Élections municipales 2020 sous Coronavirus COVID-19. Voter peut-elle être une activité à risque ?

« Les élections municipales constituent un moment de respiration démocratique essentiel. Il n’est donc aucunement question de les reporter », ainsi s’exprime le premier ministre Édouard PHILIPPE dans la lettre qu’il adresse en date du 7 mars 2020 à « Mesdames et Messieurs les Maires de France » à la veille des deux dimanches de scrutin des 15 et 22 mars 2020. (1) Qu’entend-il par « moment de respiration démocratique essentiel » ?

Élections municipales 2020 sans électeurs.
Dessin de Willem, extrait de Libération, 11 mars 2019, p. 21.

LE SÉRIEUX N’EMPÊCHE PAS LA CRITIQUE

Le sujet du Coronavirus COVID-19 impose le sérieux. En ce mois de mars 2020, dans tous les pays du monde, des hommes et des femmes en sont atteints, sont malades et en meurent. Le sérieux qui s’impose à l’égard de cette situation ne saurait impliquer que l’on se fasse compulsionnellement les échos des informations et des commentaires faits par les autorités, manifestant ainsi une adhésion de fait à leur égard.
La contrainte de la gravité de la situation ne saurait ni nous obliger à admettre comme légitimes, sans examen critique, ni à prendre pour vrai, tout ce qui est dit par les élus, les administrations, les médias, les réseaux sociaux. Dans cette circonstance, répéter automatiquement ce l’on entend, ce qu’on voit à la télévision et ce qu’on lit sur les réseaux sociaux, sans porter aucune attention critique aux sources, et à leur contexte, revient à reproduire d’une façon insidieuse, le processus pernicieux de la propagation des rumeurs.

MOURIR « RASSURÉ »

A ce propos, il serait intéressant de retrouver les journalistes – et ils sont plusieurs – qui ont tranquillement propagé à la fin du mois de janvier 2020, au sortir de plusieurs conférences de presse où l’autorité médicale était utilisée comme moyen de propagande, les propos selon lesquels le virus de la grippe apparu en janvier 2020 en Chine, dans la région de Wuhan, présentait trois caractéristiques :

  • 1. La contagiosité (la transmissibilité) du coronavirus COVID-19 (2020) est plus grande que celle de la précédente pandémie de grippe A H1N1 (2009-2010).
  • 2. Mais sa létalité (la dangerosité) est moindre.
  • 3. Donc, on peut être rassuré : c’est moins grave en 2020 qu’en 2009.

Ce merveilleux syllogisme répondait d’une façon servile à l’impératif autoritaire selon lequel il faut à tout prix « rassurer l’opinion ». De telles spéculations admirables aboutissent à des prévisions fausses, contredites par les faits. S’agit-il de tristes mensonges politiques amplifiés par les médias ? Ou de tristes mensonges médiatiques amplifiés par les politiques ? Une certitude : ceux qui ont attrapés le coronavirus COVID-19 et qui en sont morts, ont donc quitté notre monde en étant rassurés.

LES ÉLECTIONS :
UN MOMENT DE RESPIRATION DÉMOCRATIQUE ESSENTIEL

Le premier ministre Édouard PHILIPPE, dans la lettre adressée aux maires, évoque les élections municipales des 15 et 22 mars 2020 comme un moment de respiration démocratique essentiel (MRDE). Curieuse justification. Curieux concept qui, en d’autres circonstances, permettrait d’ironiser (mais l’heure est-elle à l’ironie ?) : il vaut mieux respirer la démocratie que respirer un virus. A moins que les deux fonctions se trouvent associées à l’occasion des élections municipales ? Le Premier ministre, candidat tête de liste pour la mairie de Rouen, dit que la démocratie a besoin d’élections, et qu’il est normal de prendre des risques pour voter. Soit. Mais jusqu’où ? Au péril de sa santé ou de sa vie ? Ou de celle des autres ?

Lettre du premier ministre Édouard PHILIPPE à «Mesdames et messieurs les maires de France»
en date du 7 mars 2020 sur les élections municipales du 15 mars et du 22 mars 2020.

