternative que : être un idiot utile, ou être un intelligent inutile ? Peut-on éviter les deux écueils extrêmes de ce paradoxe ? Rien n’est moins sûr. Ils sont à confronter à la dénonciation macronienne, politiquement perverse, établie entre les demi-experts et les faux-sachants. (1)
  • Comment trouver la bonne distance à l’égard de l’actualité, fabriquée à jets continus, par les médias et les réseaux sociaux ? Ainsi que le temps indispensable permettant d’accéder aux sources d’une libre réflexion critique ?
  • Peut-on être ni trop près, ni trop éloigné de la réalité ?
  • De libres opinions peuvent-elles aujourd’hui trouver une voie entre l’hyper-connexion et la déconnexion ?

Les médias mainstream, tout comme les réseaux sociaux, sont animés par un esprit très particulier, celui de la téléréalité, c’est-à-dire par une conception selon laquelle la réalité doit se plier à des scénarios déjà écrits. Pour aboutir à la réalisation d’un désir fou : celui d’accaparer l’attention et de dominer les cerveaux. En un mot, prendre des parts-de-marché à d’autres.
C’est pourquoi ils n’accordent leur attention aux travaux de recherches critiques en sciences sociales que sous la double condition que ceux-ci leur permettent de fabriquer une actualité extraordinaire, ou de construire des polémiques. Ce qui importe en définitive pour eux, c’est d’attirer les regards, d’épater la galerie. Autrement dit, de prendre des parts de marché que d’autres détiennent.

Une recherche véritable n’est jamais une polémique mais une confrontation fondée sur des concepts, des idées, des théories, des publications, des pratiques, des interrogations … portant précisément sur ces pratiques. Pourquoi n’obtient-elle qu’une place somme toute discrète, limitée, et contrainte ? Pourtant, les travaux de  la recherche universitaire en Sciences humaines et sociales sont à la disposition de tous. Un seul exemple, celui de l’École des Hautes Études en Sciences Sociales (EHESS) de Paris – grand établissement d’enseignement supérieur français qui mène une mission publique – vient de publier sur le Coronavirus Covid-19, une Revue de presse des travaux de ses enseignants, de ses chercheurs, de ses étudiants. Le liste de ces contributions, qui est arrêtée à la date du 15 avril 2020, présente le plus grand intérêt. (Voir note n°5)

LES PATHOLOGIES DE LA MODERNITÉ

Christophe PROCHASSON, président de l’EHESS, écrit que la crise que nous traversons interroge bien des certitudes.

« Elle confirme le bien fondé de nombre de problématiques et de champs de recherche qui l’ont précédé :

  • rapport de nos sociétés au vivant et à la nature,
  • place des inégalités en leur sein,
  • rythmes, modalités et finalités de la mondialisation ».

Pour lui, elle constitue une redécouverte de la vulnérabilité de notre existence individuelle et collective, un « appel à la réflexion » sur la protection par le collectif vis-à-vis des pathologies de la modernité.

Il n’est pas anodin que la notion de virus soit devenue une métaphore. La fin du XXe siècle a inventé les virus informatiques à l’égard desquels sont élaborés, tant bien que mal, et le plus souvent avec retard, des parades à leurs attaques.

Les sociétés humaines en sont au même point : elles sont les  porteuses saines de virus mortels susceptibles, à tout moment, de décimer ses membres. Tout le monde découvre alors que  les moyens manquent pour mettre en oeuvre rapidement les parades efficaces.

On voit alors les pouvoirs publics se livrer à une surenchère d’aveux d’impuissance, offrant le spectacle d’errements aux lourdes conséquences. La ligne politique suivie par les administrations et le gouvernement, dans un premier temps de la pandémie au début du mois de mars 2020, consiste à se répandre sur les médias, les conférences de presse et les interviews,  afin de déclarer : « les masques respiratoires ne servent à rien » et que « les tests de dépistage sont inutiles »Les mêmes déclareront le contraire à la fin du même mois de mars.
Que s’est-il passé ? Ils ont tout simplement manifesté un symptôme de la modernité  selon lequel n’importe quelle parole officielle peut légitimement justifier, d’une façon véridique, n’importe quelle décision, ou absence de décision, en matière de santé publique.
La loi inverse est également vraie.

« Pas de masque pour l’instant. Pas de gel H.A. pour l’instant. Pas de gant pour l’instant. Pas de thermomètre pour l’instant.»
Porte d’entrée d’une Pharmacie. Savigny-sur-Orge (Essonne), 11 avril 2020. © Photographie Bernard Mérigot/CAD.

REGARDS DES SCIENCES SOCIALES
SUR LES ÉPIDÉMIES

  • Une épidémie attaque non seulement des corps physiques mais aussi les corps sociaux.
  • Une épidémie est une actrice de l’histoire et de la société.
  • Une épidémie matérialise des constructions sociales, politiques et économiques… d’ordinaire tacites, non-visibles, et non-dites.
  • Une épidémie ébranle les politiques de santé publique.
  • Une épidémie oblige les États à reconsidérer leurs rapports avec les populations.
  • Une épidémie crée sa propre temporalité. C’est elle qui donne le tempo.
  • Une épidémie travaille le temps des sociétés.
  • Une épidémie réactive des pratiques et des traditions anciennes (par exemple, la « mise en quarantaine »).
  • Une épidémie accélère les évolutions.
  • Une épidémie renforce les pratiques de contrôle confiées à la police (interpellations, justificatifs, amendes, contrôles des déplacements, contrôles des communications, surveillances par l’intelligence artificielle, reconnaissances faciales…).
  • Une épidémie produit un contrôle  les frontières.

CONCLUSION

Le virus est aussi une métaphore, une métaphore sociale, une métaphore mortelle. On ne peut penser le virus seul,  sans l’effet virus. Le mérite des auteurs associés à l’École des Hautes Études en Sciences Sociales (EHESS) est de nous rappeler les vertus de la recherche collective pour la formation de la conscience individuelle critique.

Le fait social total est une notion de l’anthropologie et de la sociologie forgée par Marcel MAUSS (1872-1950). Dans son Essai sur le don (1923-1924), il s’en sert pour qualifier des faits qui « mettent en branle (…) la totalité de la société et de ses institutions ». Claude LÉVI-STRAUSS, dans son « Introduction à l’œuvre de Marcel Mauss » (1949) en relève deux caractéristiques.

  • La première caractéristique du fait social total est qu’il concerne des situations où la société s’étudie dans son ensemble « par une décomposition, puis une recomposition du tout ». La remarque que l’on peut faire est que la limite de son application est celle des cas où une décomposition n’est suivie par aucune recomposition – ce qui arrive – et donc où la qualification de « total » ne peut pas être retenue.
  • La deuxième caractéristique du fait social total est de « concerner tous les membres d’une société et de dire quelque chose sur tous ces membres ».

Il écrit « Que le fait social soit total ne signifie pas seulement que tout ce qui est observé fait partie de l’observation ; mais aussi, et surtout, que dans une science où l’observateur est de même nature que son objet, l’observateur est lui-même une partie de son observation. » (p. 14) (3)

L’observateur porte son attention sur un monde dont il fait partie. Embarqué par un monde, qui est lui-même embarqué. Et, plutôt mal embarqué.

« Ce que je constate : ce sont les ravages actuels ; c’est la disparition effrayante des espèces vivantes, qu’elles soient végétales ou animales ; et le fait que du fait même de sa densité actuelle, l’espèce humaine vit sous une sorte de régime d’empoisonnement interne – si je puis dire – et je pense au présent et au monde dans lequel je suis en train de finir mon existence. Ce n’est pas un monde que j’aime ». (4)

Ainsi s’exprime Claude LÉVI-STRAUSS (1908-2009) en 2005, alors âgé de 97 ans. Il reprenait un propos déjà tenu en 1972 dans un entretien avec Jean-José MARCHAND, et en 1984 dans une émission de Bernard PIVOT. Il est demeuré toute sa vie « obsédé par la façon dont les sociétés humaines pouvaient se désintégrer ». (5)

Un premier phénomène : la disparition « effrayante » des espèces vivantes qui est perceptible à la conscience scientifique en 1972, soit il y a près d’un demi-siècle avant l’année 2020. Ce qui a pour conséquence de constituer pour l’espèce humaine « un régime d’empoisonnement interne ». Aujourd’hui, un second phénomène qui s’ajoute au premier déséquilibre (que personne ne s’est soucié d’arrêter véritablement ), c’est le mésusage par les hommes d’espèces animales non domestiques. Les chauves-souris et les pangolins en sont les malheureux acteurs.

En cette année 2020, la crise provoquée par le Coronavirus Covid-19 étend son empreinte sur les esprits et sur la vie collective, en constituant un agent infectieux comme opérateur psychique et social. Personne n’échappe à la double injonction qui se répète à son encontre  : « Ne pas l’attraper, ne pas le transmettre ».

La pandémie est un fait social total qui constitue un  régime d’empoisonnement du monde. Un empoisonnement par le monde.

Bernard MÉRIGOT

 

DOCUMENT

CINQ QUESTIONNEMENTS
POSÉS PAR LE CORONAVIRUS COVID-19

Les soixante-et-une contributions collectées ici par l’EHESS (arrêtées à la date du 15 avril 2020) peuvent être classées en cinq catégories :

  1. Les pandémies sont-elles un moteur de l’Histoire ?
  2. Pourquoi les pandémies sont-elles une menace  pour l’État et les gouvernements ? L’État et leurs admission peut-il survivre au péril des épidémies ?
  3. Pourquoi l’épidémie de coronavirus est-elle devenue un monde-en-soi ?
  4. Comment les sociétés sont-elles un reflet des maladies ?
  5. Qu’est-ce que les épidémies font à l’économie ?

Perspectives sur le Coronavirus Covid-19,
Carnet de l’École des Hautes Études et Sciences Sociales (EHESS), 17 avril 2020.
https://www.ehess.fr/fr/carnet

SOIXANTE CONTRIBUTIONS DES SCIENCES SOCIALES
A LA RECHERCHE SUR LA PANDÉMIE CORONAVIRUS COVID-19 (6)

1. LES PANDÉMIES SONT-ELLES UN MOTEUR DE L’HISTOIRE ?

2. POURQUOI LES ÉPIDÉMIES SONT-ELLES UNE MENACE POUR L’ÉTAT ?

3. L’ÉPIDÉMIE DE CORONAVIRUS CONSTITUE-T-ELLE « UN MONDE-EN-SOI »

4. COMMENT LES SOCIÉTÉS REFLÈTENT-ELLES LES MALADIES ?

5. QUE FONT LES ÉPIDÉMIES À L’ÉCONOMIE ?

RÉFÉRENCES

1. Emmanuel MACRON, président de la République, lors de son allocution radio télévisée du 15 mars 2020, a établit une distinction entre les « demi-experts » et les « faux-sachants ». En ne citant aucun nom, il a fait un usage polémique et politique, de nature allusive, stigmatisant des individus qui pensent autre chose que la pensée exprimée par « l’État gouvernant », c’est-à-dire par l’État qui gouverne.
Peut-on accepter cette assimilation entre l’expertise et la science fondée sur une évaluation partisane (demi-experts/100 % experts, et vrai-sachants/demi-sachants) ? Il est vraisemblable que lorsque qu’il sera procédé à l’examen indépendant et critique de la gestion de la crise (temps de réponse du pouvoir politique, suppression du nombre de lits de réanimation, gestion prévisionnelle des masques respiratoires et des assistances respiratoires…) on procédera à une révision de l’auto-évaluation effectuée par le pouvoir politique lui-même.

