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TERRITOIRES ET DÉMOCRATIE NUMÉRIQUE LOCALE

Christophe de SAVIGNY (1530-1587)

« Tost ou tard, près ou loing, a le fort du faible besoing ». (1) Cette devise – qui est en fait une épigraphe – est inscrite en tête des  Tableaux accomplis de tous les arts libéraux, publiés en 1587 par  Christophe de SAVIGNY (1530-1587), humaniste de la Renaissance française. Elle introduit trois notions essentielles : les rapports de force (fort/faible), la temporalité («tost»/tard), la préfiguration de l’intérêt général moderne (le «besoing»). Elle constitue une injonction fondatrice d’un programme à la fois moral, social et politique. Elle est une manifestation de l’esprit encyclopédique, c’est-à-dire de l’ εγκυκλο παίδεια  (« enkuklios paideia ») l’éducation circulaire, qui embrasse un cercle entier.
Tout processus éducatif, tout enseignement dispensé, est paradoxal, car comme l’écrit SAINT AUGUSTIN dans ses Soliloques, « nous apprenons parfois que ce que nous croyions nôtre nous est étranger, et que ce que nous croyions étranger est nôtre ».

Le contexte de la globalisation /mondialisation impose aux territoires et à ceux qui y vivent, risques et interdépendances. Comment une anthropologie de la citoyenneté peut-elle s’opposer à cette imposition ? Quelles initiatives peuvent-elles aboutir (Open data, Accès aux documents publics locaux, Observatoire des assemblées délibérantes locales, Recherche-action, Formation citoyenne…) ? Deux questions sont posées. Quelles formes de démocratie pour quels territoires ? Quels territoires pour quelles démocraties ?

Bernard MÉRIGOT
contact@mieuxaborderlavenir.fr
Territoires et Démocratie numérique locale (TDNL) est un media numérique mis en ligne sur le site http://savigny-avenir.info.
ISSN 2261-1819
BNF. Dépôt légal du numérique, 2018
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Comment caractériser l’esprit de l’Encyclopédie ?

LA LETTRE DU LUNDI DE MIEUX ABORDER L’AVENIR, n°303, lundi 4 juin 2018

L’expérience encyclopédique est trompeuse. En procédant à un rassemblement d’informations, de faits, de mots, de dates, d’images, d’objets… elle donne l’impression d’être animée par une simple – et parfois confuse – compulsion à l’accumulation de connaissances, dont la collecte serait condamnée à demeurer à jamais incomplète et inachevée, toujours en retard pour incorporer nouveaux faits et nouvelles idées.

Cette vision est inexacte, puisqu’au moment de sa constitution toute la démarche encyclopédique effectue – de façon explicite ou de façon implicite – une remise en cause radicale de l’existence des savoirs du moment et de leur mode d’appropriation.

Livres de pierre. Détail d’une statue, « Deux angelots soutennant le monde », École militaire, Paris, 4 juillet 2017. © Photographie Bernard Mérigot / CAD, 2017.

« Encyclopédie : Ce mot signifie enchaînement de connaissances ». C’est la définition de l’encyclopédie, telle qu’elle figure précisément dans l’article intitulé « Encyclopédie », précisément dans un livre qui en porte le nom, l’Encyclopédie, ou Dictionnaire raisonné des sciences, des arts et des métiers (1751-1772).

L’article a pour sujet le livre dans lequel il figure. Il s’agit d’une auto définition du projet encyclopédique qui annonce la caractéristique majeure qu’il réalise : un enchaînement de connaissances. Celui-ci est triple : enchaînement des différentes disciplines entre elles, enchaînement des concepts, enchaînement des fonctions remplies par la construction de connaissances nouvelles.

L’ENCHAÎNEMENT DE CONNAISSANCES

Comment caractériser l’enchaînement de connaissances proposé par l’Encyclopédie ? Le texte qui figure à la suite de la définition, détaille trois fonctions : rassembler, exposer, transmettre :

  • « rassembler les connaissances éparses sur la surface de la terre
  • en exposer le système général aux hommes avec qui nous vivons
  • le transmettre aux hommes qui viendront après nous ».

L’Encyclopédie est publiée durant vingt-et-une années, de 1751 à 1772. Elle a trois éditeurs : Denis DIDEROT (1713-1784), Jean d’ALEMBERT (1717-1983) et Louis de JAUCOURT (1704-1779), médecin, philosophe et auteur, soutien essentiel – aujourd’hui méconnu – de cette entreprise collective. Les 28 volumes publiés rassemblent une somme inégalée de savoirs sur les sciences, sur les arts, sur les métiers et sur la langue. Ils sont répartis dans 17 volumes de textes et 11 volumes d’illustrations commentées, soit 28 volumes au total. Elle demeure la plus grande entreprise éditoriale du XVIIIe siècle, tant en volume et en capital investi, qu’en force humaine employée. (1)

BOURRASQUES ET TEMPÊTES

« Sa publication souleva bourrasques et tempêtes, et fut par deux fois interdite » rappelle Alexandre GUILBAUD (2). L‘Encyclopédie s’inscrit dans une tradition ancienne des recueils de savoirs, renouvelée par l’essor de l’imprimerie. Elle hérite à la fois des traités techniques réalisés sous Louis XIV, des recueils de mémoires académiques qui voient le jour à la même époque, des dictionnaires universels du XVIIe siècle, écho de la pensée du chancelier Francis BACON (1561-1626), auteur de De Dignitate et augmentatis scientiatium (Du Progrès et de la promotion des savoirs, 1605) et de Novum Organum (Instauratio magna scientiarum, 1620), fondateur des sciences expérimentales modernes.

Les innovations de l’Encyclopédie sont connues :

  • intégration des « arts mécaniques » dans le cercle des connaissances,
  • place jusque là inédite faite à l’illustration,
  • articulation de la logique alphabétique du dictionnaire avec celle, raisonnée, permettant une liaison des connaissances,
  • association des scientifiques, philosophes et écrivains du temps  (Rousseau, Voltaire, Montesquieu, Daubenton, Diderot, d’Alembert…) dans une œuvre collective.

« Je te regarde et tu ne me vois pas ». Est-ce que c’est nous qui regardons les savoirs, ou bien est-ce que ce sont eux qui nous regardent ? L’Encyclopédie nous pose la question. Affiche publicitaire déchirée sur un quai du métro, Paris, 18 juin 2017. © Photographie Bernard Mérigot / CAD, 2017.

LA VOLONTÉ CRITIQUE

Ce qui caractérise l’Encyclopédie de façon centrale, c’est une triple volonté critique des savoirs :

  • critique de l’élaboration des savoirs,
  • critique de la transmission des savoirs,
  • critique de la représentation des savoirs.

Elle nous rappelle constamment trois choses :

  • le rôle du langage dans la transmission des savoirs,
  • l’importance du combat contre les interdits de pensée,
  • l’exigence de la reconnaissance des découvertes scientifiques.

L’Encyclopédie est animée par une critique permanente des préjugés qui est associée à une critique de toute autorité. Elle étonne par la modernité de ses questionnements et de ses combats.

RÉFÉRENCES

1. Dictionnaire raisonné des sciences, des arts et des métiers (1751-1772), Édition Numérique, Collaborative et Critique de l’Encyclopédie (ENCCRE), http://enccre.academie-sciences.fr/encyclopedie/ Consultation effectuée le 29 mai 2018.
Le site propose aux lecteurs d’effectuer des recherches à partir d’un exemplaire original – et complet – conservé à la Bibliothèque Mazarine, à Paris, intégralement numérisé.

2. GUILBAUD Alexandre, « Quand l’esprit critique de l’« Encyclopédie » de Diderot et D’Alembert revit sur le web », The Conversation, 28 mai 2018.

LÉGENDES DES ILLUSTRATIONS

  • Livres de pierre. Détail d’une statue, « Deux angelots soutiennent le monde », École militaire, Paris, 4 juillet 2017. © Photographie Bernard Mérigot / CAD, 2017.
  • « Je te regarde et tu ne me vois pas ». Est-ce que c’est nous qui regardons les savoirs, ou bien est-ce que ce sont eux qui nous regardent ? L’Encyclopédie nous pose la question. Affiche publicitaire déchirée sur un quai du métro, Paris, 18 juin 2017. © Photographie Bernard Mérigot / CAD, 2017.

La Lettre du lundi de Mieux Aborder l’Avenir
n°303, lundi 4 juin 2018

Territoires et Démocratie numérique locale (TDNL) est un media numérique mis en ligne sur le site http://savigny-avenir.info.
ISSN 2261-1819 BNF. Dépôt légal du numérique, 2018

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Référence du présent article :
http://www.savigny-avenir.fr/2018/06/04/comment-caracteriser-lesprit-de-lencyclopedie/
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Le scandale des algorithmes secrets de Parcoursup

La poursuite d’études supérieures après le baccalauréat est devenue depuis quelques années en France un sujet d’inquiétude et d’angoisse pour les élèves de terminale et leur famille. En 2018, le problème concerne plus de 800 000 élèves de terminale. En comptant leurs parents, cela représente plus de 2 millions de personnes qui sont confrontées aux arbitraires et aux secrets de Parcoursup qui décide les affectations, c’est-à-dire, l’acceptation ou le refus d’inscription dans un établissement donné. Une situation que beaucoup jugent scandaleuse.

Le sourire des lycéens et des lycéennes avant d’avoir subi les décisions arbitraires et secrètes de Parcoursup. Page d’accueil en ligne sur le site du ministère de l’éducation. 23 mai 2018. https://www.parcoursup.fr/

DES ALGORITHMES SECRETS

Parcoursup est un site Internet du ministère de l’Enseignement supérieur, de la recherche et de l’innovation. Il est destiné aux élèves des classes terminales des lycées souhaitant poursuivre après le baccalauréat des études dans l’enseignement supérieur. Il constitue la procédure obligatoire d’inscription mise en place en 2018 en remplacement système dénommé Admission Post Bac (APB) utilisé précédemment. Il a concerné plus de 800 000 élèves qui y ont déposé leurs « voeux ». Il n’est pas anodin que le mot  employé appartienne au registre du langage magique. Le propre des voeux est d’être satisfaits dans les contes fantastiques !

En ce printemps 2018, exactement 887 681 élèves se sont inscrits et sont dans l’attente d’une acceptation.

« ParcourSup » est nouvelle procédure d’inscription des élèves des classes terminales des lycées, au lendemain de leur obtention du baccalauréat. Elle est mise en place pour la première fois en ce printemps 2018. C’est un mécanisme complexe dont l’algorithme était jalousement jusqu’à présent gardé secret. Tout naturellement il a suscité – et continue de susciter – les légitimes inquiétudes des élèves, des parents et des enseignants.