LA RESPIRATION DE LA DÉMOCRATIE
RELÈVE DE LA SPIRITUALITÉ

La lettre du Premier ministre contient d’étonnantes notions relevant de prescriptions matérielles de la médecine et de l’hygiène. Chacune possède une dimension spirituelle : les « mesures barrières », le fait de porter un masque « avec discernement », la nécessaire discipline pour se plier à la « gestion des files d’attente », l’attention portée aux « surfaces de contact ». Comme le relève Bruno-Marie DUFFÉ, secrétaire du dicastère pour le Développement humain au Vatican, « le mot spiritualité vient du latin spiro, « respirer ». Pour lui « Il n’y a pas de lien social sans souffle et sans inspiration. Ils sont indispensables à la dimension communautaire de la vie. C’est un besoin quasi-vital. » (2)

 LE BUREAU DE VOTE CORONAVIRUS COVID-19

Le ministre de l’Intérieur Christophe CASTANER prend le relais deux jours plus tard. Nous sommes alors à J- 5 du jour du vote. Dans une lettre en date du 9 mars adressée aux maires, il détaille l’ « organisation des élections municipales des 15 et 22 mars 2020 en situation d’épidémie de coronavirus COVID-19 ». On découvre en page 8 de cette lettre un curieux dessin représentant le bureau de vote type.

« Exemple d’organisation d’un bureau de vote Covid-19. Limite de zone de confidentialité. Marquage au sol de la file d’attente ». Extrait de la lettre du ministre de l’Intérieur Christophe CASTANER en date du 9 mars 2020 adressée à Mesdames et Messieurs les maires portant « Organisation des élections municipales des 15 et 22 mars 2020 en situation d’épidémie de coronavarius COVID-19».

D’abord la salle est immense. Beaucoup de communes ne disposent pas de tels locaux pour installer tous leurs bureaux de vote. Elle est organisée à la façon d’une chaîne de fabrication standardisée, comme dans une usine, sur le mode « division internationale du travail » (DIT) et « décomposition internationale du processus productif » (DIPP). On entre à gauche, et ont ressort à droite. Est-ce que tous les bureaux de vote disposent d’une entrée et d’une sortie distincte ?
Les marques au sol transforment le bureau de vote en parking, ou en piste d’atterrissage d’aéroport. Les électeurs sont comme des automobiles ou des avions : passer à tel endroit, s’arrêter, attendre, avancer, tourner à droite… On imagine qu’une tour de contrôle invisible régule ce trafic. De nouvelles caméras à installer, peut-être…

  • Entrée. Il faut monter trois marches. Le ministère de l’Intérieur représente un bureau de vote qui ne respecte pas la réglementation en faveur de l’accès dans les locaux publics des personnes à mobilité réduite.
  • Une fois à l’intérieur, un flacon de solution hydro-alcoolique pour se désinfecter les mains.
  • Premier arrêt sur la bande noire et jaune. Présentation de la carte d’électeur et de la pièce d’identité.
  • Second arrêt sur la bande  noire et jaune. Choix des bulletins de vote et d’une enveloppe. Les deux tables de décharge comportent, pour la première 5 x 3 = 15 tas, et pour la seconde, 5 x 6 = 18 tas, soit au total 33 tas. Ils sont bleus et doivent représenter soit des bulletins de vote, soit des enveloppes.
  • Troisième arrêt sur la bande noire et jaune. Passage par l’isoloir, sans rideau, tourné vers le mur.
  • Quatrième arrêt sur la bande noire et jaune. Présentation de la carte d’électeur et de la pièce d’identité. Dépôt de l’enveloppe dans l’urne. Deuxième présentation de la carte d’électeur et de la pièce d’identité. Tiens, ils ont oublié la signature du registre avec un stylo noir ou bleu appartenant à l’électeur ou prêté par la commune le temps de signer puis déposé dans un bac afin qu’il soit désinfecté par les agents territoriaux à l’issue du scrutin.
  • Sortie. C’est fini.