Voir l’article en ligne sur http://savigny-avenir.info

2. ÉCOLE DES HAUTES ÉTUDES EN SCIENCES SOCIALES (EHESS), « Coronavirus : Regards de l’EHESS. Revue de Presse », https://www.ehess.fr/fr/%C3%A9chos-recherche/coronavirus-regards-lehess

3. LEVI-STRAUSS Claude, « Introduction à l’œuvre de Marcel Mauss », in MAUSS Marcel, Sociologie et Anthropologie, PUF.

4. LÉVI-STRAUSS Claude, Campus. Émission spéciale pour la centième émission, France 2 Télévision, jeudi 17 février 2005. Laurent LEMIRE, rédacteur en chef.

5. LOYER Emmanuelle, Lévi-Strauss, A Biography, Polity, 2018. Traduction de par Ninon Vinsonneau et Jonathan Magidoff.

6. ÉCOLE DES HAUTES ÉTUDES EN SCIENCES SOCIALES (EHESS), « Coronavirus : Regards de l’EHESS. Revue de Presse », https://www.ehess.fr/fr/%C3%A9chos-recherche/coronavirus-regards-lehess

Le Réseau national des Maisons des Sciences de l’Homme (RNMSH) fédère actuellement 23 Maisons des Sciences de l’Homme (MSH). Chacune remplit quatre missions essentielles :

http://reseau-msh.fr/

•   Mission de déploiement, afin d’ancrer territorialement les dispositifs nationaux et de les valoriser.
•   Mission de mutualisation, en proposant des services mutualisés d’appui à la recherche.
•   Mission d’incubation, en organisant autour une logique de transversalité entre les initiatives de recherche.
•   Mission de fédération pour atteindre un poids scientifique suffisant (leadership national et visibilité internationale), et pour animer et structurer la communauté scientifique en Sciences humaines et sociales.

LÉGENDES DES ILLUSTRATIONS

  • École des Hautes Études en Sciences Sociales (EHESS) et la Fondation Maison des Sciences de l’Homme (FMSH). Façade des locaux occupés temporairement à l’angle de l’ Avenue de France/Avenue Vincent Auriol, Paris 12e, durant les travaux de désamiantage du site du boulevard Raspail, Paris, 19 mai 2016. © Photographie Bernard Mérigot/CAD.
  • « Pas de masque pour l’instant. Pas de gel H.A. pour l’instant. Pas de Gant pour l’instant. Pas de Thermomètre pour l’instant.» Porte d’entrée d’une Pharmacie. Savigny-sur-Orge (Essonne), 11 avril 2020. © Photographie Bernard Mérigot/CAD.
  • Perspectives sur le Coronavirus Covid-19, Carnet de l’École des Hautes Études et Sciences Sociales (EHESS), 17 avril 2020. https://www.ehess.fr/fr/carnet

La Lettre du lundi de Mieux Aborder l’Avenir
n°401, lundi 20 avril 2020

COMMENTAIRE du 20 avril 2020

Sur l’indifférence collective concernant l’abandon des malades dans les hôpitaux et l’absence de cérémonie pour leur inhumation (Coronavirus Covid-19, mars-avril 2020)

Une question

  • « Comment avons-nous pu accepter, seulement au nom d’un risque qu’il n’était pas possible de préciser, que les personnes qui nous sont chères et les êtres humains en général non seulement meurent seuls – chose qui n’était jamais arrivée auparavant dans l’histoire, d’Antigone à aujourd’hui – mais que leurs cadavres soient brûlés sans funérailles ? »
    AGAMBEN Giorgio, « Une question », Lundi matin, n°329, 20 avril 2020. https://lundi.am/Une-question Traduction française de Florence BALIQUE. Texte original italien publié sur le site Quodlibet, le 13 avril 2020 :https://www.quodlibet.it/giorgio-agamben-una-domanda

Un témoignage

  • YON Mathieu, « Je ne vous pardonnerai pas. « Comment osons-nous pousser des caddies et abandonner nos morts ? », Lundi matin, n°239, 13 avril 2020. https://lundi.am/Je-ne-vous-pardonnerai-pas
  • YON Mathieu, « Rite funéraire. Je ne sais pas comment on en est arrivé là : mettre les morts dans des sacs plastiques », Lundi Matin, n° 238, 20 avril 2020. https://lundi.am/Rite-funeraire-3044
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Référence du présent article : http://www.savigny-avenir.fr/2020/04/20/coronavirus-covid-19-en-quoi-les-recherches-en-sciences-humaines-et-sociales-sont-elles-utiles-ehess/

 

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Anthropologie des « fausses rumeurs ». Que faut-il penser de la dénonciation des « demi-experts » et des « faux-sachants » par Emmanuel Macron. (Blaise Pascal et Arnold Van Gennep)

« Évitez l’esprit de panique, de croire dans toutes les fausses rumeurs, les demi-experts ou les faux-sachants. La parole est claire, l’information est transparente et nous continuerons de la donner ». (1) Quel sens doit-on accorder à ce qui constitue à proprement parler une dénonciation, faite par le président de la République Emmanuel MACRON, lors de son allocution télévisée du 16 mars 2020, lors de laquelle il annonçait – sans prononcer une seule fois le mot – le « confinement » de la toute population française pour cause de Coronavirus Covid-19 ? Trois questions se posent.
•   De qui veut-il parler ?
•   Le pouvoir politique est-il en mesure de dire ce qu’est la vérité, que celle-ci soit politique ou scientifique ?
•   Qui peuvent bien être, à l’inverse des « demi-experts » et des « faux-sachants » qu’il dénonce, les
experts-entiers et les vrais-sachants ?

Emmanuel MACRON lors de son « Adresse aux Français  » 16 mars 2020. https://www.elysee.fr/emmanuel-macron/2020/03/16/adresse-aux-francais-covid19

DEMI-EXPERTS, FAUX-SACHANTS,
DEMI-SACHANTS, FAUX-EXPERTS

Le choix des deux formules de « demi-expert » et de « faux sachant » et l’effet de style produit par leur proximité immédiate ne relèvent ni de l’improvisation, ni du hasard.

  • Si Emmanuel MACRON peut parler de « demi-expert »,  cela veut dire que l’expertise peut être évaluée. Ou pourrait presque parler de quart d’expert, de tiers d’expert, de trois-quart d’expert, pour atteindre, dans l’absolu, le 100 % expert. Ce serait comme un réservoir de carburant sur un véhicule automobile. Mais qui évalue l’expertise ?
  • S’il peut parler de « faux-sachants », c’est que le savoir est trompeur. Il comporte deux régimes : le vrai savoir et le faux savoir, que ce soit pour ceux qui pensent savoir, ou qui prétendent savoir, ou bien ceux qui leur accordent du crédit. Mais qui fait la part entre le vrai savoir, et le faux savoir ?

Ce qui est embarrassant, c’est qu’en désignant des corrupteurs de l’opinion publique, c’est-à-dire des personnes physiques qui seraient incompétentes et ignorantes (des noms, des noms), Emmanuel MACRON s’inscrit dans la suite de l’antique accusation faite à SOCRATE de « corrompre la jeunesse » par son enseignement. Mais, en démocratie, est-ce au pouvoir politique majoritaire seul qu’il revient de définir la vérité scientifique ?

DEMI-SAVANTS ET DEMI-HABILES

On pense aux « demi-habiles » que Blaise PASCAL, orthographié « demy habiles » dans le manuscrit de ses Pensées. Le mot, formé à partir de demi (au sens d’incomplétude) et de habile (au sens de savant, intelligent) désigne une personne capable de débuter un raisonnement et qui s’arrête en cours de route, à la moitié, ne poussant pas la réflexion à son terme, et débouchant sur des conclusions imprécises ou erronées.

 « Le peuple a les opinions très saines. Par exemple (…) d’avoir choisi le divertissement, et la chasse plutôt que la prise. Les demi‑savants s’en moquent et triomphent à montrer là‑dessus la folie du monde ». (2)

Les demi-savants sont sans doute les demi-habiles. Mais l’expression demi-savant n’est pas originale, alors que demi-habile proposée par PASCAL appartient à une catégorie déjà évoquée par MONTAIGNE qui parle à ce propos de « mestis ». (3)

Il y a une différence entre les deux : le demi-savant sait peu, ou pas assez ; le demi-habile est quelqu’un qui comprend peu, ou pas assez, moins que ce qu’il faut pour être habile. Il ne s’agit ni de science, ni d’instruction, mais d’intelligence au sens ancien de compréhension.

« Le peuple honore les personnes de grande naissance. Les demi-habiles les méprisent, disant que la naissance n’est pas un avantage de la personne, mais du hasard. Les habiles les honorent, non par la pensée du peuple, mais par la pensée de derrière ». (4)

QUEL CRITÈRE PEUT DÉPARTAGER LE VRAI DU FAUX ?

L’ethnologue français Arnold VAN GENNEP (1873-1957) a publié en 1911 une théorie de ce qu’il a appelé les demi-savants. C’est pour lui un phénomène généralisé. Il écrit que les demi-savants « ont chacun pris possession d’un certain groupe de faits et possèdent la théorie et le maniement d’une ou de plusieurs méthodes scientifiques, mais ils les appliquent par-delà les limites normales ». (5)

Le demi-savant n’est pas ici quelqu’un qui ne va pas assez loin, mais, au contraire, quelqu’un qui va trop loin. Il fait dépasser les limites à son expérience, à ses concepts, à sa théorie. Il ne s’en rend pas compte – ou alors la chose lui est indifférente – il est « hors sol».

« Un demi-savant ne fait de mal qu’aux imbéciles, ce qu’aucune législation ne saurait admettre comme un crime, puisque la limite toucherait le Fait du Prince. Il nous faut la liberté de penser complète (…).(p. 11)

Les Demi-savants (1911)
d’Arnold VAN GENNEP.

Les Demi-savants sont un livre étonnant, que l’on serait tenté de classer un peu vite dans la rubrique « humour », alors qu’il s’agit d’un livre très élaboré et étonnement codé. Il porte comme sous-titre l’énumération suivante : « Esthétique comparée, Linguistique, Pathologie végétale, Biologie, Ethnographie, Folklore, Épigraphie, Anthropométrie, Critique littéraire, La Synthèse ». Pas de chapitre consacré à proprement parler à la politique, encore que… Nous retiendrons que Arnold VAN GENNEP a consacré un chapitre à l’épigraphie intégrale, ce qui ouvre des perspectives intéressantes (p. 113). Ce qui n’a pas échappé  à Nicole BELMONT. (Voir note  5)

LES PRATIQUES PATHOLOGIQUES DE LA VÉRITÉ

Jean-François BERT note que si Arnold VAN GENNEP se penche bel et bien sur des pratiques et des méthodes « pathologiques » des savants, « il dessine en creux, ce à quoi doit ressembler une « bonne » science. Alors que le savant ne voit dans une méthode qu’un outil imparfait, mais perfectible le demi-savant lui attribue une valeur absolue et définitive de clef magique » (p. 15). (6)

Pour le « 50%-savant », une partie de son savoir et de sa méthode incomplète lui suffit pour généraliser et conclure à une totalité : il est dans l’absolu. Tandis que pour « 100%-savant », son savoir et sa méthode l’incitent à la prudence critique : il est dans le relatif. Mais alors, que contient cette part manquante qui produit ces effets singuliers ? Ce serait l’incomplétude qui ferait le lit de l’imprudence.