Le ministère de l’Éducation nationale, contraint et forcé, a publié le 22 mai 2018 – en urgence – une partie de l’algorithme qui effectue le choix des élèves et décide leur affectation. Il était temps. Mais cela ne règle rien.

« Le code informatique de la plate-forme d’admission Parcoursup a été rendu public, lundi 21 mai 2018, mais les algorithmes locaux élaborés par les universités restent, eux, secrets. » (2)

Nous sommes passés :

  • de 100% secret,
  • à 50% public + 50 % secret.

C’est insuffisant. La démocratie, et les règles existantes en matière de libre accès aux documents publics, exige que les 50% qui demeurent secrets soient rendus publics. le plus rapidement L’argument selon lequel les universités appartiendraient à un autre monde, et que donc elles ne dépendraient pas du ministère de l’Éducation nationale, constitue une violence d’État faite aux citoyens (VEFAC).

DOCUMENT

LE MINISTÈRE DE L’ENSEIGNEMENT SUPÉRIEUR
DÉVOILE L’ALGORITHME PRINCIPAL DE PARCOURSUP
Le fait de la rendre public les algorithmes utilisés par les services publics a pour but de permettre à tous de vérifier que le fonctionnement du dispositif est conforme au droit. Le code informatique de la plate-forme Parcoursup destiné aux élèves des classes terminale pour leurs études après le baccalauréat sa été rendu public, lundi 21 mai 2018. Mais les algorithmes locaux élaborés par les universités restent eux, secrets.
La ministre de l’Enseignement supérieur Frédérique Vidal, et le secrétaire d’Etat au numérique Mounir Mahjoubi, ont rendu public, en « open source », l’algorithme national régissant les règles de Parcoursup, comme le veut la loi, le lundi 21 mai, à la veille des résultats de la première phase d’admission des candidats à l’entrée dans l’enseignement supérieur.
Une publication à titre indicatif, qui ne permettra pas aux candidats de connaître les techniques précises retenues par chaque université en vue d’opérer un tri des dossiers. En vertu du « secret des délibérations », le gouvernement a, en effet, insisté, lors du vote de la loi relative à la protection des données personnelles, lundi 14 mai, pour que les universités n’aient pas à dévoiler les algorithmes locaux mis au point pour assurer la cohérence entre le profil du candidat et les attendus de la formation demandée.
Des règles de transparence satisfaites ?
Les règles de transparence exigées par la loi étant « réputées satisfaites » d’emblée, les universités ont donc la liberté de limiter aux seuls candidats qui le demandent l’accès aux critères, aux modalités d’examen et aux motifs pédagogiques qui justifient leur admission ou leur refus d’admission. « Chaque formation est responsable de ses choix », avait justifié le ministère de l’enseignement supérieur, mercredi 16 mai, arguant que les candidats pourraient toujours, a posteriori, demander des explications. Parcoursup : le « secret des délibérations » sera maintenu
Dans un communiqué commun, lundi 21 mai 2018, Frédérique Vidal et Mounir Mahjoubi soulignent « la volonté du gouvernement de donner la plus grande transparence à la nouvelle procédure d’accès à l’enseignement supérieur », la publication de l’algorithme général de Parcoursup intervenant « à l’initiative de la ministre et avec plus de trois mois d’avance sur la date limite fixée par la loi du 8 mars 2018 relative à l’orientation et à la réussite des étudiants » (ORE).
La publication du code « permettra à chacun de vérifier que le fonctionnement de la plate-forme est conforme au droit », ajoute le communiqué. Cela favorisera également « la pleine compréhension des mécanismes de la nouvelle procédure d’entrée dans l’enseignement supérieur : non-hiérarchisation des vœux, absence de contraintes ; délais de réponse qui permettent, lorsque chaque candidat fait son choix, de libérer des places qui seront immédiatement proposées à d’autres candidats », veut-on croire au gouvernement.
Une exception à la loi…
Il reste que Parcoursup fait exception à la loi pour une République numérique, votée en octobre 2016, qui impose deux obligations aux administrations – et donc aux universités – recourant à des algorithmes dans le dessein d’aboutir à des décisions individuelles : intégrer systématiquement une « mention explicite » pour informer tous les usagers de l’existence et des modalités d’exercice de leur droit à connaître le détail des « règles » et « principales caractéristiques de mise en œuvre » du programme informatique utilisé ; et mettre en ligne et en libre accès – à compter du 7 octobre 2018 – les règles définissant « les principaux traitements algorithmiques utilisés dans l’accomplissement de leurs missions ». Des obligations que les universités ne seront pas tenues de remplir, en vertu de la loi ORE et de la loi sur la protection des données personnelles.
Le « secret des délibérations » pourrait, cependant, être contesté au regard du règlement général sur la protection des données personnelles (RGPD), qui entre en application le 25 mai. D’application directe, ce texte s’imposera à tous les Etats européens et pourra être invoqué par les étudiants en cas de litige. Ainsi, « dès qu’un étudiant aura un problème et fera appel à la Commission nationale de l’informatique et des libertés [CNIL], celle-ci rappellera que c’est le RGPD qui s’applique à l’échelle européenne et que la loi française doit s’y conformer », expliquait, le 15 mai, au Monde la sénatrice Sophie Joissains, opposée au « secret des délibérations ».
Parcoursup : le Sénat exige des décisions d’orientation plus transparentes
Dans une délibération du 22 mars, la CNIL rappelle d’ailleurs que l’exception aux règles de transparence accordée à Parcoursup est, en réalité, sans effet, car la loi Informatique et libertés et le RGPD lui-même comprennent des règles similaires auxquelles il n’est pas prévu de déroger.
RÉFÉRENCES
LE NÉVÉ Soazig, « Le ministère de l’enseignement supérieur dévoile l’algorithme principal de Parcoursup », Le Monde, 21 mai 2018.  http://mobile.lemonde.fr/campus/article/2018/05/21/le-ministere-de-l-enseignement-superieur-devoile-l-algorithme-principal-de-parcoursup_5302387_4401467.html?xtref=

 

LÉGENDES DES ILLUSTRATIONS

  • Le sourire des lycéens et des lycéennes avant d’avoir subi les décisions arbitraires et secrètes de Parcoursup.Page d’accueil en ligne sur le site du ministère de l’éducation. 23 mai 2018. https://www.parcoursup.fr/
Territoires et Démocratie numérique locale (TDNL) est un media numérique mis en ligne sur le site http://savigny-avenir.info.
ISSN 2261-1819 BNF. Dépôt légal du numérique, 2018

Le site est supporté par une structure associative et collaborative, le Groupe Mieux Aborder L’Avenir (MALA). Tous les articles en ligne sont librement consultables dans leur totalité.

Référence du présent article :

 

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Savigny-sur-Orge. Blocage de l’entrée du Lycée Jean-Baptiste Corot contre ParcourSup et la sélection

« Non à la sélection » peut-on lire sur les tracts distribués ce mardi 22 mai 2018 devant l’entrée du Lycée Jean-Baptiste Corot, à Savigny-sur-Orge. On ne rentre pas. Les élèves des classes de terminale protestent contre la procédure par Internet de « ParcourSup » mise en place – dans l’urgence – par le ministère de l’Éducation nationale pour la rentrée de l’année universitaire 2018-2019. Banderoles, pétards et mégaphone.

« Non à la sélection à l’université ». Manifestation d’élèves de classes terminales contre ParcourSup, bloquant l’entrée du Lycée Jean-Baptiste Corot à Savigny-sur-Orge (Essonne) le mardi 22 mai 2018. © Photographie CAD/BM, 2018.

LIBRE CHOIX OU CHOIX IMPOSÉ ?

« ParcourSup réduit à dix le nombre de voeux formulés par les élèves de terminale pour la prochaine rentrée »,  précise un lycéen. « Cela permet aux universités de nous sélectionner sur dossier à partir de critères précis : lycée fréquenté, filière, notes, avis du conseil de classe, lettre de motivation, activités extra-scolaires… ». Une forme de discrimination redoutée par les élèves et par leurs parents, aggravée par la crainte que, du fait du nombre de places insuffisantes, des élèves ne soient acceptés nulle part dans l’enseignement public.

La manifestation de protestation des lycéens ne déroge pas à la règle des manifestations : elle occupe un espace public qui est lui-même toujours occupé par des « objets urbains », par des mobiliers, par des matériaux. Peut-on alors s’étonner qu’ils servent à ériger d’éphémères barricades ? Ici des barrières ont été déplacées et empilées sur la chaussée.

Barricade éphémère, érigée Place Davout à Savigny-sur-Orge (Essonne). Manifestation d’élèves de classes terminales du Lycée Jean-Baptiste Corot, mardi 22 mai 2018 contre la sélection à l’université. © Photographie CAD/BM, 2018.

Qu’est-ce qu’une « manifestation » ? Noëlle GÉRÔME en donne la définition suivante : une manifestation est une « subversion de l’espace public » (1), le plus souvent urbain, par un groupe, qui s’en sert comme un théâtre, un lieu de discours, de mise en scène, voire de chorégraphie, imposé au public, aux habitants, aux passants. Ceux-ci en deviennent à la fois les témoins et les acteurs d’un évènement auquel ils participent, même à leur insu, même marginalement, du simple fait de leur « être-là ».

« La force d’imposition du discours réside dans la démonstration de l’ampleur, de la force, et de la cohésion des manifestants ». Les médias, dont la présence est à la fois désirée (« il ne sont pas là », « ils n’en parleront pas ») et redoutée (« ils ne seront pas objectifs », « ils déformeront ce qui se passe »), en sont des spectateurs privilégiés. Évidemment, ils ne prennent pas de photos, ou bien ils ne filment pas. Qu’est-ce qu’ils vont faire des photos ? Paradoxalement, la question du « on va me reconnaître » est toujours d’actualité, bien que l’on soit à une époque où un nombre d’images, sans en augmentation, circulent sur les réseaux du monde entier du Facebook et de Snapchat et Instagram, avec tous les algorithmes de reconnaissance faciale (mais aussi vocale) imaginables…

Une manifestation constitue toujours à un état paroxystique d’un groupe ou d’une partie de la société. Elle prend parti, elle est toujours « contre quelque chose ou quelqu’un », ou bien « pour le soutien d’une cause ou de quelqu’un ». Elle se distingue d’un simple défilé d’autocélébration : elle proteste contre une décision autoritaire, une situation ou un problème social qui est insupportable.