Les fenêtres sont grandes ouvertes. Inciter à l’aération du bureau de vote qui est ouvert au scrutin du public durant 12 heures (de 8 heures à 20 heures dans les grandes villes, plus le dépouillement jusqu’aux environs de 22 heures…), et dans lequel des centaines de personnes se succèderont, est une bonne idée. Les élections municipales ont lieu les 15 et 22 mars (le 15, on est encore en hiver, et le 22 on est au printemps qui débute le 20 mars). Du fait de la température, il est peu probable que ces fenêtres restent ouvertes toute la journée. L’aération, le renouvellement d’air et la ventilation (VMC), donc ce sujet de chauffage/climatisation (récupération de chaleur) des locaux publics recevant du public est une question d’hygiène qui n’a pas encore été prise en compte comme elle le devrait. Nombre d’assemblées se tiennent durant de longues heures dans des locaux dont l’atmosphère est confinée et où l’oxygène manque. L’air humide est propice à la prolifération de tous les germes.

Le style du dessin nous plonge dans un univers de jeu vidéo ou de dessin animé. On attend que les petits personnages se mettent en mouvement comme dans le fameux spot de publicité d’AREVA qui présentait la construction d’un chantier de construction d’usine nucléaire sur la célèbre musique Funkytown (1980) du groupe de musique disco américain Lipps Inc. Parvenu en tête des hits parades, il reçut un disque de platine. On entend le son syncopé, avec une mélodie qui prend le relais, créant une continuité saccadée. C’est comme une usine, une chaîne de fabrication. Les actions humaines sont prises dans un automatisme de production. https://www.youtube.com/watch?v=E3B__ovj2jU (3)

Extrait du spot de publicité d’AREVA sur la musique Funkytown (1980) de Lipps Inc.
https://www.youtube.com/watch?v=E3B__ovj2jU

UN SUFFRAGE N’EST PAS UN ACTE DE FOI

Selon le philosophe Gaultier BÈS, lorsqu’on écoute les candidats aux élections et leurs partisans, on a l’impression, qu’il s’agisse d’un pays, d’une région, d’un département, d’une commune…, que le sort du monde est en jeu. Ce dernier « dépend d’un bulletin de vote » , « chaque programme est l’unique chemin de la vérité ». L’enjeu, ce n’est pas le destin du monde, c’est le destin de ma candidature, le destin de ma liste, mon destin personnel. La prétention est formidable : le « bon vote » n’est rien de moins qu’une façon de dire : « Votez pour moi, pour ma liste, pour mon ami du moment, pour mon parti… ». Comment admettre que de ce choix – qui n’en est pas un – pourrait « jaillir la lumière» ? (4)

Pour lui, la rhétorique électorale possède une dimension messianique, voire eschatologique. Il pense que les chrétiens ont un rôle particulier à jouer l’égard de la démocratie dont Henri BERGSON, dans la suite de Jacques MARITAIN, disait qu’elle était d’ « essence évangélique », ayant pour mission d’être la garante de la laïcité, plus précisément, de « rendre à Dieu ce qui est à Dieu et à César ce qui est à César ». Il appartient alors à chacun de voter ou de ne pas voter, « mais sans confondre la politique et la providence : un suffrage n’est pas un acte de foi, la politique ne se réduit pas à des promesses et à des programmes ».

LA DÉMOCRATIE  LOCALE
EST-ELLE UN MYTHE ?

Il faut faire une analyse critique de l’idée émise par le Premier ministre selon laquelle les élections municipales « constituent dans la vie des territoires un moment de respiration démocratique essentiel ».

Le concept de moment de respiration démocratique essentiel (MRDE) s’inscrit dans un courant de pensée majoritaire chez les élus locaux et dans l’appareil d’État, selon lequel il existe une osmose entre  la politique locale et la la pratique de la démocratie. Elle en constitue le terreau, le domaine d’excellence. Et si c’était un mythe ?
Rémi LEFEVRE, professeur de Sciences politiques, rappelle qu’il existe une « idéologie de la proximité » associée à l’idée que les Français demeurent attachés à leur commune, alors que « le lien au local tend à s’affaiblir sous le double effet de la métropolisation et de la périurbanisation : les individus se définissent de moins en moins par rapport à leur lieu d’habitation ». (5) Il cite plusieurs exemples :

  • 50 % des Français ne connaissent pas le nom de leur maire,
  • l’abstention grandissante lors des différents scrutins est une conséquence du désaveu des Français et des Françaises pour la politique,
  • l’élection de certains maires dans des villes populaires repose sur des segments de plus en plus faibles de la population (souvent, moins de 10 % de l’électorat, comme à Roubaix , ville de 100 000 habitants, où la liste du maire a été élue en 2014 par 17 000 votants).