A l’évidence Emmanuel MACRON fait un usage polémique, c’est-à-dire politique, des deux concepts de demi-savant et de faux-sachant. A qui pense-t-il ? A des opposants politiques ? A des scientifiques ? A qui s’adresse son irritation du moment ? A des invités de plateaux de télévision ? A des articles de médias ? Aux  réseaux sociaux ? Peut-il oublier qu’il est président de la République, ancien ministre des Finances, ancien fondé de pouvoir d’une grande banque privée, et que c’est l’ultralibéralisme mondialisé qui produit les conditions de diffusion médiatique de masse, fondées sur l’audience et le profit, et non sur le savoir, la  compétence et la vérité. Le pouvoir politique est-il fondé à s’étonner d’une situation dans laquelle la téléréalité est devenue un modèle éducatif et culturel ? Est-ce à lui, issu d’une majorité politique, de laisser entendre que des personnes – qu’il ne nomme pas – propagent le virus du mensonge scientifique ?

LE CONTEXTE DE L’INTERVENTION
D’EMMANUEL MACRON

Le contexte est particulier puisque c’est celui de l’annonce, le lundi 16 mars 2020 à 20 heures,  de la mise en confinement le lendemain mardi 17 mars 2020 à 12 heures, sur la totalité du territoire, des Français et des Françaises, pour une durée indéterminée, afin d’arrêter la propagation de l’épidémie de coronavirus Covid-19.

« Je sais que je vous demande de rester chez vous. Je vous demande aussi de garder le calme dans ce contexte. J’ai vu, ces dernières heures, des phénomènes de panique en tous sens. Nous devons tous avoir l’esprit de responsabilité. Il ne faut pas que les fausses informations circulent à tout va.
En restant chez vous, occupez-vous des proches qui sont dans votre appartement, dans votre maison. Donnez des nouvelles, prenez des nouvelles. Lisez, retrouvez aussi ce sens de l’essentiel. Je pense que c’est important dans les moments que nous vivons.
La culture, l’éducation, le sens des choses est important. Et évitez l’esprit de panique, de croire dans toutes les fausses rumeurs, les demi-experts ou les faux-sachants. La parole est claire, l’information est transparente et nous continuerons de la donner. »
(Voir note 1)

On relèvera que les « fausses rumeurs, demi-experts et faux-sachants » font partie du même dispositif de dénonciation de l’ignorance et du mensonge auquel Emmanuel MACRON oppose « la parole claire et l’information transparente ».

Extrait de Les Demi-savants (1911) d’Arnold VAN GENNEP (Mercure de France, 1911).
Page 4 de l’exemplaire numérisé par l’Université d’Ottawa. (Cote PQ 2613 E64D4).
http://archive.org/details/lesdemisavants00genn

Commentaire de l’illustration :  « J’en mors mon bouclier »

LA « FAUSSE RUMEUR » EST-IL UN OXYMORE ?

Lorsque Emmanuel MACRON demande aux Français d’ « éviter l’esprit de panique » et de ne pas « croire dans toutes les fausses rumeurs », il nous oblige à nous interroger. Existe-il de vraies rumeurs ? La question n’est pas simple. Le mot rumeur vient du latin rumor. C’est un « bruit vague », un « bruit qui court », une « nouvelle sans garantie ». On baigne là dans l’incertitude. C’est aussi un « bruit sans consistance », donc un mensonge. Un « bruit colporté », donc relevant de la malveillance, de la médisance, marqué par la volonté de dire du mal, de nuire, et d’atteindre à la réputation. On le voit, la rumor porte atteinte à la notion si importante pour les romains, la réputation, la fama.

Dès lors, il ne peut pas y avoir de « vraie » rumeur. Toute rumeur est un mensonge, soit en germe, soit abouti. La considérer comme pouvant contenir une part de vérité revient à accréditer la validité d’un mensonge. A ce sujet, rappelons que le fameux « il n’y a pas de fumée sans feu » est la plus perverse des rumeurs.

C’est pourquoi la « fausse rumeur », s’apparente à la figure de rhétorique de l’oxymore, qui consiste à associer deux mots de sens contradictoires. Autant la figure est admissible en poésie, autant elle contamine la pensée, quelle soit philosophique ou scientifique.

Au lieu de « fausse rumeur » il convient de parler tout simplement de « rumeur ». La fausse rumeur ne peut jamais détenir une vérité, puisqu’elle est porteuse par essence du mensonge. Telle est la remarque que pourrait faire par exemple, un membre de jury du grand oral de École nationale d’administration à un candidat qui emploierait cet oxymore.

CONCLUSION

La parole présidentielle n’est pas n’importe quelle parole. Elle est extraordinaire et son contenu est exorbitant.

Michel WIEVIORKA écrit que les « individus et les groupes se construisent comme acteurs, qu’ils puissent ou non faire des choix, s’inscrire dans des logiques d’action collective, inventer des mouvements sociaux ou culturels, contribuer à la mise en place, la transformation ou la destruction d’institutions, passer à la violence… » (7)

Ceux qui entendent cette parole, qui la répètent, qui la commentent… peuvent-ils tenir compte des multiples sur-investissements qui lui sont associés ? Elle est indissociable d’un double processus de subjectivation et de dé-subjectivation qui construit et qui transforme la conscience des acteurs.

  • La subjectivisation, qui conduit le sujet capable d’agir, car capable de penser comme acteur passant à l’acte.
  • La désubjectivisation, qui conduit, à l’inverse, vers des formes décomposées du sujet, vers l’anti-sujet et le non-sujet, vers des conduites de destruction et d’autodestruction.

C’est à-partir de ce processus que se prennent les décisions, décisions du pouvoir, et décisions du peuple, décisions d’adhérer, décisions de s’opposer, décisions de voter.

Bernard MÉRIGOT

RÉFÉRENCES

1. MACRON Emmanuel,« Adresse aux Français du Président de la République Emmanuel Macron », 16 mars 2020. https://www.elysee.fr/emmanuel-macron/2020/03/16/adresse-aux-francais-covid19
2. PASCAL Blaise, Fragment « Raisons des effets », n° 19 / 21.  Éditions de Port-Royal : Chap. XXIX – Pensées Morales : 1669 et janv. 1670 p. 277-278 / 1678 n° 11 p. 272. Éditions savantes : Faugère I, 179, VII / Havet V.14 et XXIV.37 / Michaut 465 et 466 / Brunschvicg 324 et 759 / Tourneur p. 192-1 / Le Guern 93 / Lafuma 101 et 102 / Sellier 134.
3. THIROUIN Laurent,
« Montaigne demi-habile ? Fonction du recours à Montaigne dans les Pensées », in MEURILLON Christian (dir.), Pascal. L’exercice de l’esprit, Revue des sciences humaines, 244, octobre-décembre 1996, p. 81-102.
4. PASCAL Blaise, Pensées et opuscules présentés par Léon Brunschwicg, Hachette, 1909, p. 485.
5. VAN GENNEP Arnold, Les Demi-savants,  Mercure de France, 1911, p. 7-8.
Sur Arnold VAN GENNEP (1873-1957), voir :
BELMONT Nicole,
Arnold Van Gennep, Le créateur de l’ethnographie française, Payot, 1974, 192 p.
6. BERT Jean-François,
« Contribution de Arnold Van Gennep à une histoire des pratiques savantes : Les Demi-savants », Archives et pratiques savantes, 31 mars 2015. https://aprasa.hypotheses.org/247
7. WIEVIORKA Michel, « Du concept de sujet à celui de subjectivation »,  Working Papers Series, Fondation Maison Sciences de l’Homme / Collège d’Études mondiales, n°16, juillet 2012. p. 6.

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LÉGENDES DES ILLUSTRATIONS

  • Emmanuel MACRON lors de son « Adresse aux Français » du Président de la République Emmanuel Macron », 16 mars 2020. https://www.elysee.fr/emmanuel-macron/2020/03/16/adresse-aux-francais-covid19
  • Les Demi-savants (1911) d’Arnold VAN GENNEP.
  • Extrait de Les Demi-savants (1911) d’Arnold VAN GENNEP (Mercure de France, 1911).  Page 4 de l’exemplaire numérisé par l’Université d’Ottawa. (Cote PQ 2613 E64D4). http://archive.org/details/lesdemisavants00genn

DOCUMENT

GUERRE OU CONFINEMENT ?
UNE ANALYSE TEXTUELLE
par Romain AUBÉ

« Dans l’allocution du 16 mars 2020 du président de la République, un signifiant a manqué : le « confinement ». La plupart des médias l’ont souligné, Emmanuel Macron n’a pas prononcé le mot. Ne nous attardons pas sur les hypothèses quant aux raisons de cette absence, prêtons plutôt attention à ce que cela implique au niveau logique, sémantique mais surtout syntaxique, pour une analyse textuelle.
Qu’une allocution ait vivoté autour d’un signifiant sans le nommer, ça a un poids. Du fait du refus de nomination, la valeur du Verbe – au sens religieux – n’a brillé que de son absence. Une autre nomination s’y est substituée : « guerre ». Si les deux termes peuvent être noués, l’un pouvant impliquer l’autre, et inversement, en revanche ici, l’un est tandis que l’autre n’est pas – s’entend, au niveau de la phrase.
Cette substitution d’un signifiant par un autre rappelle l’idée de métaphore introduite par Lacan en psychanalyse (1) à partir de l’enseignement de Roman Jakobson. Derrière le signifiant « guerre » se cacherait cet autre signifiant, « confinement ».
Seulement voilà, la phrase présidentielle exacte est : « Nous sommes en guerre », avec un nous auquel l’énonciateur se joint ; il en fait partie. Le confinement, en revanche, aurait pu désigner le peuple français par exclusion du chef de l’État, non qu’il le veuille, mais en tant qu’il l’impose à un autre par ordre et, ce faisant, s’en exclut – le maitre s’exclut de son ordre en tant qu’il l’énonce tout en s’y ignorant comme sujet. Cependant, en disant « nous sommes en guerre », il indique ne pas être à l’origine de la situation ; ça vient d’ailleurs. Cela fait du coronavirus un ennemi extime (2) – à la fois intime au peuple français et, en même temps, qui lui est complètement étranger du fait de son statut de virus.
Ici deux types de relation à la logique des ensembles pourraient se dessiner.
•    d’un côté, l’exclusion : vous êtes…, je vous l’impose, qui laisse sous-entendre que le je s’en excepte,
•    de l’autre, l’inclusion : nous sommes (comprenant le je suis et le vous êtes) dans l’ensemble et on exclut l’ennemi intime ; pour faire tenir l’ensemble, on fait de cet ennemi un au-moins-un qui en est exclu.
L’idée de guerre, au-delà du champ lexical de ce terme, implique ainsi une autre dynamique que celle de confinement, puisqu’elle invite les citoyens (devenus téléspectateurs ou auditeurs) à se mobiliser, ensemble, à l’endroit d’un ennemi commun et intime pour l’exclure de l’ensemble. Si la question de l’énonciation retenue peut se discuter, on remarque ce qu’elle implique : se faire force contre. »
NOTES DU DOCUMENT
1. Macron E., « Allocution aux Français », 16 mars 2020, disponible sur internet.
2. Cf. sur ce point : Demagny X., « “Décret de confinement”, “couvre-feu”, “armée” : ces messages WhatsApp reposent sur de fausses infos », France Inter, 16 mars 2020, disponible sur internet.
3.
Cf. entre autres disponibles sur internet :
Beaumont O. & Shuck N., « Coronavirus : pourquoi Macron n’a pas parlé de ‘‘confinement’’ lundi soir », Le Parisien, 17 mars 2020 ;
Le Vern R., « ‘‘Confinement’’ : pourquoi Emmanuel Macron n’a pas prononcé ce mot pendant son allocution », LCI, 17 mars 2020 ;
Duguet M., « ‘‘Une erreur stratégique de ne pas dire ‘‘confinement’’ pour combattre le coronavirus : pourquoi le discours d’Emmanuel Macron est critiqué », France info, 17 mars 2020.
4.
Cf. Lacan J., « L’instance de la lettre dans l’inconscient ou la raison depuis Freud », Écrits, Paris, Seuil, 1966, p. 493-528 & Le Séminaire, livre III, Les Psychoses, texte établi par J.-A. Miller, Paris, Seuil, 1981, p. 243-262.
RÉFÉRENCES DU DOCUMENT
AUBÉ Romain,
« Guerre ou confinement. Une anayse textuelle, Lacan Quotidien, n°875, 22 mars 2020. https://www.lacanquotidien.fr/blog/wp-content/uploads/2020/03/LQ-875.pdf