LE SECRET  ET L’ANGOISSE DEMEURENT

« ParcourSup » est nouvelle procédure d’inscription des élèves des classes terminales des lycées, au lendemain de leur obtention du baccalauréat. Elle est mise en place pour la première fois en ce printemps 2018. C’est un mécanisme complexe dont l’algorithme était jalousement jusqu’à présent gardé secret. Tout naturellement il a suscité – et continue de susciter – les légitimes inquiétudes des élèves, des parents et des enseignants.

Le ministère de l’Éducation nationale, contraint et forcé, vient seulement de publier aujourd’hui même le 22 mai 2018 – en urgence – une partie de l’algorithme qui effectue le choix des élèves et décide leur affectation. Il était temps. Mais cela ne règle rien.

« Le code informatique de la plate-forme d’admission Parcoursup a été rendu public, lundi 21 mai 2018, mais les algorithmes locaux élaborés par les universités restent, eux, secrets. » (2)

Nous sommes passés :

  • de 100% secret,
  • à 50% public + 50 % secret.

C’est insuffisant. La démocratie, et les règles existantes en matière de libre accès aux documents publics, exige que les 50% qui demeurent secrets soient rendus publics. le plus rapidement L’argument selon lequel les universités appartiendraient à un autre monde, et que donc elles ne dépendraient pas du ministère de l’Éducation nationale, constitue une violence d’État faite aux citoyens (VEFAC).

« Non à la sélection ». Banderole peinte. Manifestation d’élèves de classes terminales contre ParcourSup, Lycée Jean-Baptiste Corot à Savigny-sur-Orge (Essonne) le mardi 22 mai 2018. © Photographie CAD/BM, 2018.

La sélection est présentée habituellement comme un mal nécessaire qui serait un remède au nombre d’abandons d’étude avant l’obtention d’un diplôme.  Cette argumentation est dangereuse. Ce qui rend la sélection intolérable, c’est son caractère algorithmique secret.

RÉFÉRENCES

1. GÉRÔME Noëlle, « Une ethnographie des manifestations ou une anthropologie culturelle du politique ? », L’ethnologie et les manifestations. Congrès de l’Association Française de Sciences Politiques, 1988, Bordeaux. Association Française de Sciences Politiques. https://hal.archives-ouvertes.fr/hal-00470028

2. LE NEVÉ Soazig, « Le ministère de l’enseignement supérieur dévoile l’algorithme principal de Parcoursup », Le Monde, 22 mai 2018.  http://mobile.lemonde.fr/campus/article/2018/05/21/le-ministere-de-l-enseignement-superieur-devoile-l-algorithme-principal-de-parcoursup_5302387_4401467.html?xtref=

LÉGENDES DES PHOTOGRAPHIES

  • « Non à la sélection à l’université ». Manifestation d’élèves de classes terminales contre ParcourSup, bloquant l’entrée du Lycée Jean-Baptiste Corot à Savigny-sur-Orge (Essonne) le mardi 22 mai 2018. © Photographie CAD/BM, 2018.
  • Barricade éphémère érigée Place Davout à Savigny-sur-Orge (Essonne).  Manifestation d’élèves de classes terminales du Lycée Jean-Baptiste Corot à Savigny-sur-Orge (Essonne) le mardi 22 mai 2018 contre la sélection à l’université. © Photographie CAD/BM, 2018.
  • « Non à la sélection ». Banderole peinte. Manifestation d’élèves de classes terminales contre ParcourSup, Lycée Jean-Baptiste Corot à Savigny-sur-Orge (Essonne) le mardi 22 mai 2018. © Photographie CAD/BM, 2018.

DOCUMENT

SAVIGNY-SUR-ORGE. AU LYCÉE COROT
ON VISE LA REPRISE EN SEPTEMBRE

Débrayage des lycéens de Corot, le 31 mai 2018 au matin (JM/EI)
Quatrième et ultime débrayage ‎des lycéens de Corot à Savigny-sur-Orge, ce jeudi 31 mai. Malgré l’approche du bac, la colère ne retombe pas chez les opposants à la réforme d’accès à l’enseignement supérieur.
Tam-tam, banderoles, slogans criés sous les grilles d’entrée du lycée : les ingrédients sont une nouvelle fois bien réunis ce jeudi 31 mai à Savigny-sur-Orge. Une partie des lycéens de Corot répondent à l’appel à une journée de colère dans les lycées. Pas de blocus complet de leur établissement en cette matinée, la direction ayant pris les devants. Plusieurs classes ont donc accédé ‎à l’intérieur des lieux, mais une centaine de jeunes gens sont rassemblés sur le parvis du lycée et la place Davout.
Ils sont rejoints ce jour-là par quelques lycéens de Vilgenis à Massy, arrivés en RER. Il faut dire qu’il s’agit de la quatrième action organisée par les lycéens cette année. Le 22 mai, ceux-ci avaient suivi l’appel à la mobilisation, en organisant un blocus le matin avant pour certains, de rejoindre la manifestation parisienne.
Pour l’occasion, plusieurs élèves de Terminale ont édité un tract au titre puissant : « Soulève ta banlieue ! ». Après les premiers résultats donnés par Parcoursup, « de nombreux lycéens et lycéennes la banlieue se retrouvent dans une situation inacceptable » est-il écrit. Entre les refus et l’attente « interminable et angoissante » des postulants à l’enseignement supérieur, ces lycéens sont révoltés face à ce qu’ils appellent « un nouveau moyen utilisé pour renforcer le tri social dont les banlieues sont les premières victimes ». Pas question pour eux d’accepter « un système de sélection à l’université » qui ne sert qu’à combler « le manque de place dans les facs ».
« Vidal (la ministre) nous dit qu’il n’y a pas de problème, mais dans ma classe il y en a encore 13 en listes d’attente » illustre Maya, en Terminale S à Corot. Pour Jossana, en Littéraire, « ces ‘en attente’, c’est des ‘non’ cachés ». Toutes deux regrettent que les pouvoirs publics n’aient pas pris en compte l’augmentation attendue du nombre de jeunes dans les études supérieures : « le gros problème, c’est qu’il n’y a pas de place pour ceux qui arrivent. Il y a eu le baby-boom des années 2000, ils n’ont rien prévu ».
Une jeunesse mobilisée et réprimée
En cette fin d’année scolaire, la manière dont a été traité leur mouvement laisse un goût amer chez ces lycéens. « Macron dit qu’il fait une politique pour les jeunes générations, c’est des paroles en l’air, la seule chose qu’il fait c’est nous gazer » : le ton est donné au fur et à mesure que la discussion embraye sur les semaines de mouvement des lycéens ; dont certains ont participé à des rassemblements voire des occupations parisiennes. Louise, lycéenne à Pagnol (Athis) et présente ce jeudi devant Corot, parle d’une « répression démesurée » subie par ses camarades et elle. Elle n’hésite ainsi pas à faire le lien entre « la violence contre les mouvements sociaux » et « celles dont sont victimes les habitants de banlieue« Sur le sol, un graffiti rappelle la mort tragique d’un jeune de Massy l’an dernier, demandant toujours « Vérité pour Curtis ».
Le cas des 100 lycéens conduits 48 heures en garde-à-vue pour un début d’occupation du lycée Arago à Paris, a également laissé des traces. « C’est une répression de fou, c’est purement scandaleux ce qui leur est arrivé, c’était de vraies humiliations » s’indigne une autre lycéenne. Sa voisine déplore que parmi les lycéens de Corot montés à la manifestation parisienne du 22 mai, « une jeune qui faisait sa première manif s’est pris une grenade dans la jambe et a boité deux jours ». Une succession de témoignages qui fait dire à Maya, en préparation du bac S : « on fait tout pour que les élèves d’ici se sentent inférieurs ».
Cette journée d’action sera néanmoins la dernière de l’année, selon les lycéens mobilisés. « On arrête car le bac commence » expliquent deux Terminales, tout en annonçant la couleur, à côté de leurs camarades : « mais on espère que les Secondes et les Premières vont prendre la relève dès septembre, car il faut continuer à se battre contre cette sélection à la fac ». Certains à coté acquiescent du regard.
RÉFÉRENCE DU DOCUMENT
MONIER Julien, « Savigny-sur-Orge. Au lycée Corot, on vise la reprise du mouvement en septembre », Essonne-Info. 6 juin 2018. https://www.essonneinfo.fr/91-essonne-info/122486/lycee-corot-on-vise-reprise-mouvement-septembre/
Territoires et Démocratie numérique locale (TDNL) est un media numérique mis en ligne sur le site http://savigny-avenir.info.
ISSN 2261-1819 BNF. Dépôt légal du numérique, 2018

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Quels sont les fondements de l’identité d’un territoire ?

LA LETTRE DU LUNDI DE MIEUX ABORDER L’AVENIR, n°301, lundi 21 mai 2018

Chaque communauté humaine (commune, communauté, collectivité, institution, entreprise, association…) a besoin de savoir où elle va, où elle se trouve, d’où elle vient. Cela vaut aussi bien pour l’identité vécue de l’intérieur que pour la représentation de cette identité perçue de l’extérieur.
Quelle est la visibilité historique, culturelle, et aujourd’hui numérique, de ces identités ? Quelle est leur durabilité ? Pour répondre à ces questions, il faut s’interroger sur leurs fondements – explicites et implicites – sur leurs histoires, sur leurs traces, sur leurs archives.

L’identité d’un territoire est à l’image des couches superposées de peinture sur une porte de garage en bois : une couche recouvre la couche précédente, qui recouvre la couche précédente, qui recouvre la couche précédente… Marron, blanc, vert… C’est quand la dernière couche s’écaille qu’elle laisse apparaître la précédente, qui lorsqu’elle s’écaille à son tour laisse apparaître la précédente…  C’est le manque de solidité et de durabilité du temps présent qui permet d’entrevoir la passé, c’est-à-dire la superposition des temps © Photographie Bernard Mérigot/CAD 2018.

LE MONDE COMMUN

Une culture singulière fonde l’identité de chacun de nous. La philosophe Hannah ARENDT écrit :  « Le monde commun est ce qui nous accueille à notre naissance et ce que nous laissons derrière nous en mourant. Il transcende notre vie aussi bien dans le passé que dans l’avenir. Il était là avant nous, il survivra au bref séjour que nous y faisons. Il est ce que nous avons en commun, non seulement avec nos contemporains, mais aussi avec ceux qui viendront après nous » (1)

Chaque identité locale repose sur des liens sociaux qui sont à la fois des facteurs de cohésion et de d’opposition. Elle participe au patrimoine culturel immatériel transmissible d’une génération à une autre.