CONCLUSION

Les crises, aussi tragiques et pénibles soient-elles, ont deux avantages : 1. celui de révéler les situations antérieures, latentes, admises par tous, et que personne n’avait diagnostiqué avant, et 2. celui de produire des moyens pour leur résister, et lorsque c’est possible, les surmonter. Le rôle des sciences humaines et sociales est de faire l’analyse des discours, des actions et des stratégies individuelles et collectives mises en œuvre.

Le début de l’année 2020 confronte le monde entier à deux ordres de réalité :

  • la réalité de l’actualité de l’épidémie du coronavirus Covid-19,
  • la réalité des décisions politiques qui lui sont apportées.

Ces deux ordres se télescopent et se mêlent, touchant tous les aspects de la vie sociale, au sein de laquelle se trouve le fonctionnement de la démocratie politique.

Le traitement par le pouvoir politique de l’évènement que constituent les élections municipales des dimanches 15 et 22 mars 2020 confronte les citoyens-électeurs (c’est-à-dire ceux qui sont inscrits sur les listes électorales) à un dilemme :

  • Voter, est-ce prendre un risque pour sa santé et pour celle des autres ?
  • Ne pas voter, est-ce faire prendre un risque à la démocratie locale ?

Répondre oui aux deux questions, est le cas d’insolubilité maximale, parce qu’il faut tenir compte du fait qu’un virus peut toujours en cacher d’autres, comme les réalités matérielles cachent les réalités symboliques. La démocratie, elle aussi, est atteinte par des virus : les virus institutionnels.

  • Le gouvernement, atteint par le virus de l’ omni-compétence absolue, qui croit qu’il sait tout sur tout, que les autres ont tort, et qu’il peut trouver tout seul les solutions pour l’ensemble du corps social. L’exercice du pouvoir n’a jamais consisté pas à remporter les jours le grand oral de l’ENA. La gouvernance démocratique doit apprendre la modestie dans  les analyses et les décisions.
  • L’état et l’administration, atteints par le virus « des messages à faire passer », au cours d’innombrables conférences de presse, matinales des chaines de radios et plateaux télévisés, qui consistent essentiellement à annoncer des mesures, à faire faire croire qu’il fait, davantage que faire réellement,
  • La santé publique atteinte par divers virus : service des urgences des hôpitaux, nombre de lits, le système de soins, nombre et la répartition des médecins, rémunération des infirmières, pénurie (en France) de médicaments et de matériels médicaux fabriqués (en Chine),
  • Les communes atteintes par divers virus : finances, compétences retirées au profit des intercommunalités, désengagements constants de l’État, privatisation des services publics…

Les communes seraient « porteuses saines » de plusieurs virus. Elles sont atteintes, transmettent des maladies, mais sont encore vivantes. On peut citer au moins deux de ces virus : l’intercommunalovirus et le métropolavirus. On élit des conseillers municipaux qui élisent les maires.
Le problème, c’est que les communes ont de moins en moins de pouvoirs et décident de moins en moins de choses, au profit des intercommunalités, des établissements publics de coopération intercommunale (EPT) et des métropoles.

Alors, voter peut-elle être une activité à risque ?

Ce que nous voyons aujourd’hui, très matériellement, c’est qu’un bureau de vote est le lieu concret d’une pratique sociale : celle d’une fonction démocratique fondée sur le principe du « tout le monde ». Il se trouve pris par un récit, une fiction, une mise en scène. Il est l’objet d’une construction imaginaire, scénarisée. Ce que l’on en montre n’est pas ce qu’il s’y passe. Il se transforme en un lieu de tournage d’une nouvelle téléréalité.