Commentaire du 9 mai 2020

Experts, Grands experts, Petits experts, Soi-disant experts, Faux experts
par Claude MALHURET, sénateur de l’Allier

Déconfiner ou ne pas déconfiner, telle est la question !
Je suis fasciné de découvrir que nous avons autant d’experts pour y répondre sur toutes nos chaînes de télévision : les grands experts, très assurés ; les petits experts, qui manquent d’expérience sur Zoom et dont on ne voit que le nez, le menton et les lunettes en gros plan ; les soi-disant experts, qui répètent ce qu’ils ont entendu une heure avant sur une autre chaîne ou à la radio ; et, enfin, les faux experts qui lancent des craques en espérant faire le buzz.
À force de tous les regarder, j’ai découvert un théorème, que je vous propose : plus il y a d’experts, moins on comprend.
Heureusement, il reste les politiques ! J’ai suivi le débat à l’Assemblée nationale, mercredi dernier, monsieur le Premier ministre. Il y a là-bas des virtuoses du coronavirus. Ils vous ont expliqué ce qu’il fallait faire hier et ce qu’il n’aurait pas fallu faire, ce qu’il faut faire aujourd’hui et ce qu’il faudra faire demain.
Je revois encore le professeur Mélenchon, de la faculté de médecine de La Havane, pointer sur vous un doigt vengeur et vous lancer d’une voix de stentor : « Il y aura un deuxième pic de l’épidémie, et vous le savez ! » Impressionnant ! J’étais au bord du retweet !
Devant tant de recommandations de spécialistes, je n’ose pas vous proposer les miennes, moi qui ne suis qu’un simple médecin épidémiologiste.
RÉFÉRENCES DE L’EXTRAIT
MALHURET Claude, Intervention, Stratégie nationale du plan de déconfinement dans le cadre de la lutte contre l’épidémie de Covid-19. – Débat et vote sur une déclaration du Gouvernement, Séance publique du Sénat du 4 mai 2020, Compte rendu intégral des débats. http://www.senat.fr/seances/s202005/s20200504/s20200504002.html – orat5
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Référence du présent article : http://www.savigny-avenir.fr/2020/03/23/anthropologie-des-fausses-rumeurs-que-faut-il-penser-de-la-denonciation-des-demi-experts-et-des-faux-sachants-par-emmanuel-macron-blaise-pascal-et-arnold-v/

 

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L’anthropologie et les sciences sociales convoquées pour la recherche sur la crise du Coronavirus Covid-19 (Agence nationale pour la Recherche, ANR)

LA LETTRE DU LUNDI DE MIEUX ABORDER L’AVENIR, n°397, lundi 23 mars 2020

Le pouvoir politique fait un usage politique permanent de la science et des scientifiques selon trois modes :  1. il fonde ses décisions sur l’avis de scientifiques, 2. il ignore leurs avis, 3. il dénigre les avis des scientifiques ( de très nombreux exemples existent).
La crise du Coronavirus Covid-19 (2020) nous fait assister à un duel paradoxal entre les politiques et les scientifiques. C’est de stade n°1 qui est pratiqué à ce jour : le président de la République, le Premier ministre, les ministres, et l’administration… justifient leurs décisions politiques par leur conformité avec des avis scientifiques. Il s’agit d’une pratique d’instrumentalisation.
Dans cette perspective, il est intéressant de se pencher sur
les priorités que les scientifiques de l’Agence nationale de la Recherche (ANR) ont fixées dans l’appel à projet qu’ils ont lancé sur le COVID-19
(coronavirus disease 2019) le 3 mars 2020.

« Dans le cadre de la pandémie Covid-19 ». Affiche de la SNCF, ligne RER C, 17 mars 2020.
© Photographie Bernard Mérigot / CAD

CHRONOLOGIES SCIENTIFIQUES ET
CHRONOLOGIES POLITIQUES

Nous sommes en présence de plusieurs chronologies qui se mêlent, celle des évènements, celle des expertises, celle des décisions politiques, celle des recherches. Elles se croisent sans communiquer pas pour plusieurs raisons.

  • La première, du fait évident qu’aucune connaissance politique, prise au sens de « Que faut-il faire au cas où ? », ne préexiste à des évènements qui ne se sont pas encore produits.
    On a toujours des difficultés à se replacer, lorsque des évènements sont passés, dans le contexte d’ignorance politique du moment. On a souvent l’habitude de projeter les connaissances du moment sur une période où elles étaient ignorées.
  • La seconde, du fait de ce qui préexiste, c’est-à-dire à la fois l’expérience acquise, la recherche qui est faite sur sa pratique, et les conclusions qui en sont tirées, servent rarement à la prise par anticipation de décisions.
    Comme s’il fallait attendre que ce qui arrive soit là pour être capable se mettre à penser à ce qu’il faut faire.

Le 31 décembre 2019, les premiers cas suspects de patients atteints d’une pneumonie d’étiologie inconnue sont signalés dans la ville de Wuhan, en Chine (qui compte environ 11 millions d’habitants). Le foyer initial est lié au marché de Huanan Seafood, qui vend du poisson et des fruits de mer ainsi que d’autres animaux, vivants et morts. Ainsi, l’hypothèse d’une zoonose (maladie et infection dont les agents se transmettent naturellement des animaux vertébrés à l’être humain, et vice-versa), avec un réservoir d’origine animale, est émise dès le début de l’épidémie qui amène à créer un cluster (regroupement) initial à Wuhan qui compte 41 patients, confirmés par un test PCR spécifique.

  • L’agent pathogène est un nouveau coronavirus, appelé SARS-CoV-2. Sa découverte est annoncée officiellement le 7 janvier 2020 par les autorités sanitaires chinoises et l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS).
  • Deux jours plus tard, le 9 janvier 2020, un premier décès est signalé par les autorités chinoises. La transmission interhumaine du virus est officiellement confirmée par l’OMS le 23 janvier 2020.

Pour la France, la situation épidémiologique peut être suivie en permanence (pour sa part publique) sur le site de Santé Publique France : https://www.santepubliquefrance.fr

MONDIALISATION DU VIRUS
ET MONDIALISATION DE LA RECHERCHE

Le 30 janvier 2020, le Comité d’urgence du Règlement Sanitaire International (RSI), convoqué à la demande du Directeur Général de l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS), déclare que cette épidémie constitue une urgence de santé publique de portée internationale.

Les 12 et 13 février 2020, des experts internationaux dans le domaine de la santé se réunissent au siège de l’OMS à Genève pour évaluer le niveau actuel des connaissances sur la nouvelle maladie à coronavirus 2019 (COVID-2019), repérer les lacunes et définir des priorités de recherche immédiates. Ce forum, d’une durée de deux jours, organisé en collaboration avec le GLOPID-R (Global Research Collaboration for Infectious Disease Preparedness), aborde tous les aspects de l’épidémie et les moyens de la maîtriser :

  • l’histoire naturelle et le mode de transmission du virus, ainsi que le diagnostic de l’infection,
  • les travaux de recherche sur l’animal et l’environnement portant sur l’origine du virus, y compris les mesures de prise en charge à l’interface homme-animal,
  • les études épidémiologiques,
  • la caractérisation clinique et la prise en charge de la maladie causée par le virus,
  • la lutte contre l’infection, y compris les moyens les meilleurs de protéger les agents de santé,
  • la recherche-développement de traitements et vaccins candidats,
  • les considérations d’éthique relatives à la recherche,
  • la prise en compte des sciences sociales dans la riposte.

LE VIRUS EN FRANCE

Pour sa part, la recherche française a lancé plusieurs programmes de recherche. Autant on pense aux disciplines relevant des sciences dures (virologie, médecine…), autant les sciences humaines et sociales sont souvent oubliées, alors que les travaux d’anthropologie (comme par exemple, sur l’épidémie Ebola 2015 ont montré leur pertinence et leur utilité).
Ici, les sciences sociales sont « associées à la réponse » pour ce qui concerne les enjeux politiques, l’éthique de la recherche et des droits humains, les représentations, les perceptions, les attitudes et les comportements relatifs à l’épidémie.

L’appel à projet de l’Agence nationale de la Recherche, comprend trois domaines de priorité.

APPEL À PROJETS FLASH COVID-19
6 mars 2020.