Il existe une inégalité identitaire entre les territoires. Elle vient d’un fait simple : certains territoires ont une identité forte et durable, et d’autres une identité faible, et temporaire. Ces différences jouent un rôle déterminant à l’égard des territoires, sur leur dynamisme interne, leur attractivité, leur développement externe.

L’identité locale consiste en un effet de reconnaissance pour ceux qui y sont nés, ceux qui y habitent, ceux qui y travaillent, ceux qui viennent s’y établir, ceux qui y résident temporairement. Elle a besoin de repères identifiés, localisés, datés, pour se constituer. L’identité dominante est une résultante, composée de différentes identités partielles, minoritaires. Elle est évolutive dans le temps.

Pas de mémoire sans territoire. Pas de territoire sans mémoire. Qu’est-ce qui dure et perdure ? Qu’est-ce disparaît ? Qu’est ce qui apparaît ? Trois approches permettent d’appréhender ces questions : celle des lieux, celle des acteurs, celle des évènements fondateurs.

TROIS APPROCHES :
LIEUX, ACTEURS, ÉVÈNEMENTS 

1. Lieux. La matérialité des lieux de vie est constituée par les discours des habitants qui – pour cette raison – sont tous des « faiseurs de ville ». Tout espace public comporte une partie visible. Il comporte aussi une partie invisible qui en est l’expression mémorielle, affective, et culturelle, constitutive d’une ruralité ou d’une urbanité qui est aujourd’hui mondialisée, qu’on l’accepte ou bien qu’on le refuse. Comment les mémoires individuelles et collectives se composent-elles ? Comment émergent-elles ?

2. Acteurs. Quels sont les producteurs de ces mémoires ? Il existe des passeurs de mémoire porteurs des représentations individuelles et collectives passées. Par leur discours, leurs écrits, leurs actions, ils en sont aussi les transformateurs, qu’il s’agisse d’œuvres culturelles, artistiques, cinématographiques, muséographiques, archivistiques… Toutes ces œuvres sont « politiques » au sens où elles concernent la polis (« cité » en grec), ce qui englobe les politiques publiques, les politiques économiques, les politiques locales… Toutes tissent des usages sociaux qui structurent le temps et l’espace. Gérer et animer le quotidien construit le lendemain.

3. Évènements fondateurs. La patrimonialisation, liée aux temps et aux lieux (villes, quartiers, « cités », villages, bourgs, lotissements…) est en prise avec les logiques sociales, politiques et économiques. Les cycles mémoriels s’inscrivent dans un temps long à partir d’évènements ponctuels : productions, transmissions, effacements, résurgences, prises et déprises. Ils comprennent à la fois les évènements initiaux, leurs reprises, leurs commémorations, voire leurs interdictions.

DES ACTIONS MENÉES
DANS UNE CONTINUITÉ

L’entrée dans le monde numérique, en accélérant les « discours circulants », a pour effet de provoquer des « évanescences territoriales ». Des interrogations sur Internet peuvent aboutir soit à une absence de réponse (parce qu’on a mal posé la question, tout simplement; soit à un trop grand nombre de références, rendant alors illisible un contenu pertinent. (2)

Il existe une compétition entre les territoires. D’où parfois la tentation, pour certains, de créer une image décalée par rapport à la réalité, ce qui contrevient à la règle de correspondance (l’image donnée doit correspondre à la réalité perçue) et à la règle de continuité (une information, pour être durable, doit être actualisée). Un croisement entre regard intérieur et regard extérieur est indispensable, par exemple en termes de forces/faiblesses, opportunités/menaces.

Des attentes citoyennes nouvelles se manifestent à l’égard des territoires par une exigence d’accès immédiat à des contenus numériques pertinents et lisibles. Les satisfaire dans le temps implique une veille des environnements numériques, des conditions d’accès aux textes en ligne (référencement), une actualisation des contenus, une réactivité réfléchie à l’égard de l’actualité.

RÉFÉRENCES

1. ARENDT Hannah, The Human Condition, 1958.
ARENDT Hannah, Condition de l’homme moderne, Calman-Lévy, 1994, p.95. Traduction par Georges Fradier.

2. Une interrogation sur Google portant sur le mot « identité » effectuée le 20 mai 2018 affiche le résultat suivant : 89 600 000 (86 millions de résultats ! ) en 0,43 secondes. Aucun être humain ne peut prendre connaissance d’une telle liste d’items. Il est obligé de se fier à des processus de tris automatiques, algorithmiques, c’est-à-dire incontrôlables par l’utilisateur final. Incontrôlables veut dire ici : « contrôlés par les marchands de données numériques ».

LÉGENDES DES ILLUSTRATIONS

  • L’identité d’un territoire est à l’image des couches superposées de peinture sur une porte de garage en bois : une couche recouvre la couche précédente, qui recouvre la couche précédente, qui recouvre la couche précédente… Marron, blanc, vert… C’est quand la dernière couche s’écaille qu’elle laisse apparaître la précédente, qui lorsqu’elle s’écaille à son tour laisse apparaître la précédente…  C’est le manque de solidité et de durabilité du temps présent qui permet d’entrevoir le passé, c’est-à-dire la superposition des temps. © Photographie Bernard Mérigot/CAD 2018

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 La Lettre du lundi de Mieux Aborder l’Avenir
n°301, lundi 21 mai 2018

Territoires et Démocratie numérique locale (TDNL) est un media numérique mis en ligne sur le site http://savigny-avenir.info.
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Parc éolien en mer de l’île d’Yeu et de Noirmoutier. Construction et déconstruction des consensus citoyens

LA LETTRE DU LUNDI DE MIEUX ABORDER L’AVENIR, n°300, lundi 14 mai 2018

« On est face à des personnes sans scrupules et au quotient intellectuel qui n’est pas celui du géranium. De quoi alimenter notre rencontre avec ce clan si la rencontre a lieu », écrit Jacques TURPIN, l’un des commissaires de l’enquête publique concernant le projet de Parc éolien en mer au large des îles d’Yeu et de Noirmoutier dans un mail daté du 1er mai 2018. Envoyé au lendemain d’une réunion, il poursuit en évoquant qu’il y a « de quoi alimenter notre rencontre avec ce clan si la rencontre a lieu. Il accuse le « clan de Fabien BOUGLE » (les opposants au projet d’éoliennes) de « distiller médisance et accusation grossières ».

Jacques TURPIN, commissaire enquêteur, André RICOLLEAU, maire de Saint-Jean-de-Monts, Mireille AMAT, commissaire enquêteur (de gauche à droite) lors de la permanence de l’enquête publique sur le projet de Parc éolien en mer des îles d’Yeu et de Noirmoutier, le samedi 21 avril 2018, de 9 h à 13 h, en mairie de Saint-Jean-de-Monts (Vendée). © Photographie CAD/Bernard Mérigot, 2018.

LA NATURE DU PROJET

Le projet de Parc d’éoliennes en mer, au large des îles d’Yeu et de Noirmoutier est actuellement soumis à enquête publique du 4 avril au 23 mai 2018 dans 19 communes de Loire-Atlantique et de Vendée directement concernées.

Il est important :

  • il concerne un ensemble de 62 éoliennes, couvrant 86 km2, à 15 kilomètres des côtes,
  • il représente 2 milliards d’euros d’investissements,
  • il devrait produire près de 500 MW (Méga Watts) d’électricité.

Il est intéressant pour étudier les conditions dans lesquelles une politique de transition énergétique peut être concrètement mise en oeuvre dans un territoire. Comment les décisions concernant de tels équipements sont-elles prises ? De quelles concertations font-elles l’objet ?

Enquête publique sur le projet de Parc éolien en mer des îles d’Yeu et de Noirmoutier. Affiche « Avis d’enquête publique, 4 avril 2018-23 mai 2018 ». Plage de Saint-Jean-de-Monts, 24 avril 2018. © Photographie Bernard Mérigot/CAD, 2018.

QUELLE TEMPORALITÉ ?

Le dossier des éoliennes en mer concerne les moyens de production d’énergie électrique pour les années à venir. Celui-ci se place dans le contexte de la compétition européenne et mondiale. Le projet a pris forme en 2011. Il est entré dans une phase dite « de développement » en 2015 avec sa présentation organisée par la Commission nationale du débat public (CNDP). L’existence passée et future de ce Parc comprend à ce jour quatre phases :

  • 2014-2018. Développement (Appels d’offres, Débat public, Études, Autorisations, Enquête publique…) : 4 ans
  • 2019-2021. Construction : 2 ans
  • 2021-2046. Exploitation : 25 ans
  • 2046-2048. Démantèlement : 2 ans

On relèvera le temps relativement court de la durée d’exploitation (25 ans) de cet équipement, entre le début de sa production et son arrêt, suivi de son démantèlement. Un démantèlement dont il est permis de se demander dans quelle mesure il aboutira en 2048 à la restitution des fonds marins et des emprises terrestres à leur état d’origine de 2018.

No et Ye. Touche pas à nos îles. Collectif écologiste contre l’implantation de la centrale éolienne entre Noirmoutier et Yeu. http://tpani-no-yeu.com/

POUR UNE RECONNAISSANCE
DE LA LÉGITIMITÉ DE L’ALTÉRITÉ CITOYENNE

L’État, les collectivités territoriales et les entreprises – par leurs élus, leurs administrations et leurs responsables – doivent abandonner définitivement le schéma mental des sociétés d’indifférence, de soumission, d’obéissance et d’admiration sans limite à l’égard des politiques publiques, telles qu’ils ont pu être exister dans le passé.

Les grands projets structurants d’équipement public (ligne de TGV, autoroute, pont, barrage, aéroport, éoliennes…) suivent chacun  un cheminement qui passe nécessairement par  des territoires concrets d’implantation, et avec eux, ceux qui y habitent et qui y vivent.

Le droit d’opposition est consubstantiel à toute décision publique. Les démocraties modernes imposent aujourd’hui que des processus d’information, de concertation, et de participation aux décisions soient mises en oeuvre. Elles supposent l’acceptation par tous de la légitimité de l’altérite citoyenne fondée sur le droit aux pensées, aux opinions et aux  jugements qui sont autres que celles des pouvoirs exécutifs.