  • 1. Études épidémiologiques et translationnelles. Histoire naturelle de la maladie (y compris les facteurs anthropiques) et le mode de transmission du virus
    •   Diagnostic de l’infection, du portage asymptomatique, de l’évolution de la réponse immune
    •   Caractérisation clinique et prise en charge
    •   Modèles numériques prédictifs et rétrospectifs
  • 2. Physiopathogénie de la maladie (interactions virus-hôte et réponse immune)

•   Développement de modèles animaux et cellulaires
•  
Cibles thérapeutiques et modèles d’évaluation de candidats médicaments (n’incluant pas les vaccins)

  • 3. Mesures de prévention et de contrôle de l’infection en milieu de soins (y compris les meilleurs moyens de protéger les agents de santé) et en milieux communautaires

 •   Vulnérabilité et résilience des personnes, des collectifs et des organisations
• Conditions d’efficience et conditions réelles de mise en oeuvre des actions d’information, de prévention, de soin et de lutte
•  
Évaluation et modélisation de l’impact épidémiologique, économique et financier de l’épidémie et des mesures de prévention et de contrôle

  • 4. Éthique – Sciences humaines et sociales sont associées à la réponse

•   Enjeux géopolitiques
•   Éthique de la recherche et du soin et droits humains
•   Représentations, perceptions, attitudes, comportements relatifs à l’épidémie
•   Organisation des soins, politique de santé et acceptabilité des décisions

RÉFÉRENCES
1. AGENCE NATIONALE DE LA RECHERCHE (ANR),
« Appel à projets Flash COVID-19 », 6 mars 2020. https://anr.fr/fr/detail/call/appel-a-projets-flash-covid-19/

LÉGENDES DES ILLUSTRATIONS

  • « Dans le cadre de la pandémie Covid-19 ». Affiche de la SNCF, ligne RER C, 17 mars 2020. © Photographie Bernard Mérigot / CAD

La Lettre du lundi de Mieux Aborder l’Avenir
n°397, lundi 23 mars 2020

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Référence du présent article : http://www.savigny-avenir.fr/2020/03/23/lanthropologie-et-les-sciences-sociales-convoquees-pour-la-recherche-sur-la-crise-du-coronavirus-covid-19-agence-nationale-pour-la-recherche-anr/
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ENEDIS annule les rendez-vous… avec ceux qui refusent l’installation d’un compteur Linky

Peut-on reporter un rendez-vous qui n’existe pas ?  La réponse est non. Et bien c’est ce que fait ENEDIS, par l’intermédiaire de Ok Service, un prestataire de services chargé d’imposer coûte que coûte l’installation de compteurs électriques Linky au domicile à ceux qui le refusent. 

ENEDIS / Ok Service reporte les rendez-vous pour installer de force des compteurs Linky à ceux qui les refusent, sous le faux prétexte de « situation sanitaire » liée au confinement Coronavirus Covid-19.

ENEDIS / Ok Service reporte les rendez-vous fixés abusivement pour installer de force des compteurs Linky à ceux qui les refusent. Il se sert pour cela du prétexte de la « situation sanitaire » liée au confinement Coronavirus Covid-19 décidé depuis le mardi 17 mars 2020. Il n’annule pas, il reporte – nuance – des rendez-vous qui n’ont jamais eu l’accord des  abonnés.

Rappelons que le remplacement du compteur électrique actuel par un compteur Linky n’est absolument pas obligatoire. Cela a encore été confirmé, une nouvelle foi, par le jugement de la Cour d’Appel de Grenoble le 10 mars 2020.

Ok Service, est un des prestataires d’ENEDIS qui harcèle les abonnés pour installer les compteurs électriques Linky, y compris ceux qui en refuse la pose. Un remplacement qui rappelons-le n’est pas obligatoire.

LÉGENDES DES ILLUSTRATIONS

  • ENEDIS / Ok Service reporte les rendez-vous pour installer de force des compteurs Linky à ceux qui les refusent, sous le faux prétexte de « situation sanitaire » liée au confinement Coronavirus Covid-19.
  • Ok Service, est un des prestataires d’ENEDIS qui harcèle les abonnés pour installer les compteurs électriques Linky, y compris ceux qui en refuse la pose. Un remplacement qui rappelons-le n’est pas obligatoire.

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Référence du présent article :

 

 

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Élections municipales 2020 sous Coronavirus COVID-19. Voter peut-elle être une activité à risque ?

« Les élections municipales constituent un moment de respiration démocratique essentiel. Il n’est donc aucunement question de les reporter », ainsi s’exprime le premier ministre Édouard PHILIPPE dans la lettre qu’il adresse en date du 7 mars 2020 à « Mesdames et Messieurs les Maires de France » à la veille des deux dimanches de scrutin des 15 et 22 mars 2020. (1) Qu’entend-il par « moment de respiration démocratique essentiel » ?

Élections municipales 2020 sans électeurs.
Dessin de Willem, extrait de Libération, 11 mars 2019, p. 21.

LE SÉRIEUX N’EMPÊCHE PAS LA CRITIQUE

Le sujet du Coronavirus COVID-19 impose le sérieux. En ce mois de mars 2020, dans tous les pays du monde, des hommes et des femmes en sont atteints, sont malades et en meurent. Le sérieux qui s’impose à l’égard de cette situation ne saurait impliquer que l’on se fasse compulsionnellement les échos des informations et des commentaires faits par les autorités, manifestant ainsi une adhésion de fait à leur égard.
La contrainte de la gravité de la situation ne saurait ni nous obliger à admettre comme légitimes, sans examen critique, ni à prendre pour vrai, tout ce qui est dit par les élus, les administrations, les médias, les réseaux sociaux. Dans cette circonstance, répéter automatiquement ce l’on entend, ce qu’on voit à la télévision et ce qu’on lit sur les réseaux sociaux, sans porter aucune attention critique aux sources, et à leur contexte, revient à reproduire d’une façon insidieuse, le processus pernicieux de la propagation des rumeurs.

MOURIR « RASSURÉ »

A ce propos, il serait intéressant de retrouver les journalistes – et ils sont plusieurs – qui ont tranquillement propagé à la fin du mois de janvier 2020, au sortir de plusieurs conférences de presse où l’autorité médicale était utilisée comme moyen de propagande, les propos selon lesquels le virus de la grippe apparu en janvier 2020 en Chine, dans la région de Wuhan, présentait trois caractéristiques :

  • 1. La contagiosité (la transmissibilité) du coronavirus COVID-19 (2020) est plus grande que celle de la précédente pandémie de grippe A H1N1 (2009-2010).
  • 2. Mais sa létalité (la dangerosité) est moindre.
  • 3. Donc, on peut être rassuré : c’est moins grave en 2020 qu’en 2009.

Ce merveilleux syllogisme répondait d’une façon servile à l’impératif autoritaire selon lequel il faut à tout prix « rassurer l’opinion ». De telles spéculations admirables aboutissent à des prévisions fausses, contredites par les faits. S’agit-il de tristes mensonges politiques amplifiés par les médias ? Ou de tristes mensonges médiatiques amplifiés par les politiques ? Une certitude : ceux qui ont attrapés le coronavirus COVID-19 et qui en sont morts, ont donc quitté notre monde en étant rassurés.

LES ÉLECTIONS :
UN MOMENT DE RESPIRATION DÉMOCRATIQUE ESSENTIEL

Le premier ministre Édouard PHILIPPE, dans la lettre adressée aux maires, évoque les élections municipales des 15 et 22 mars 2020 comme un moment de respiration démocratique essentiel (MRDE). Curieuse justification. Curieux concept qui, en d’autres circonstances, permettrait d’ironiser (mais l’heure est-elle à l’ironie ?) : il vaut mieux respirer la démocratie que respirer un virus. A moins que les deux fonctions se trouvent associées à l’occasion des élections municipales ? Le Premier ministre, candidat tête de liste pour la mairie de Rouen, dit que la démocratie a besoin d’élections, et qu’il est normal de prendre des risques pour voter. Soit. Mais jusqu’où ? Au péril de sa santé ou de sa vie ? Ou de celle des autres ?

Lettre du premier ministre Édouard PHILIPPE à «Mesdames et messieurs les maires de France»
en date du 7 mars 2020 sur les élections municipales du 15 mars et du 22 mars 2020.

LA RESPIRATION DE LA DÉMOCRATIE
RELÈVE DE LA SPIRITUALITÉ

La lettre du Premier ministre contient d’étonnantes notions relevant de prescriptions matérielles de la médecine et de l’hygiène. Chacune possède une dimension spirituelle : les « mesures barrières », le fait de porter un masque « avec discernement », la nécessaire discipline pour se plier à la « gestion des files d’attente », l’attention portée aux « surfaces de contact ». Comme le relève Bruno-Marie DUFFÉ, secrétaire du dicastère pour le Développement humain au Vatican, « le mot spiritualité vient du latin spiro, « respirer ». Pour lui « Il n’y a pas de lien social sans souffle et sans inspiration. Ils sont indispensables à la dimension communautaire de la vie. C’est un besoin quasi-vital. » (2)

 LE BUREAU DE VOTE CORONAVIRUS COVID-19

Le ministre de l’Intérieur Christophe CASTANER prend le relais deux jours plus tard. Nous sommes alors à J- 5 du jour du vote. Dans une lettre en date du 9 mars adressée aux maires, il détaille l’ « organisation des élections municipales des 15 et 22 mars 2020 en situation d’épidémie de coronavirus COVID-19 ». On découvre en page 8 de cette lettre un curieux dessin représentant le bureau de vote type.

« Exemple d’organisation d’un bureau de vote Covid-19. Limite de zone de confidentialité. Marquage au sol de la file d’attente ». Extrait de la lettre du ministre de l’Intérieur Christophe CASTANER en date du 9 mars 2020 adressée à Mesdames et Messieurs les maires portant « Organisation des élections municipales des 15 et 22 mars 2020 en situation d’épidémie de coronavarius COVID-19».

D’abord la salle est immense. Beaucoup de communes ne disposent pas de tels locaux pour installer tous leurs bureaux de vote. Elle est organisée à la façon d’une chaîne de fabrication standardisée, comme dans une usine, sur le mode « division internationale du travail » (DIT) et « décomposition internationale du processus productif » (DIPP). On entre à gauche, et ont ressort à droite. Est-ce que tous les bureaux de vote disposent d’une entrée et d’une sortie distincte ?
Les marques au sol transforment le bureau de vote en parking, ou en piste d’atterrissage d’aéroport. Les électeurs sont comme des automobiles ou des avions : passer à tel endroit, s’arrêter, attendre, avancer, tourner à droite… On imagine qu’une tour de contrôle invisible régule ce trafic. De nouvelles caméras à installer, peut-être…

  • Entrée. Il faut monter trois marches. Le ministère de l’Intérieur représente un bureau de vote qui ne respecte pas la réglementation en faveur de l’accès dans les locaux publics des personnes à mobilité réduite.
  • Une fois à l’intérieur, un flacon de solution hydro-alcoolique pour se désinfecter les mains.
  • Premier arrêt sur la bande noire et jaune. Présentation de la carte d’électeur et de la pièce d’identité.
  • Second arrêt sur la bande  noire et jaune. Choix des bulletins de vote et d’une enveloppe. Les deux tables de décharge comportent, pour la première 5 x 3 = 15 tas, et pour la seconde, 5 x 6 = 18 tas, soit au total 33 tas. Ils sont bleus et doivent représenter soit des bulletins de vote, soit des enveloppes.
  • Troisième arrêt sur la bande noire et jaune. Passage par l’isoloir, sans rideau, tourné vers le mur.
  • Quatrième arrêt sur la bande noire et jaune. Présentation de la carte d’électeur et de la pièce d’identité. Dépôt de l’enveloppe dans l’urne. Deuxième présentation de la carte d’électeur et de la pièce d’identité. Tiens, ils ont oublié la signature du registre avec un stylo noir ou bleu appartenant à l’électeur ou prêté par la commune le temps de signer puis déposé dans un bac afin qu’il soit désinfecté par les agents territoriaux à l’issue du scrutin.
  • Sortie. C’est fini.

Les fenêtres sont grandes ouvertes. Inciter à l’aération du bureau de vote qui est ouvert au scrutin du public durant 12 heures (de 8 heures à 20 heures dans les grandes villes, plus le dépouillement jusqu’aux environs de 22 heures…), et dans lequel des centaines de personnes se succèderont, est une bonne idée. Les élections municipales ont lieu les 15 et 22 mars (le 15, on est encore en hiver, et le 22 on est au printemps qui débute le 20 mars). Du fait de la température, il est peu probable que ces fenêtres restent ouvertes toute la journée. L’aération, le renouvellement d’air et la ventilation (VMC), donc ce sujet de chauffage/climatisation (récupération de chaleur) des locaux publics recevant du public est une question d’hygiène qui n’a pas encore été prise en compte comme elle le devrait. Nombre d’assemblées se tiennent durant de longues heures dans des locaux dont l’atmosphère est confinée et où l’oxygène manque. L’air humide est propice à la prolifération de tous les germes.

Le style du dessin nous plonge dans un univers de jeu vidéo ou de dessin animé. On attend que les petits personnages se mettent en mouvement comme dans le fameux spot de publicité d’AREVA qui présentait la construction d’un chantier de construction d’usine nucléaire sur la célèbre musique Funkytown (1980) du groupe de musique disco américain Lipps Inc. Parvenu en tête des hits parades, il reçut un disque de platine. On entend le son syncopé, avec une mélodie qui prend le relais, créant une continuité saccadée. C’est comme une usine, une chaîne de fabrication. Les actions humaines sont prises dans un automatisme de production. https://www.youtube.com/watch?v=E3B__ovj2jU (3)

Extrait du spot de publicité d’AREVA sur la musique Funkytown (1980) de Lipps Inc.
https://www.youtube.com/watch?v=E3B__ovj2jU

UN SUFFRAGE N’EST PAS UN ACTE DE FOI

Selon le philosophe Gaultier BÈS, lorsqu’on écoute les candidats aux élections et leurs partisans, on a l’impression, qu’il s’agisse d’un pays, d’une région, d’un département, d’une commune…, que le sort du monde est en jeu. Ce dernier « dépend d’un bulletin de vote » , « chaque programme est l’unique chemin de la vérité ». L’enjeu, ce n’est pas le destin du monde, c’est le destin de ma candidature, le destin de ma liste, mon destin personnel. La prétention est formidable : le « bon vote » n’est rien de moins qu’une façon de dire : « Votez pour moi, pour ma liste, pour mon ami du moment, pour mon parti… ». Comment admettre que de ce choix – qui n’en est pas un – pourrait « jaillir la lumière» ? (4)

Pour lui, la rhétorique électorale possède une dimension messianique, voire eschatologique. Il pense que les chrétiens ont un rôle particulier à jouer l’égard de la démocratie dont Henri BERGSON, dans la suite de Jacques MARITAIN, disait qu’elle était d’ « essence évangélique », ayant pour mission d’être la garante de la laïcité, plus précisément, de « rendre à Dieu ce qui est à Dieu et à César ce qui est à César ». Il appartient alors à chacun de voter ou de ne pas voter, « mais sans confondre la politique et la providence : un suffrage n’est pas un acte de foi, la politique ne se réduit pas à des promesses et à des programmes ».

LA DÉMOCRATIE  LOCALE
EST-ELLE UN MYTHE ?

Il faut faire une analyse critique de l’idée émise par le Premier ministre selon laquelle les élections municipales « constituent dans la vie des territoires un moment de respiration démocratique essentiel ».

Le concept de moment de respiration démocratique essentiel (MRDE) s’inscrit dans un courant de pensée majoritaire chez les élus locaux et dans l’appareil d’État, selon lequel il existe une osmose entre  la politique locale et la la pratique de la démocratie. Elle en constitue le terreau, le domaine d’excellence. Et si c’était un mythe ?
Rémi LEFEVRE, professeur de Sciences politiques, rappelle qu’il existe une « idéologie de la proximité » associée à l’idée que les Français demeurent attachés à leur commune, alors que « le lien au local tend à s’affaiblir sous le double effet de la métropolisation et de la périurbanisation : les individus se définissent de moins en moins par rapport à leur lieu d’habitation ». (5) Il cite plusieurs exemples :

  • 50 % des Français ne connaissent pas le nom de leur maire,
  • l’abstention grandissante lors des différents scrutins est une conséquence du désaveu des Français et des Françaises pour la politique,
  • l’élection de certains maires dans des villes populaires repose sur des segments de plus en plus faibles de la population (souvent, moins de 10 % de l’électorat, comme à Roubaix , ville de 100 000 habitants, où la liste du maire a été élue en 2014 par 17 000 votants).

CONCLUSION

Les crises, aussi tragiques et pénibles soient-elles, ont deux avantages : 1. celui de révéler les situations antérieures, latentes, admises par tous, et que personne n’avait diagnostiqué avant, et 2. celui de produire des moyens pour leur résister, et lorsque c’est possible, les surmonter. Le rôle des sciences humaines et sociales est de faire l’analyse des discours, des actions et des stratégies individuelles et collectives mises en œuvre.

Le début de l’année 2020 confronte le monde entier à deux ordres de réalité :

  • la réalité de l’actualité de l’épidémie du coronavirus Covid-19,
  • la réalité des décisions politiques qui lui sont apportées.

Ces deux ordres se télescopent et se mêlent, touchant tous les aspects de la vie sociale, au sein de laquelle se trouve le fonctionnement de la démocratie politique.

Le traitement par le pouvoir politique de l’évènement que constituent les élections municipales des dimanches 15 et 22 mars 2020 confronte les citoyens-électeurs (c’est-à-dire ceux qui sont inscrits sur les listes électorales) à un dilemme :

  • Voter, est-ce prendre un risque pour sa santé et pour celle des autres ?
  • Ne pas voter, est-ce faire prendre un risque à la démocratie locale ?

Répondre oui aux deux questions, est le cas d’insolubilité maximale, parce qu’il faut tenir compte du fait qu’un virus peut toujours en cacher d’autres, comme les réalités matérielles cachent les réalités symboliques. La démocratie, elle aussi, est atteinte par des virus : les virus institutionnels.

  • Le gouvernement, atteint par le virus de l’ omni-compétence absolue, qui croit qu’il sait tout sur tout, que les autres ont tort, et qu’il peut trouver tout seul les solutions pour l’ensemble du corps social. L’exercice du pouvoir n’a jamais consisté pas à remporter les jours le grand oral de l’ENA. La gouvernance démocratique doit apprendre la modestie dans  les analyses et les décisions.
  • L’état et l’administration, atteints par le virus « des messages à faire passer », au cours d’innombrables conférences de presse, matinales des chaines de radios et plateaux télévisés, qui consistent essentiellement à annoncer des mesures, à faire faire croire qu’il fait, davantage que faire réellement,
  • La santé publique atteinte par divers virus : service des urgences des hôpitaux, nombre de lits, le système de soins, nombre et la répartition des médecins, rémunération des infirmières, pénurie (en France) de médicaments et de matériels médicaux fabriqués (en Chine),
  • Les communes atteintes par divers virus : finances, compétences retirées au profit des intercommunalités, désengagements constants de l’État, privatisation des services publics…

Les communes seraient « porteuses saines » de plusieurs virus. Elles sont atteintes, transmettent des maladies, mais sont encore vivantes. On peut citer au moins deux de ces virus : l’intercommunalovirus et le métropolavirus. On élit des conseillers municipaux qui élisent les maires.
Le problème, c’est que les communes ont de moins en moins de pouvoirs et décident de moins en moins de choses, au profit des intercommunalités, des établissements publics de coopération intercommunale (EPT) et des métropoles.

Alors, voter peut-elle être une activité à risque ?

Ce que nous voyons aujourd’hui, très matériellement, c’est qu’un bureau de vote est le lieu concret d’une pratique sociale : celle d’une fonction démocratique fondée sur le principe du « tout le monde ». Il se trouve pris par un récit, une fiction, une mise en scène. Il est l’objet d’une construction imaginaire, scénarisée. Ce que l’on en montre n’est pas ce qu’il s’y passe. Il se transforme en un lieu de tournage d’une nouvelle téléréalité.

Téléréalité : virus majeur apparu à la fin du XXe siècle sur les écrans, et désormais présent sur les réseaux sociaux.

Bernard MÉRIGOT

RÉFÉRENCES

1. PHILIPPE Édouard, « Lettre du Premier ministre à Mesdames et Messieurs les maires de France (sur les élections municipales du 15 mars et du 22 mars 2020) », 7 mars 2020.
2. DUFFÉ Bruno-Marie, « Message pour la Journée mondiale de la Paix 2020. L’éclairage de Mgr. Bruno-Marie DUFFÉ », Vatican News, 12 décembre 2019. https://www.youtube.com/watch?v=bLsXHsAArjo
HERRMANN Mahaut, « Bruno-Marie Duffé, un théologien social et éthique au Vatican », La Vie, 27 juin 2017,
http://www.lavie.fr/actualite/portraits/bruno-marie-duffe-un-theologien-social-et-ethique-au-vatican-27-06-2017-83174_63.php
3.
Comment traduire « Funkytown » ? Le mot est formé à partir de funk, genre musical qui a émergé aux États-Unis vers le milieu des années 1960 pour se développer jusqu’aux années 1970. Issu de soul et du jazz, le funk se caractérise par une prédominance de la section rythmique (guitare, basse, batterie) qui joue des motifs syncopés, la présence de cuivres et de saxophones sur des ponctuations de riffs.
Funky
, en argot anglo-américain, signifie littéralement « puant », « qui sent la sueur ». C’est une insulte qui était traditionnellement adressée aux noirs par les blancs. Funkytown, ce serait la « ville puante ». Ce détour pour arriver à cette question : la génération des années 1980 qui a dansé dans les boîtes de nuit au rythme de ce morceau connaissait-elle le sens de son titre ?
4. CASTANER Christophe, « Lettre du ministre de l’Intérieur à Mesdames et Messieurs les maires sur l’organisation des élections municipales des 15 et 22 mars 2020 en situation d’épidémie de Coronavirus COVID-19 », 9 mars 2020.
5. BÈS Gaultier, « Voter, acte de foi ? »,
http://revuelimite.fr/lce24-lentre-deux-sour
6. LEFEBVRE Rémi, « La politique locale n’est pas un eldorado démocratique », Libération, 11 mars 2020, p. 20.
LEFEBVRE Rémi, Municipales. Quels enjeux démocratiques ?, La Documentation française, 2020, 167 p.

LÉGENDE DES ILLUSTRATIONS

  • Élections municipales 2020 sans électeurs. Dessin de Willem, extrait de Libération, 11 mars 2019, p. 21.
  • Lettre du Premier ministre Édouard PHILIPPE à «Mesdames et messieurs les maires de France» en date du 7 mars 2020 sur les élections municipales du 15 mars et du 22 mars 2020.
  • « Exemple d’organisation d’un bureau de vote Covid-19. Limite de zone de confidentialité. Marquage au sol de la file d’attente ». Extrait de la lettre du ministre de l’Intérieur Christophe CASTANER en date du 9 mars 2020 adressée à Mesdames et Messieurs les maires portant « Organisation des élections municipales des 15 et 22 mars 2020 en situation d’épidémie de coronovarius COVID-19».