DOCUMENT

« Projet éolien : l’e-mail qui «injurie» les opposants. L’enquête publique sur le projet de parc éolien entre les îles d’Yeu et de Noirmoutier est en cours. Un e-mail envoyé par erreur aux opposants par un commissaire enquêteur sème le trouble ». Article de Laura JARRY, Ouest-France, 8 mai 2018.

RÉFÉRENCES

  • No et Ye. Touche pas à nos îles. Collectif écologiste contre l’implantation de la centrale éolienne entre Noirmoutier et Yeu. http://tpani-no-yeu.com/
  • Enquête publique sur le projet de Parc éolien en mer des îles d’Yeu et de Noirmoutier et ses bases.
    Commissaire enquêteur, Président :

    M. Arnold Schwerdorffer, général de division de l’armée de terre, en retraite.
    Commissaires enquêteurs, titulaires :
    Mme Brigitte Chalopin, Juriste
    M. Jacques Turpin, directeur départemental de l’équipement, en retraite.
    M. Jean-Yves Herve, ingénieur en chef de l’armement, en retraite.
    Mme Mireille Amat, ingénieur en biologie.

LÉGENDE DES ILLUSTRATIONS

  • Jacques TURPIN, commissaire enquêteur, André RICOLLEAU, maire de Saint-Jean-de-Monts, Mireille AMAT, commissaire enquêteur, (de gauche à droite) lors de la permanence de l’enquête publique sur le projet de parc éolien en mer des îles d’Yeu et de Noirmoutier, le samedi 21 avril 2018, de 9 h à 13 h, en mairie de Saint-Jean-de-Monts (Vendée). © Photographie CAD/Bernard Mérigot, 2018.
  • Enquête publique sur le projet de Parc éolien en mer des îles d’Yeu et de Noirmoutier. Affiche « Avis d’enquête publique, 4 avril 2018-23 mai 2018 ». Plage de Saint-Jean-de-Monts, 24 avril 2018. © Photographie Bernard Mérigot/CAD, 2018.
  • No et Ye. Touche pas à nos îles. Collectif écologiste contre l’implantation de la centrale éolienne entre Noirmoutier et Yeu. http://tpani-no-yeu.com/
  • « Projet éolien : l’e-mail qui «injurie» les opposants. L’enquête publique sur le projet de parc éolien entre les îles d’Yeu et de Noirmoutier est en cours. Un e-mail envoyé par erreur aux opposants par un commissaire enquêteur sème le trouble ». Article de Laura JARRY, Ouest-France, 8 mai 2018.
  • Enquête publique sur le projet de Parc éolien en mer des îles d’Yeu et de Noirmoutier (4 avril 2018-23 mai 2018). Mise à disposition du public des dossiers dans le Hall de l’Hôtel de ville de Saint-Jean-de-Monts (Vendée), 20 avril 2018. © Photographie Bernard Mérigot/CAD, 2018.

Enquête publique sur le projet de Parc éolien en mer des îles d’Yeu et de Noirmoutier (4 avril 2018-23 mai 2018). Mise à disposition du public des dossiers dans le Hall de l’Hôtel de ville de Saint-Jean-de-Monts (Vendée), 20 avril 2018. © Photographie Bernard Mérigot/CAD, 2018.


La Lettre du lundi de Mieux Aborder l’Avenir
n°300, lundi 14mai 2018


Territoires et Démocratie numérique locale
(TDNL) est un media numérique mis en ligne sur le site http://savigny-avenir.info.
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Référence du présent article : http://www.savigny-avenir.fr/2018/05/14/parc-eolien-en-mer-de-lile-dyeu-et-de-noirmoutier-construction-et-deconstruction-des-consensus-citoyen/
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Note sur l’histoire du concept de mondialisation (« Globalization »)

LA LETTRE DU LUNDI DE MIEUX ABORDER L’AVENIR, n°287, lundi 23 avril 2018

Il faut distinguer l’histoire de la mondialisation et l’histoire du concept de mondialisation (« Globalisation » en anglais). Il y a d’une part le phénomène, et d’autre part le mot qui le désigne. La mondialisation a commencé à exister avant que son concept moderne n’apparaisse à la fin du XXe siècle.

Port de Saint-Nazaire (Loire-Atlantique), 29 octobre 2013. © Photographie Bernard Mérigot, / CAD

Le temps des choses n’est pas le temps des mots. Deux temporalités sont mêlées. Durant des siècles, les moyens de communications et les échanges entre les pays du monde ont lentement évolués. Ils se sont perfectionnés jusqu’au moment où, du fait de leur emprise grandissante, un modèle unique, économique, financier, social et culturel s’est imposé. (1)

Le terme français de mondialisation est employé en 1904 par Pierre de COUBERTIN (1863-1937), puis en 1907 et en 1933 par l’ethnologue et anthropologue Arnold VAN GENNEP (1873-1957).

« GLOBALISATION » ET VILLAGE GLOBAL

Le terme anglais de globalization, correspondant au terme français de mondialisation, dans son sens économique et politique moderne, est employé pour la première fois en 1967 par Marshall Mc LUHAN (1911-1980) dans son livre intitulé Guerre et Paix dans le village planétaire (« War and Peace in the Global Village ») (2). Il analyse l’impact de la télévision sur le déroulement de la guerre du Vietnam, premier conflit suivi en direct à la télévision par le monde entier, montrant qu’un média nouveau fait de la planète un « village global », façonnant des opinions publiques qui influencent le déroulement des conflits. Il prédit le rôle grandissant que les technologies de la communication vont remplir dans l’évolution mondiale.

Il faut attendre une quinzaine d’années pour que le terme de « Globalization » soit repris en 1983 par l’économiste Théodore LEVITT (1925-2006), dans un article intitulé « The Globalization of Markets » (La mondialisation des marchés). (3) Il explique que la convergence des marchés économiques se constitue autour de trois principes :

  • la préférence des consommateurs pour des prix modérés moyennant une qualité acceptable,
  • la nécessité de faire des économies d’échelle en production et en marketing, pour offrir un standard de produit mondial compétitif,
  • la vente des mêmes produits partout dans le monde.

RÉFÉRENCES

1. NADOULEK Bernard, « Histoire du concept de mondialisation », http://www.nadoulek.net/La-naissance-du-concept-de.html

2. Mc LUHAN Marschal, Guerre et Paix dans le village planétaire, Robert Laffont, Paris, 1970, 192 p.
Mc LUHAN Marschal,
War and Peace in the global Village, Bantam Books, New York, 1967.

3. LEVITT Théodore, « The Globalization of Markets », 1983.

LÉGENDE DES ILLUSTRATIONS

  • Port de Saint-Nazaire (Loire-Atlantique), 29 octobre 2013. © Photographie Bernard Mérigot, / CAD

La Lettre du lundi de Mieux Aborder l’Avenir
n°287, lundi 23 avril 2018

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Les inondations dans le département de l’Essonne. Ressources documentaires et pédagogiques

LA LETTRE DU LUNDI DE MIEUX ABORDER L’AVENIR, n°295, lundi 9 avril 2018

Inondations de le rivière Orge à Savigny-sur-Orge. Parking de la Résidence du 25 rue des Rossays, 6 juin 2016. © Photographie Bernard MÉRIGOT/CAD 2016.

LÉGENDES DES ILLUSTRATIONS

Inondations de le rivière Orge à Savigny-sur-Orge. Parking de la Résidence du 25 rue des Rossays, 6 juin 2016. © Photographie Bernard MÉRIGOT/CAD 2016.

La Lettre du lundi de Mieux Aborder l’Avenir
n°295, lundi 9 avril 2018

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Facebook est un parasite de l’existence numérique individuelle

LA LETTRE DU LUNDI DE MIEUX ABORDER L’AVENIR, n°293, lundi 26 mars 2018

L’affaire de la collecte des informations personnelles des utilisateurs du réseau social Facebook qui éclate en ce mois de mars 2018 confirme notre analyse et conforte la position que nous avons prise dans notre article de 2013, il y a maintenant près de cinq ans. Rappelons que Facebook annonçait alors : « Bernard Mérigot est sur Facebook » : ce qui était – et demeure – faux. (1)

Facebook, le premier réseau social du monde, utilise les données des utilisateurs du service prétendument gratuit qu’il propose. Dans la réalité, il vend à titre onéreux les données personnelles des « utilisateurs gratuits » de son site auprès de « clients payants ». Ces derniers les utilisent pour faire du commerce.

Cette collecte de données est sans limite : informations liées au compte (nom, prénom, adresse e-mail, âge, sexe, localisation), contenus partagés, communications avec des « amis », mais aussi lieu d’une photo, date du fichier, fréquence et durée des connexions, sites visités, photos partagées synchronisées avec les autres données personnelles, carnet d’adresses,  données bancaires (numéro de CB, identifiants, codes et autres informations d’authentification), achats effectués, revenus …

Ces informations sont collectées en continu sur toutes les interfaces de navigation utilisées (ordinateurs, tablettes, téléphones mobiles) concernant des données comme :

  • le système d’exploitation,
  • la version du matériel,
  • les numéros d’identification et les paramètres des appareils utilisé,
  • les noms et les types de fichier et de logiciel,
  • le niveau de la batterie et l’intensité du signal,
  • les données des emplacements précis des appareils utilisés recueillies à travers les signaux GPS, Bluetooth ou Wifi,
  • les informations de connexion telles que le nom de l’opérateur mobile ou du fournisseur d’accès à Internet,
  • le type de navigateur utilisé,
  • la langue utilisée,
  • le fuseau horaire dans lequel l’utilisateur se situe,
  • le numéro de téléphone mobile,
  • l’adresse IP…

10 MILLIONS DE FRANÇAIS ET DE FRANÇAISES
GÉOLOCALISÉS

Ce qui éclate aujourd’hui en 2018 avec Facebook est la révélation d’une situation connue et que tout le monde feignait – et feint encore pour partie -  d’ignorer. Elle s’est déjà produite pour d’autres réseaux sociaux et pour d’autres applications mobiles, comme la réutilisation des données des « chasseurs » du jeu Pokémon Go en 2016 (2). N’oublions pas qu’aujourd’hui 10 millions de Français et de Françaises sont géolocalisés en permanence. (3)

« Une cinquantaine d’applications françaises fournissent à une entreprise tierce les données de localisation de 10 millions de Français, toutes les trois minutes, à des fins publicitaires. Cette traque massive de la population est organisée dans le secret d’une startup du neuvième arrondissement nommée Teemo, anciennement Databerries. »

En ce qui concerne ces atteintes portées contre les utilisateurs innocents, Nathalie DEVILLER pose la bonne question : « Cette énième affaire Facebook ouvrira-t-elle les yeux des utilisateurs jusqu’à leur faire supprimer leurs comptes ? »

LE « TOUT SAVOIR INFORMATIQUE »
EST DÉSORMAIS SANS LIMITE

Avant l’informatisation de nos sociétés, les données recueillies sur l’existence et sur l’activité humaine (sous la forme de documents écrits, photographiques, sonores, filmés…) étaient très limitées. La vie individuelle « discrète » était possible. La précarité des supports, et l’oubli généralisé, étaient des phénomènes régulateurs des abus concernant certaines intrusions intempestives dans la vie privée.