COMMENTAIRE du 13 mars 2020

Les limites du non-contradictoire sont sans cesse repoussées. Passionnant article sur l’imaginaire citoyen imposé aux citoyens par l’État et qui se dévoile dans ce moment de crise. Seule la science fiction est en mesure de penser l’enchaînement des causes et des effets, du certain et de l’incertain, du prévisible et de l’imprévisible. Reste à déterminer la frontière du non-contradictoire qui, sans cesse, réduit le territoire du contradictoire.

A propos de la même catégorie des « personnes âgées de plus de 70 ans, à celles et ceux qui souffrent de maladies chroniques ou de troubles respiratoires, aux personnes en situation de handicap»

  • Injonction n°1.
  • « Rester autant que possible à son domicile ».
  • Injonction n°2.
  • « Rien ne s’oppose à ce que les Français, même les plus vulnérables, se rendent aux urnes. »


Doit-on suivre l’injonction n° 1 ou l’injonction n° 2 ? Moi, c’est ce que j’appelle de la dissonance cognitive.

AINSI PARLAIT EMMANUEL MACRON

Nous ne sommes qu’au début de cette épidémie
« Cependant, mes chers compatriotes, je veux vous le dire ce soir avec beaucoup de gravité, de lucidité mais aussi la volonté collective que nous adoptions la bonne organisation, nous ne sommes qu’au début de cette épidémie. Partout en Europe, elle s’accélère, elle s’intensifie. »

Rester à son domicile
« Je demande ce soir à toutes les personnes âgées de plus de 70 ans, à celles et ceux qui souffrent de maladies chroniques ou de troubles respiratoires, aux personnes en situation de handicap, de rester autant que possible à leur domicile. »

Vulnérables et néanmoins électeurs
« J’ai interrogé les scientifiques sur nos élections municipales, dont le premier tour se tiendra dans quelques jours. Ils considèrent que rien ne s’oppose à ce que les Français, même les plus vulnérables, se rendent aux urnes. »

« Schools are closed »
« Dès lundi (16 mars 2020) et jusqu’à nouvel ordre, les crèches, les écoles, les collèges, les lycées et les universités seront fermés.»

  Le virus est une personne ?
« Ce virus n’a pas de passeport.»

RÉFÉRENCES
MACRON Emmanuel, « Adresse aux Français » (Coronavirus COVID-19), 12 mars 2020.
https://www.elysee.fr/emmanuel-macron/2020/03/12/adresse-aux-francais

COMMENTAIRE du 25 mars 2020

CORONAVIRUS.
DES ASSESSEURS ET DES MILITANTS PAIENT LE PRIX
DU PREMIER TOUR DES ÉLECTIONS MUNICIPALES
DU 15 MARS 2020

Malgré les précautions prises, bénévoles et élus qui ont participé à la campagne électorale et au premier tour des municipales ont été sérieusement touchés par la propagation du coronavirus.
Des assesseurs et présidents de bureau de vote testés positifs, des militants et candidats contaminés : les bénévoles et les élus qui ont participé à la campagne électorale et au premier tour des municipales ont été sérieusement touchés par la propagation du coronavirus.Des mesures de protection ont été prises – du gel hydroalcoolique, des gants, pas de file d’attente -, mais ça n’a pas suffi. Dix jours après le premier tour, des volontaires sont positifs au virus et leur colère ne faiblit pas contre la décision de maintenir le scrutin
Un des assesseurs est à l’hôpital dans un état inquiétant
À Billom dans le Puy-de-Dôme, une femme de 62 ans qui tenait un bureau de vote a été hospitalisée et testée positive, selon le maire réélu, Jean-Michel Charlat. L’élu est passé ce jour-là dans tous les bureaux de vote et a lui-même de la fièvre. Le CHU de Clermont-Ferrand, où l’assesseure a été admise, lui a toutefois dit qu’elle avait pu être contaminée bien avant, précise-t-il.À Mitry-Mory (Seine-et-Marne), l’un des assesseurs est à l’hôpital dans un état inquiétant, atteint par le Covid-19, explique un candidat dans cette commune de Seine-et-Marne.Des suspicions de contamination le jour du scrutin ont également été signalées par les élus et candidats en Seine-Saint-Denis, à Versailles, dans le Val d’Oise (Franconville) ou le XVIIe arrondissement de Paris.Dans le bureau, il n’y avait pas un mètre entre chaque assesseur, on était les uns contre les autres, confie Ronan Arveuf, candidat et assesseur du bureau N° 7 à Saint-Ouen (Seine-Saint-Denis) où une quinzaine de personnes se sont relayées toute la journée, et la ville comptait une trentaine de bureaux de vote. 
« Une hécatombe parmi les militants »
Le premier tour a mobilisé plusieurs centaines de milliers de personnes dans le pays pour organiser le scrutin. Si le lien n’est pas clairement établi entre ces contaminations et les opérations de vote, la pandémie a également fait des dégâts parmi ceux qui ont fait campagne pendant parfois plusieurs mois.En Seine-Saint-Denis, c’est une hécatombe parmi les militants qui ont fait campagne et il n’y a pas de raison que ce ne soit pas le cas ailleurs, résume le député LFI Éric Coquerel. Comme il n’y a pas de tests, c’est compliqué de recenser précisément les cas, mais beaucoup de gens sont testés positifs et certains ont des symptômes, assure-t-il. Sur la liste qu’il soutenait, une dizaine de personnes sont, selon lui, concernées.Selon Ronan Arveuf, au moins une quinzaine de personnes qui ont fait campagne à Saint-Ouen ont eu des symptômes ou sont tombées malades.La plupart des candidats n’ont suspendu leur campagne que quelques jours avant le premier tour pour respecter les mesures de précaution.À Marseille, plusieurs membres de l’équipe de Martine Vassal, dont la candidate LR elle-même, mais aussi le candidat LREM Yvon Berland ont été testés positifs, comme le maire sortant de Nice, Christian Estrosi. 
« Ça a vraiment été une folie »Les critiques flambent contre la décision de l’exécutif de maintenir le premier tour le 15 mars. Ça a vraiment été une folie, dit Éric Coquerel qui a eu lui-même des symptômes.Même réaction du maire de Billom : L’idéal aurait été d’annuler ce premier tour. Mais nous étions en fin de campagne et nous avions hâte que cela se termine, y compris moi.Sur les réseaux sociaux, les réactions alternent entre colère et inquiétude.Moi aussi j’ai été secrétaire d’un bureau de vote… et je compte les jours pour être sûre de ne pas avoir été contaminée. Je ne comprends pas pourquoi les élections ont été maintenues… Ils nous ont mis en danger, s’inquiète la Niçoise Anne-Christel Cook sur Twitter.Une autre personne s’insurge : « Et si on parlait des employés de mairie qui ont bossé avant, pendant et après ces élections. Et qui ont halluciné de constater que les Présidents et assesseurs ne prenaient aucune précaution ! ».
RÉFÉRENCES DU DOCUMENTLE GRAND Béatrice, « Coronavirus. Des assesseurs et des militants paient le prix des élections municipales du 15 mars 2020 », Ouest-France, 25 mars 2020
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Linky. La Cour d’appel de Grenoble confirme la condamnation d’Enedis (Manquement au principe de précaution)

ENEDIS vient d’être condamnée au sujet des compteurs électriques « Linky ». La Cour d’appel de Grenoble reconnaît dans son arrêt du 10 mars 2020 qu’en imposant l’installation d’un compteur Linky chez un abonné qui le refuse, la société « viole le principe de précaution » qui protège les usagers des conséquences d’éventuels effets néfastes sur leur santé causés par les ondes électromagnétiques produites à son domicile.

Linky, le compteur posé par ENEDIS pose davantage de problèmes qu’il n’en résout.
© Photographie Bernard Mérigot/CAD. Savigny-sur-Orge, 12 janvier 2020.

LA JUSTICE IMPOSE LE PRINCIPE DE PRÉCAUTION A ENEDIS

La société ENEDIS est condamnée :

  • à n’installer aucun compteur « Linky » chez sa cliente,
  • à dépolluer « l’électricité sale » (parasitée par des « courants porteurs en ligne », les CPL) générés par les « Linky » du voisinage,
  • à renoncer à sa menace de facturer les relèves du compteur actuel,
  • à indemniser la cliente à près de 3 000,00 € (trois mille euros),
  • à rembourser les dépens de la procédure.

DÉNONCER LES PRATIQUES AGRESSIVES D’ENEDIS ET DE SES PRESTATAIRES

On observera qu’ENEDIS est une entreprise privée chargée d’un service public. Il est anormal qu’elle use de pratiques agressives : relances insistantes, prétendue obligation d’installation chez tous les abonnés (alors que celle-ci n’existe dans aucun texte obligeant les abonner à accepter un compteur Linky chez eux), intimidations… Il est vrai que les prestataires travaillant pour ENEDIS sont rémunérés au rendement. Plus ils remplacent de compteurs, plus ils touchent les primes sont importantes.

Une action collective (action de groupe, recours collectif, ou « class action ») est une action en justice qui permet à un grand nombre de personnes (des consommateurs, par exemple) de poursuivre une entreprise ou une institution publique. Une de ces actions collectives est actuellement introduite par l’association « My Smart Cab ». Elle vise à :

  • interdire la pose de « Linky » aux usagers qui le refusent,
  • garantir la dépollution de l’électricité sale (contenant des courants porteurs en ligne, CPL) causée par les « Linky » installés dans leur voisinage,
  • obtenir une indemnisation du préjudice moral des usagers victimes de la part d’ENEDIS ou de ses prestataires, de harcèlement téléphonique, visites à répétition, pressions…

RÉFÉRENCES

1. Jugement de la Cour d’appel de Grenoble, 10 mars 2020, confirmant la condamnation d’Enedis. Voir : DURAND Arnaud, « La condamnation de Linky confirmée en appel », https://linky.mysmartcab.fr/ Me Arnaud DURAND est avocat au Barreau de Paris.

LÉGENDES DES ILLUSTRATIONS

  • Linky, le compteur posé par ENEDIS pose davantage de problèmes qu’il n’en résout. © Photographie Bernard Mérigot/CAD. Savigny-sur-Orge, 12 janvier 2020.