Depuis l’informatisation, les domaines de collecte de données ne cessent de s’étendre (avec par exemple, les livrets scolaires les dossiers médicaux, les objets connectés…). Les capacités d’agglomération des mémoires informatiques, associées à des durées de conservation illimitées, font que l’existence des données sur chaque être humain est sans commune mesure avec la vie et le temps humain. Elles sont sans limite.

Il ne faut pas se cacher que le « tout savoir informatique » des machines constitue aujourd’hui un contrôle collectif exercé sur tout individu. C’est un passeport pour toutes les discriminations et toutes les exclusions. Que deviennent les données concernant quelqu’un après sa mort ? La réponse est connue : elles persisteront indéfiniment dans les réseaux interconnectés des Data Centers qui parsèment le monde. Tout ce que l’on entend sur l’oubli numérique relève de la plaisanterie. Le principe est simple : le numérique n’oublie rien, n’oublie jamais.

Guillaume DESGENS-PASANAU note que « la protection de la vie privée et des données personnelles ne dépend pas uniquement des règles juridiques. Elle passe aussi par des solutions de nature technique, telles que l’utilisation d’outils de navigation sur Internet « privacy by design » (qui permettent de limiter les traces de navigation) ainsi que par la responsabilisation des internautes et l’application de certaines règles de prudence ».

FACE BOOK VIOLE LA LOI
QUI PROTÈGE LES CITOYENS

Facebook viole impunément le principe pour tous les citoyens d’« être garantis dans leurs personne, domicile, papiers et effets, contre les perquisitions et saisies non motivées ». Il est énoncé dans le 4e amendement de la Constitution des États-Unis.

« IV. The right of the people to be secure in their persons, houses, papers, and effects, against unreasonable searches and seizures, shall not be violated, and no Warrants shall issue, but upon probable cause, supported by Oath or affirmation, and particularly describing the place to be searched, and the persons or things to be seized.

« IV. Le droit des citoyens d’être garantis dans leurs personne, domicile, papiers et effets, contre les perquisitions et saisies non motivées ne sera pas violé, et aucun mandat ne sera délivré, si ce n’est sur présomption sérieuse, corroborée par serment ou affirmation, ni sans qu’il décrive particulièrement le lieu à fouiller et les personnes ou les choses à saisir. »

PEUT-ON PROTÉGER LES UTILISATEURS
CONTRE EUX-MÊMES ?

L’enjeu majeur de notre temps est d’assurer une réelle sensibilisation de tous les utilisateurs, en particulier les plus jeunes. Il s’agit de les encourager à la modération dans les informations qu’ils rendent délibérément publiques sur Internet.

« Instaurée voici quatre décennies, la réglementation « Informatique et Libertés » visait à protéger les personnes contre le fichage abusif par les administrations ou les entreprises. Aujourd’hui, la question se pose différemment : comment protéger les utilisateurs contre eux-mêmes ? » (4)

RÉFÉRENCES

1. Bernard Mérigot n’est pas sur Facebook Posted on 22 mai 2013 by Bernard MÉRIGOT Bernard MÉRIGOT n’a aucun site sur Facebook. En revanche, il est présent sur le site http://www.savigny-avenir.info sur lequel on trouvera ses activités, ses travaux, ses articles… Bernard MÉRIGOT dénonce toute assertion établissant un rapport entre lui et  Facebook. Il se … Continue reading → Posted in Bernard Mérigot, Facebook, Usurpation d’identité numérique |

http://www.savigny-avenir.fr/2013/05/22/bernard-merigot-nest-pas-sur-facebook/

Nous écrivions alors : « Bernard MÉRIGOT n’a aucun site sur Facebook. En revanche, il est présent sur le site http://www.savigny-avenir.info sur lequel on trouvera activités, travaux, articles… Bernard MÉRIGOT dénonce toute assertion établissant un rapport entre lui et Facebook. Il se réserve d’engager des poursuites contre les auteurs de toute usurpation. C’est ainsi que l’on peut lire sur le site https://fr-fr.facebook.com (consultation effectuée le 22 mai 2013) : « Bernard Mérigot est sur Facebook. Pour communiquer avec Bernard, inscrivez-vous sur Facebook dès maintenant ». Cette assertion est mensongère. »

2. DEVILLER Nathalie, « Pokémon Go, quel est ton algorithme ? » , The Conversation, 8 septembre 2016, https://theconversation.com/pokemon-go-quel-est-ton-algorithme-65049

3. DURAND Corentin, « Enquête : comment les applications Figaro, L’Équipe ou Closer participent au pistage de 10 millions de Français », 23 août 2017 », Numerama, https://www.numerama.com/politique/282934-enquete-comment-les-apps-figaro-lequipe-ou-closer-participent-au-pistage-de-10-millions-de-francais.html

DEVILLER Nathalie, « Cambridge Analytica et Facebook : « Le respect de votre vie privée nous tient à cœur », The Conversation, 21 mars 2018, https://theconversation.com/cambridge-analytica-et-facebook-le-respect-de-votre-vie-privee-nous-tient-a-coeur-oupas-93755?

4. DESGENS-PASANAU Guillaume, « Affaire Facebook : comment l’Europe pourra (peut‑être) mieux protéger nos données ? », The Conversation, 25 mars 2018, https://theconversation.com/affaire-facebook-comment-leurope-pourra-peut-etre-mieux-proteger-nos-donnees-93925?

DOCUMENT

LA COLÈRE DES UTILISATEURS DE FACEBOOK

« Empêtré dans le scandale Cambridge Analytica et l’utilisation des données personnelles, le réseau social doit faire face à la colère de certains utilisateurs qui appellent à se désinscrire. Y compris en France.
La révélation par la presse américaine et britannique de l’utilisation frauduleuse des données personnelles à l’insu d’environ 50 millions d’abonnés à Facebook par la société anglaise Cambridge Analytica – et son éventuelle influence sur le résultat de l’élection américaine remportée par Donald Trump en 2016 – a déjà mis à mal la valeur de l’entreprise de Mark Zuckerberg. A la perte de quelque 10 points de son action à la Bourse de New York, s’ajoute désormais la fureur des abonnés.
Depuis ce mercredi, la fronde s’organise, principalement via Twitter, pour appeler à déserter Facebook. Et c’est sous la bannière #DeleteFacebook (Quitter Facebook en français) qu’une campagne d’incitation au désabonnement se répand comme une traînée de poudre sur le Web. Plusieurs centaines de messages rageurs émanant d’internautes français étaient recensées hier sur Twitter, relayant un appel beaucoup plus massif outre-Atlantique.
Effet d’emballement
« Il y a un effet d’emballement qui vient d’un peu partout dans le monde, observe Paul-Olivier Dehaye, spécialiste de la protection des données et cofondateur de Personaldata.io. C’est assez encourageant mais il est trop tôt pour dire que cela va vraiment déboucher sur une prise de conscience générale. Mais une chose est sûre : Facebook est trop opaque. On ne sait rien sur la manière dont les gens sont pistés, sur la manière dont est construite la bulle de filtres. Qui m’a ciblé ? Comment ? Et à qui mes données sont-elles vendues ? »
Dans cet élan de colère, le coup de massue a été donné par le cofondateur de la messagerie WhatsApp rachetée en 2014… par Facebook. Avec deux tweets expéditifs et vengeurs, « Il est temps. #deletefacebook » puis « Effacer et oublier. Il est temps de se soucier de la vie privée », Brian Acton a donné le ton et un sérieux coup d’accélérateur à un mouvement qui ne cesse de prendre de l’ampleur.
Pour Roger McNamee, un des investisseurs les plus réputés de la Silicon Valley et un des premiers actionnaires de Facebook, la confiance des utilisateurs est au centre de la crise. « Le problème c’est le mépris insensé pour les droits des utilisateurs à la vie privée et une indifférence vis-à-vis du respect des données que les utilisateurs ont confiées à Facebook », a-t-il assené sur la radio américaine NPR.
Certains réseaux en profitent
Les internautes Français prennent le relais, certains s’interrogent tout en soulignant un mal plus profond observé depuis plusieurs mois : le désintérêt des plus jeunes pour le réseau social. « #DeleteFacebook ou pas ? J’hésite à supprimer mon compte mais j’avoue que j’y passe de moins en moins de temps… » partage ainsi sur Twitter une abonnée.
Les malheurs des uns faisant toujours le bonheur des autres, certains réseaux sociaux mettant en avant la protection des données de leurs utilisateurs connaissent un soudain regain d’intérêt. « On constate, depuis trois jours, une hausse plus que notable des inscriptions avec plusieurs milliers d’abonnements au lieu de quelques centaines habituellement, se réjouit Thomas Faure, fondateur de Whaller, un réseau français qui promet l’étanchéité des données partagées par ses utilisateurs. On reste toutefois prudent car il est impossible de savoir combien de temps cela va durer. »
RENOU Aymeric et SIMON Cyril, « Facebook : après le scandale, la colère des utilisateurs », Le Parisien, 21 mars 2018,

 