ARTICLES EN LIGNE sur http://savigny-avenir.info concernant Linky / ENEDIS

DOCUMENT

COMPTEUR LINKY.
PLUS DES DEUX TIERS DES FRANÇAIS
VEULENT POUVOIR LE REFUSER

Un sondage exclusif YouGov pour Capital révèle qu’une très large majorité de Français s’opposent au caractère obligatoire de l’installation des compteurs Linky.
La généralisation du compteur Linky suscite des résistances. Selon les résultats exclusifs d’un sondage Yougov pour Capital,
  • 71% des Français interrogés estiment que les usagers du réseau électrique doivent avoir la possibilité de refuser l’installation du compteur Linky à leur domicile.
  • Un peu plus d’un Français sur dix (13%) juge en revanche que la généralisation du Linky sur l’ensemble du territoire français ne nécessite pas l’accord des usagers.
  •  Enfin, 16 % des Français ayant participé à l’enquête Yougov pour Capital “ne savent pas” si l’installation du petit boîtier vert doit faire l’objet du consentement des personnes concernées.
Dans le détail, plus de la moitié (51%) des sondés ont répondu « Oui, certainement » à la question de savoir si les Français doivent avoir le droit de refuser la pose du Linky, alors que 21% personnes interrogées répondent « Oui, probablement ». Chaque abonné a le droit d’empêcher la pose de Linky, d’autant plus facilement si le compteur est à l’intérieur de son domicile qui est une propriété privée.
Si l’opposition à l’installation obligatoire du Linky trouve un écho majoritaire dans l’ensemble des groupes sociaux, elle est particulièrement forte chez les 35-44 ans (77%) ou encore chez les retraités (71%). Elle est un peu moins marquée en région parisienne (67%) par rapport au reste de la France.
La défiance clairement exprimée dans ce sondage trouve son origine dans les polémiques qui ont émaillé le déploiement du compteur intelligent, entamé en 2015. Linky est un objet d’inquiétudes massivement partagées sur internet –
  • il accumule les données personnelles des usagers pour les revendre,
  • les courants porteurs en ligne (CPL) qu’il produit, incompatibles avec certaines installations, seraient responsables de départs d’incendie de logements,
  • il promet des économies sur les factures qui s’avèrent hypothétiques à ce jour. D’autant plus que son coût d’acquisition et de maintenance seront intégrées de façon continue sur les factures des usagers.
Ce qui est sûr, c’est que si le boîtier jaune d’Enedis semble inoffensif, des doutes n’ont pas encore été levés sur son impact sur la santé, surtout à l’égard des personnes qui sont électro-sensibles. Tel est le sens d’un jugement du Tribunal de Grande instance de Toulouse qui a donné raison à treize plaignants qui refusaient la pose du boîtier.
Sondage YouGov en ligne réalisé les 26 et 27 mars 2019 sur 1000 personnes représentatives de la population nationale âgées de 18 ans et plus dans le panel propriétaire de Yougov. La question posée était exactement la suivante : « Selon vous, faut-il donner le droit aux Français de refuser la pose du compteur Linky ?
RÉFÉRENCES DU DOCUMENT
PHILIPPE Barthélémy,
« Compteur Linky : plus des deux tiers des Français veulent pouvoir le refuser », Capital, 28 mars 2019, https://www.capital.fr/economie-politique/compteur-linky-plus-des-deux-tiers-des-francais-veulent-pouvoir-le-refuser-1333314
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Référence du présent article :
Posted in Électricité polluée par les CPL, ENEDIS, Linky, Principe de précaution | Commentaires fermés

L’association Mieux Aborder L’Avenir (MALA), victime d’une escroquerie au profit de Ek Wateur et de Ohm Energie

Le site http://savigny-avenir.info est supporté par une association loi de 1901 Mieux Aborder L’Avenir (MALA). Celle-ci vient d’être victime d’une escroquerie de deux fournisseurs d’électricité verte : ekWateur et Ohm Energie qui ont effectués deux prélèvements sur son compte courant de La Banque Postale.

DEUX PRÉLÈVEMENTS BANCAIRES
EFFECTUÉS A L’INSU DE NOTRE ASSOCIATION

Notre association Mieux Aborder L’Avenir (MALA) est une association Loi de 1901 sans but lucratif. Elle subsiste grâce au soutient de ses membres. Elle possède un compte courant CCP à La Banque Postale. Sur le Relevé mensuel des opérations en date du 3 mars 2020, qu’elle a reçu le 9 mars, elle a découvert deux opérations de débit par prélèvement direct, effectués à son insu par deux sociétés :

Mieux Aborder L’Avenir (MALA),  association Loi de 1901 sans but lucratif, victime d’une escroquerie de la part de deux sociétés EkWateur et Ohm Energie.
Extrait du relevé du CCP de l’association à La Banque Postale en date du 2 mars 2020.

Il s’agit de deux sociétés :

  • ekWateur,
  • Ohm Energie.

Il doit être précisé que l’association ignore tout de ces deux sociétés (qui fournissent de l’électricité dite « verte ») jusqu’à ce jour. Elle ne possède aucun abonnement et n’a jamais été en relation avec elles, pour quoi que soit.

Il ne s’agit pas de chèques, mais de prélèvements automatiques sur son compte de La Banque Postale. Par quels moyens ces sociétés ont-elles réussi à émettre des titres de paiement sur le compte de l’association et à lui soutirer de l’argent ? Nous l’ignorons à ce jour.

1. CONTESTATION DES DEUX PRÉLÈVEMENTS. Dès que l’association a eu connaissance de ces deux prélèvements, le 9 mars 2020, elle a immédiatement contesté ces deux opérations auprès de La Banque Postale (Centre Financier de Paris, Service Gestion Entreprises de Paris). Elle a demandé la restitution immédiate de ces sommes.

2. DÉPÔT DE PLAINTE. Son président a porté plainte auprès du Commissariat de Police de Savigny-sur-Orge (Essonne). La qualification qui a été retenue par la Police est celle d’ « escroquerie » et d’ « usage frauduleux d’un numéro de compte bancaire ».

Compte rendu d’infraction. Procès verbal. Infraction : escroquerie

CHRONOLOGIE
(Depuis la découverte des prélèvements abusifs jusqu’à la restitution des sommes indument prélevées)

  • Lundi 9 mars 2020. Réception par courrier du Relevé d’opération sur le compte bancaire de La Banque Postale.
  • Lundi 9 mars 2020. Information par téléphone du Centre financier de La Banque Postale des deux débits frauduleux.
  • Lundi 9 mars 2020. Dépôt de plainte au Commissariat de Police de Savigny-sur-Orge.
  • Mardi 10 mars 2020. Envoi  (1. par mail et 2. par LRAR) du courrier de contestation des deux opérations et de la demande de restitution des sommes indûment prélevées (avec copie de la plainte).
  • Samedi 14 mars 2020. Réception du courrier de La Banque Postale en date du 12 mars annonçant le remboursement de 103,00 + 14,11 + 0,71 = 117,82 €.

Merci au Service Client du Centre financier de La Poste pour sa rapidité. Entre la réception par eux de notre mail (mardi 10 mars) et la réception de leur réponse par nous (samedi 14 mars), il s’est écoulé quatre jours, ce qui est très rapide.

Il reste à savoir comment des personnes peuvent usurper un Relevé d’identité bancaire (RIB) et en faire usage pour effectuer des prélèvements automatique à l’insu du titulaire du compte.

Cette aventure pouvant arriver demain à des comptes personnels ou à des comptes individuels, nous tenions mettre en ligne ces informations.

COMMENTAIRE du 10 mars 2020

  • L’envoi de nombreux documents sont demandés à des personnes physiques ou à des personnes morales par des administrations ou des acteurs économiques (cartes d’identité, Relevés d’identité bancaire RIB, attestations diverses…).
  • Ces documents confidentiels sont scannés, et envoyés.
  • Ils circulent. Ils deviennent accessibles, par divers moyens, sur Internet.
  • Cette généralisation de documents numériques accessibles multiplie les possibilités d’usages frauduleux et d’escroqueries.

COMMENTAIRE du 15 mars 2020

QUEL EST LE SCÉNARIO DE L’ESCROQUERIE ? Ce qu’il faut reconstituer, c’est par quel mécanisme cette escroquerie a été réalisée. N’importe qui peut en être victime sur son compte bancaire. C’est en l’analysant que l’on peut empêcher qu’elle se reproduise.
En l’état présent des informations disponibles, il est possible d’imaginer le scénario suivant :

1. Capture du n° de Relevé d’Identité Bancaire MALA, trouvé quelque part sur Internet, par un individu qui le détourne.
2.
Cet individu commande un abonnement de fourniture d’électricité à ekWateur et Ohm Energie.
3
. Il produit le RIB de MALA comme référence bancaire.
4.
ekWateur et Ohm Energie ne vérifient pas l’accord de MALA pour ces prélèvements mensuels. Ils émettent les ordres de prélèvement qui arrivent à La Banque Postale.
5.
La banque Postale ne vérifie pas l’accord de MALA, titulaire du compte bancaire.
6.
Les sommes sont prélevées.

Où bien s’agit-il d’un autre scénario ?

COMMENTAIRE du 23 mars 2020

L’association Mieux Aborder L’Avenir (MALA) vient de recevoir de la société ekWateur en date du 23 mars 2020 un mail que vous trouverez ci-joint. Nous les remercions de leur réponse.

  • Celle-ci confirme bien l’usurpation de RIB de notre association et l’escroquerie à son détriment.
  • La société ekWateur elle-même a été victime d’escroqueries

En revanche le mécanisme de l’escroquerie n’est pas complétement compréhensible.

Le scénario serait donc le suivant :

  • des individus souscrivent des abonnements pour bénéficier de fourniture d’électricité (à quelle adresse ?)
  • ils produisent un RIB usurpé (celui de Mieux Aborder L’Avenir, en l’occurrence)
  • ekWateur ne vérifie pas la correspondance entre le bénéficiaire de la fourniture d’électricité et le compte sur lequel les factures sont prélevées,
  • la Banque ne vérifie pas que l’ordre de prélèvement sur le compte a bien l’accord du titulaire du compte,
  • le prélèvement est effectué sur le compte usurpé.

Si des mesures ne sont pas prises, ce type d’usurpation de RIB et d’escroquerie peut être commis à l’égard e n’importe qui.

Affaire à suivre.

Le Président de Mieux Aborder L’Avenir (MALA)

DOCUMENT

Objet       Fraude de coordonnées bancaires – ekWateur
De            Marine Le Bihan <marine.le-bihan@ekwateur.fr>
À               contact@mieuxaborderlavenir.fr <contact@mieuxaborderlavenir.fr>
Date        2020-03-23 14:56

Bonjour,

Je suis Marine, je travaille chez ekWateur, je me permets de vous écrire car nous avons pris connaissance de la fraude de coordonnées bancaires dont vous avez été victime, et nous en sommes sincèrement désolés. Une entité frauduleuse a fait une souscription à nos services avec vos coordonnées bancaires, c’est pourquoi nous avons tenté de vous prélever, comme l’implique notre procédure de souscription. Votre banque a refusé ces prélèvements et nous n’allons évidemment pas les relancer, de plus nous allons effacer vos coordonnées bancaires de notre base de données.

Cette situation exceptionnelle s’inscrit dans une plus grande fraude dont nous avons été nous-même victime et nous avons porté plainte contre l’origine des souscriptions avec les mauvaises coordonnées bancaires.

Encore une fois, nous, toute l’équipe ekWateur, sommes désolée que cela vous ai impacté, et nous avons tout fait pour rectifier la situation dès que nous en avons eu connaissance. Cela n’est vraiment pas dans nos habitudes, bien au contraire !

Je vous souhaite une très belle journée, et reste à disposition si besoin.

Marine LE BIHAN de l’équipe ekWateur
Responsable Communication

ekWateur
37 rue de la Rochefoucauld
75009 Paris

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Référence du présent article : http://www.savigny-avenir.fr/2020/03/10/lassociation-mieux-aborder-lavenir-mala-victime-dune-escroquerie-au-profit-de-ek-wateur-et-de-ohm-energie/

 

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