COMMENTAIRE du 27 mars 2018

FACEBOOK : LE PIÈGE DES JEUX SUR LES RÉSEAUX SOCIAUX

« Qui n’a pas vu sur son fil quelque chose comme : « Si Chrystel était un animal, elle serait une biche. Clique ici pour savoir quel animal te correspond », ou « Pour quel métier es-tu fait ? », « Que signifie ton prénom ? » À travers de tels jeux, d’apparence anodine, la collecte initialement opérée par Facebook est mise à profit pour des entreprises tierces. En effet, si vous entrez dans le jeu, celui-ci accède automatiquement à tous vos contenus depuis la création de votre page Facebook, photos et vidéos comprises.
Ce que l’utilisateur ignore, c’est que la société qui a créé le jeu effectue une copie de l’intégralité des contenus et garde un œil sur tous les nouveaux posts, likes, photos et vidéos, etc.
L’accès offert n’est pas éphémère, il est permanent.
Comment cela est-il possible ? Rien de plus simple : accepter de jouer consiste à télécharger une application et lui donner toutes les autorisations d’accès à votre journal, au profil et tutti quanti. Ainsi, l’utilisateur a livré ses données sans en avoir conscience et continue ce « partage » aussi longtemps que l’application est présente sur son interface de navigation. Pour s’en défaire, il faudrait trouver le développeur de cette application et le contacter pour lui demander d’effacer vos données et ensuite bien sûr la désinstaller.
La leçon du FacebookGate de 2018 se résume à une question : Pourquoi les utilisateurs ont-ils accordé aveuglement leur confiance aux réseaux sociaux ?
Cette récolte massive de données à caractère personnel est devenue le moyen de collecte le plus lucratif mais aussi le plus sournois utilisé par le réseau social (213 millions de dollars), c’est ce qu’ont rapporté les jeux sur FB au 1er trimestre 2013). Il incite l’utilisateur à offrir au propriétaire de l’application des données auxquelles il n’aurait jamais eu accès en temps normal et d’en générer de nouvelles pour alimenter son business model ou celui de sociétés du groupe. Ainsi, le jeu de réalité augmentée Pokémon Go ! exploité par Niantic Inc. (conglomérat Alphabet – Google) a-t-il probablement permis l’injection de données des dresseurs dans la société Calico à l’objectif transhumaniste tout en récoltant 1,7 milliards de dollars en 12 mois
Le scandale Cambridge Analytica doit ouvrir les yeux des utilisateurs de réseaux sociaux en se posant la question suivante :
  • Quels bénéfices je retire d’une telle exposition de ma vie privée ?
  • Pourquoi liker ou retweeter un message sans avoir vérifié l’information ?
  • Pourquoi utiliser des réseaux sociaux qui sont des médias sans éthique et sans déontologie ? »
DEVILLER Nathalie, « Pourquoi vos données survivront à la suppression de votre compte Facebook et quels en sont les risques ? », The Conversation, 26 mars 2018. https://theconversation.com/pourquoi-vos-donnees-survivront-a-la-suppression-de-votre-compte-facebook-et-quels-en-sont-les-risques-94011?
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ISSN 2261-1819 BNF. Dépôt légal du numérique, 2018

Tous ses articles sont librement consultables. Sa publication est supportée par une structure associative et collaborative, le Groupe Mieux Aborder L’Avenir (MALA).
Référence du présent article : http://www.savigny-avenir.fr/2018/03/26/facebook-est-un-parasite-de-lexistence-numerique-individuelle/?preview=true&preview_id=23166&preview_nonce=d404d007fe

La Lettre du lundi de Mieux Aborder l’Avenir
n°293, lundi 26 mars 2018

 

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Comment enseigner à la « génération Z » née après 1995 ?

LA LETTRE DU LUNDI DE MIEUX ABORDER L’AVENIR, n°289, lundi 26 février 2018

Durant quelle durée, correspondant à des années successives de naissance, des individus – qui ne se connaissent pas – partagent-ils une même approche du monde quotidien ? Celle-ci s’appréciant en termes de références identitaires communes (sociétales, culturelles, techniques…), manifestées en employant les mêmes déclinaisons langagières, vestimentaires, alimentaires, musicales… ?  Quels sont les seuils historiques qui séparent une génération d’une autre ? C’est à cette question difficile que doivent notamment répondre ceux qui défendent le concept de génération Z pour les enfants nés après 1995.

« La rentrée en classe : étudiez et soyez sages ». Texte d’après Livre Coeur (1886) de Edmondo de Amicis (1846-1908). Illustration extraite de La Vie littéraire à l’École, Lecture. Récitation. Rédaction, Cours élémentaire, de E. Huleux, Librairie d’Éducation nationale – Publications Alcide Picard, 1914, p. 7.  Collection CAD.

Qu’est-ce qu’une génération? C’est un concept issu de la sociologie. Il sert à désigner une sous-population, au sein d’un ensemble plus vaste, qui a vécu durant une même époque historique et qui a en commun des caractéristiques du simple fait de l’âge de ses membres (pratiques, représentations…). Au début du XXe siècle, Wilhelm DILTHEY a défini la génération de la manière suivante : « Un cercle assez étroit d’individus qui, malgré la diversité des autres facteurs entrant en ligne de compte, sont reliés en un tout homogène par le fait qu’ils dépendent des mêmes grands événements et changements survenus durant leur période de réceptivité. »

Cette question concerne les modalités – qu’elles soient explicites ou implicites – par lesquelles une société se perpétue, notamment par l’enseignement scolaire. Des générations transmettent à d’autres générations ce que l’on considère aujourd’hui comme des « données ». Celles-ci mêlent l’identique et le différent, l’ancien et le nouveau. Dans le domaine de l’enseignement, il est toujours complexe de faire la part des glissements successifs qui se produisent, entre la théorie des programmes et la pratique pédagogiques, entre les connaissances transmises par l’école et celles qui sont transmises par la société civile dans laquelle baignent les élèves.

Est-ce que ce sont les passages des générations qui modifient la forme et les contenus de l’enseignement, ou bien est-ce que c’est l’enseignement lui-même qui modifie les générations ? Quelle action est déterminante sur quoi ?

Le modèle de l’école primaire française de la fin du XIXe siècle et du début du XXe siècle s’est reconnu dans les écrits de l’écrivain italien Edmondo DE AMICIS (1846-1908). Il est cité dans de nombreux manuels scolaires, comme La Vie littéraire à l’École, Lecture. Récitation. Rédaction, Cours élémentaire, d’Edouard HULEUX (1914) (1).  On y trouve le texte suivant :

« Écoutez, mes enfants, nous avons un an à passer ensemble. Faisons de notre mieux pour le bien passer : étudiez et soyez sages. Je vous aimerai. Il faut que vous m’aimiez à votre tour. Je ne veux avoir à punir personne. Montrez-moi que vous êtes des garçons de coeur. Notre école sera une famille et vous serez ma consolation et ma fierté.» (2)

Pendant combien de générations ce modèle magistral a-t il perduré ? Quelles ont été les scansions historiques qui ont imposé ses évolutions ?

Pour répondre, il est nécessaire de caractériser ce qui constitue une génération. La question est celle de ses marqueurs. Ceux-ci sont à la fois simultanés et décalés. Ils se superposent dans le temps. Quels domaines privilégier ? Dans le domaine culturel, depuis les années 1950, il y a eu des générations Tintin, des générations Spirou, des génération Pilote, des générations Asterix avant que n’arrivent les générations Harry Potter, les générations Guerre des étoiles, Superman, Batman… Celles des bandes dessinées et celle des films.

Élèves de l’ « Académie numérique » réalisant un reportage sur le stand de Acer au salon de l’Éducation, Porte de Versailles, novembre 2017. © Photographie CAD / Bernard Mérigot, 2017.

Et puis, viennent les marqueurs techniques. Pauline LALLEMENT propose un tableau de la génération Z née après 1995 (3). Pour les enfants de la première année de cette génération, leur échelle temporelle peut se résumer ainsi :

  • 1996. Naissance
  • 2004. 8 Ans. Apparition de FaceBook
  • 2005. 9 ans. Apparition de YouTube
  • 2006. 10 ans. Apparition de Twitter
  • 2007. 11 ans. Apparition de l’iPhone
  • 2016. 20 ans
  • 2026. 30 ans
  • 2036. 40 ans
  • 2046. 50 ans
  • 2056. 60 ans
  • 2067. 70 ans. Retraite ?

Combien de générations distinctes entre 1895 et 1995 ? La question ne relève pas seulement de la curiosité, mais de la pratique sociétale dans la mesure où le passage d’une génération à une autre conditionne les nécessaires adaptations de l’organisation des institutions.

La génération Z née après 1995, appelée également par certains auteurs Digital Natives, a pour trait distinctif de ne jamais avoir connu le monde sans Internet, sans portables, et sans réseaux sociaux : elle est née avec.

« Génération Z, née après 1995 », par Paulin LALLEMENT, Swiss Education Group, mars 2017, extrait de « Éducation. L’enjeu majeur. Demain se prépare aujourd’hui. Pour ses 20 ans, Acadomia publie sa feuille de route pour la génération Z », Entretien avec Philippe COLÉON, Paris Match, n° 3566, 21 septembre 2007.

RÉFÉRENCES

1. HULEUX E., La Vie littéraire à l’École, Lecture. Récitation. Rédaction, Cours élémentaire, Paris, Librairie d’Éducation nationale / Publications Alcide Picard, s.d., (1914), 246 p. Collection Édouard Petit. « Ouvrage illustré de 40 gravures artistiques »
2. DE AMICIS Edmondo
(1846-1908), Livre Coeur, 1886. Traduction de A. Piazzi, Delagrave éditeur, in La Vie littéraire à l’École, Lecture. Récitation. Rédaction, Cours élémentaire, de E. Huleux, Librairie d’Éducation nationale – Publications Alcide Picard, 1914.
3. LALLEMENT Pauline,
« Génération Z, née après 1995 », Swiss Education Group, mars 2017.
4. COLÉON Philippe,
« Éducation. L’enjeu majeur. Demain se prépare aujourd’hui. Pour ses 20 ans, Acadomia publie sa feuille de route pour la génération Z », Paris Match, n° 3566, 21 septembre 2007. Entretien avec Romain CLERGEAT.
« Chaque année, 800 000 années d’expérience s’envolent avec les 20 000 professeurs qui partent à la retraite. Comment retenir ces savoirs ? »

ILLUSTRATIONS
« La rentrée en classe : étudiez et soyez sages »
. Texte d’après Livre Coeur (1886) de Edmondo de Amicis (1846-1908). Illustration extraite de La Vie littéraire à l’École, Lecture. Récitation. Rédaction, Cours élémentaire, de E. Huleux, Librairie d’Éducation nationale – Publications Alcide Picard, 1914, p. 7.  Collection CAD.

COMMENTAIRE du 15 mars 2018

LA GÉNÉRATION INTERNET
EST DE PLUS EN PLUS INTOLÉRANTE

Dans un livre consacré à la Génération Internet (I-Gen), c’est-à-dire à la génération qui est née entre 1995 et 2012 (donc âgée de 23 ans à 6 ans en 2018), Jean A. TWENGE constate que pour elle, l’université n’est aujourd’hui ni un lieu pour apprendre, ni un lieu pour explorer des connaissances : elle est avant tout un moyen d’obtenir un emploi dans un environnement protégé par un diplôme. (1)

Sur la base de données représentant 11 millions de participants, il révèle un comportement « consumériste », déjà présent au sein de la Génération X, et qui s’est accentué depuis. « S’exposer à des idées différentes est non seulement troublant et dangereux pour eux, mais cela n’a aucun intérêt de les étudier puisque leur objectif est d’obtenir un bon emploi. »

Pour Cécile PHILIPPE, « le point de vue de la Génération Internet entre en conflit avec la vision des professeurs qui adhérent en grande majorité a l’idée que l’éducation est pour chacun un moyen d’augmenter son « capital humain ». Cette théorie du signalement permet d’expliquer le comportement des élèves, leur bachotage, leur recherche du professeur le moins exigeant, ainsi que la joie sincère qu’ils expriment quand un professeur est absent ! » (2)

Le marché du travail récompense l’implication de celui ou de celle qui a réussi à étudier pendant un certain nombre d’années en obtenant des diplômes, et non pas l’acquisition de contenus. Ce qui se trouve confirmé lorsque l’on considère les données comme l’utilité réelle des matières enseignées, le taux de rétention des apprenants, ou la mesure de la capacité à transférer des connaissances d’un domaine à un autre.

Les enquêtes attestent de la perte de l’esprit critique des élèves, des déperditions massives en matière de construction des connaissances, et en fin de compte, de la très faible productivité des systèmes éducatifs puisqu’ils ne produisent pas ce que ceux qui en assurent le fonctionnement quotidien en attendent.

La vulnérabilité de la génération actuelle est conjuguée avec la montée de l’intolérance que produit l’enseignement qui en découle.

Un diplôme ne vaut que par son caractère discriminant qui permet de classer les élèves. On le voit lorsque l’on considère l’inflation naturelle et problématique des diplômes.  Si tout le monde a le même diplôme, il en faut toujours un supplémentaire pour se distinguer.

D’où un surinvestissement collectif dans le système éducatif, sans cesse plus prégnant dans les pays développés. Tous ses acteurs, avec l’aide des médias, « sur-jouent » au quotidien l’angoisse des notes et des moyennes. Il s’achève avec la complexité et l’obscurité des processus d’orientation et d’inscription post-bac. Les systèmes informatiques d’inscription en ligne, avec ses mystérieux algorythmes, que ce soit « Admission Post Bac » / APB (2012-2017) ou « Parcours Sup » (depuis 2018) génère un stress permanent pour les élèves, les parents et les enseignants.

RÉFÉRENCES
1. TWENGE Jean A,
« I-Gen: Why Today’s Super-Connected Kids Are Growing Up Less Rebellious, More Tolerant, Less Happy–and Completely Unprepared for Adulthood–and What That Means for the Rest of Us”, https://www.amazon.fr/dp/B01N6ACK3B/ref=dp-kindle-redirect?_encoding=UTF8&btkr=1
2. PHILIPPE Cécile, « 
Génération internet : les jeunes sont-ils devenus intolérants ? », Contrepoint, 15 mars 2017.  https://www.contrepoints.org/2018/03/15/311770-generation-internet-les-jeunes-sont-ils-devenus-intolerants?


La Lettre du lundi de Mieux Aborder l’Avenir
n°289, lundi 26 février 2018

Territoires et Démocratie numérique locale (TDNL) est un media numérique mis en ligne sur le site http://savigny-avenir.info. ISSN 2261-1819 BNF. Dépôt légal du numérique, 2018
Tous ses articles sont librement consultables dans leur totalité. Leur publication est supportée par une structure associative et collaborative, le Groupe Mieux Aborder L’Avenir (MALA).
Référence du présent article :
MÉRIGOT Bernard,
« Comment enseigner à la « génération Z » née après 1995 ? », La Lettre du lundi de Mieux Aborder l’Avenir, n°289, lundi 26 février 2018, http://www.savigny-avenir.fr/2018/02/26/comment-enseigner-a-la-generation-z-nee-apres-1995/

 

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Peut-on sortir la politique de son ignorance de l’inconscient ? (Serge Leclaire)

LA LETTRE DU LUNDI DE MIEUX ABORDER L’AVENIR, n°288, lundi 19 février 2018

« Je ne dis même pas que la politique, c’est l’inconscient, mais tout simplement que l’inconscient, c’est la politique. » (1) Une de ses commentatrices estimait que Jacques LACAN « nous avait fait faire un grand pas » lorsqu’il avait prononcé en 1967 cette phrase lors de l’un de ses séminaires. Elle ajoutait qu’il s’agissait d’« une de ses formules ramassées dont il a le secret, secret que nous avons parfois un peu de mal à percer » avouait-elle. (2)

Associer « la politique » et « l’inconscient » n’est pas banal dans la mesure ou le discours politique, en imposant lui-même sa propre légitimité, s’affirme comme l’unique détenteur de la vérité. : vérité des évènements historiques, vérité du bien public appliqué à la « chose » publique, vérité de l’action, contrairement aux adversaires, toujours dans le mensonge et dans l’erreur.

Invoquer l’inconscient freudien à propos de la parole et des actes politiques est une façon de signifier trois choses à l’égard de ceux qui pratiquent « la chose publique » (les élus, les militants, les engagés…), ou pire, à l’égard de ceux qui s’en recommandent (les fonctionnaires, les pouvoirs locaux, les administrations, les services…).

  • il y a ceux qui ne disent rien, souvent parce qu’ils ne peuvent rien dire, au risque de se voir reprocher d’avoir dit quelque chose,
  • ceux qui disent soit des choses qu’ils savent fausses, soit des choses qui ne correspondent qu’a une partie de ce qu’il savent (ils ne disent «pas tout»)
  • et ceux qui ne savent rien, ou qui font croire qu’ils ne savent rien.

MODÈLE, OBJET, ADVERSAIRE

Sigmund FREUD, dans « Psychologie collective et analyse du moi, écrit : « La psychologie individuelle devient spontanément psychologie sociale, du fait que d’emblée l’Autre entre dans nos vies comme modèle, objet et adversaire. »(3)

Voilà bien le problème : l’arrivée dans nos vies, de l’Autre : modèle, objet, adversaire. Dans nos vies individuelles, mais aussi dans nos vies collectives.

« Discours de l’inconscient et discours du pouvoir », de Serge LECLAIRE, in Psychanalyse et politique. Folie et société ségrégative, Colloque organisé par le groupe de recherche « Sémiotica et Psicanalisi » dirigé par Armando VERDIGLIONE, Milan (Italie) 13-16 décembre 1973.

Dans une communication intitulée « Discours de l’inconscient et discours du pouvoir », faite lors d’un colloque, Serge LECLAIRE a déclaré : « Mon intérêt présent, et très limité, est de savoir, pour ceux qui se réclament d’une pratique politique – c’est-à-dire qui sont intéressés par le discours du pouvoir – comment ils réussissent, ou ne réussissent pas, dans leur action, comment ils reconnaissent, ou ne reconnaissent pas ce qui fait partie de la situation qu’ils ont à analyser et qui dicte leur conduite à tenir ». (4)

La pratique politique est une condition sine qua non pour s’intéresser au discours du pouvoir. Mais alors, qu’est-ce que réussir ou ne pas réussir ? Et se reconnaitre ou ne pas reconnaitre ? C’est à partir de là que les problèmes commencent à se poser : questions que l’on se pose et celles que l’on ne se pose pas, comme si la chose publique allait de soi, étant naturellement admise par tous. Or, elle ne va jamais de soi, contrairement à ce que répètent de façon constante les tenants des pouvoirs en place. « Dans le discours politique, ce n’est pas la jouissance qui commande, mais le plaisir comme exclu ». (5)

DOCUMENT

LES MYSTÈRES DU GOÛT DU POUVOIR

D’où vient ce mystérieux « goût du pouvoir » qui entraine des individus à s’engager toute une vie dans les arènes électorales et à guerroyer avec tant de ferveur et d’énergie pour « représenter » leurs concitoyens?
La réponse à la question est plutôt consensuelle dans la littérature scientifique : les élus courent après la puissance, le prestige, les privilèges, l’autorité et les jeux d’influence.
Et dans l’imaginaire collectif, les ascensions politiques sont d’abord affaire de violence, d’argent et de domination, selon un scénario prévisible où la jouissance en politique (la conquête puis la préservation du pouvoir) se nourrit de cris et de sang.
Mais dans sa formule restée célèbre, Winston Churchill évoquait aussi les larmes du pouvoir. Cette autre forme d’ivresse politique, qui est moins discutée dans les sciences sociales (hormis chez les historiens, nous y reviendrons) sera au cœur du présent article. Nous souhaitons en effet défendre l’hypothèse que le pouvoir local se nourrit d’abord de blessures, de doutes et d’espoirs, et que c’est dans l’intensité de ces fragilités que l’attrait pour la politique locale se dessine et s’affermit.
FAURE Alain, « Les ivresses inattendues du pouvoir. Voyage en ego-politique », http://enigmes.hypotheses.org/

RÉFÉRENCES

1. LACAN Jacques, Séminaire XIV, La logique du fantasme, Leçon du 10 mai 1967.
2. TRICOT
Monique, « Malaise dans la civilisation. L’œuvre au noir de la pulsion de mort », Che vuoi ?, 1/2008 (N° 29), p. 31-40. URL : http://www.cairn.info/revue-che-vuoi-2008-1-page-31.htm
3. FREUD Sigmund,
« Psychologie collective et analyse du moi », Essais de psychanalyse, Paris, PBP, 1986, p. 160.
4. LECLAIRE Serge, « Discours de l’inconscient et discours du pouvoir », p. 22, in Psychanalyse et politique. Folie et société ségrégative, Colloque organisé par le groupe de recherche « Sémiotica et Psicanalisi » dirigé par Armando VERDIGLIONE, Milan (Italie) 13-16 décembre 1973. Avec les interventions de Serge LECLAIRE, Danièle LEVY, Philippe SOLLERS, Félix GUATTARI, Julia KRISTEVA, Jean OURY, Daniel SIBONY, Ferrucio ROSSI-LANDI, Marie-Claire BOONS, Gian-Franco MINGUZZI, Jean-Joseph GOUX, Sergio FINZI, O. MANNONI, Maud MANNONI.
5. LECLAIRE Serge, « Discours de l’inconscient et discours du pouvoir », p. 23.

La Lettre du lundi de Mieux Aborder l’Avenir
n°288, lundi 19 février 2018

Mention du présent article : http ://www.savigny-avenir.info
ISSN 2261-1819
BNF. Dépôt légal du numérique, 2018

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