Téléréalité : virus majeur apparu à la fin du XXe siècle sur les écrans, et désormais présent sur les réseaux sociaux.

Bernard MÉRIGOT

RÉFÉRENCES

1. PHILIPPE Édouard, « Lettre du Premier ministre à Mesdames et Messieurs les maires de France (sur les élections municipales du 15 mars et du 22 mars 2020) », 7 mars 2020.
2. DUFFÉ Bruno-Marie, « Message pour la Journée mondiale de la Paix 2020. L’éclairage de Mgr. Bruno-Marie DUFFÉ », Vatican News, 12 décembre 2019. https://www.youtube.com/watch?v=bLsXHsAArjo
HERRMANN Mahaut, « Bruno-Marie Duffé, un théologien social et éthique au Vatican », La Vie, 27 juin 2017,
http://www.lavie.fr/actualite/portraits/bruno-marie-duffe-un-theologien-social-et-ethique-au-vatican-27-06-2017-83174_63.php
3.
Comment traduire « Funkytown » ? Le mot est formé à partir de funk, genre musical qui a émergé aux États-Unis vers le milieu des années 1960 pour se développer jusqu’aux années 1970. Issu de soul et du jazz, le funk se caractérise par une prédominance de la section rythmique (guitare, basse, batterie) qui joue des motifs syncopés, la présence de cuivres et de saxophones sur des ponctuations de riffs.
Funky
, en argot anglo-américain, signifie littéralement « puant », « qui sent la sueur ». C’est une insulte qui était traditionnellement adressée aux noirs par les blancs. Funkytown, ce serait la « ville puante ». Ce détour pour arriver à cette question : la génération des années 1980 qui a dansé dans les boîtes de nuit au rythme de ce morceau connaissait-elle le sens de son titre ?
4. CASTANER Christophe, « Lettre du ministre de l’Intérieur à Mesdames et Messieurs les maires sur l’organisation des élections municipales des 15 et 22 mars 2020 en situation d’épidémie de Coronavirus COVID-19 », 9 mars 2020.
5. BÈS Gaultier, « Voter, acte de foi ? »,
http://revuelimite.fr/lce24-lentre-deux-sour
6. LEFEBVRE Rémi, « La politique locale n’est pas un eldorado démocratique », Libération, 11 mars 2020, p. 20.
LEFEBVRE Rémi, Municipales. Quels enjeux démocratiques ?, La Documentation française, 2020, 167 p.

LÉGENDE DES ILLUSTRATIONS

  • Élections municipales 2020 sans électeurs. Dessin de Willem, extrait de Libération, 11 mars 2019, p. 21.
  • Lettre du Premier ministre Édouard PHILIPPE à «Mesdames et messieurs les maires de France» en date du 7 mars 2020 sur les élections municipales du 15 mars et du 22 mars 2020.
  • « Exemple d’organisation d’un bureau de vote Covid-19. Limite de zone de confidentialité. Marquage au sol de la file d’attente ». Extrait de la lettre du ministre de l’Intérieur Christophe CASTANER en date du 9 mars 2020 adressée à Mesdames et Messieurs les maires portant « Organisation des élections municipales des 15 et 22 mars 2020 en situation d’épidémie de coronovarius COVID-19».

COMMENTAIRE du 13 mars 2020

Les limites du non-contradictoire sont sans cesse repoussées. Passionnant article sur l’imaginaire citoyen imposé aux citoyens par l’État et qui se dévoile dans ce moment de crise. Seule la science fiction est en mesure de penser l’enchaînement des causes et des effets, du certain et de l’incertain, du prévisible et de l’imprévisible. Reste à déterminer la frontière du non-contradictoire qui, sans cesse, réduit le territoire du contradictoire.

A propos de la même catégorie des « personnes âgées de plus de 70 ans, à celles et ceux qui souffrent de maladies chroniques ou de troubles respiratoires, aux personnes en situation de handicap»

  • Injonction n°1.
  • « Rester autant que possible à son domicile ».
  • Injonction n°2.
  • « Rien ne s’oppose à ce que les Français, même les plus vulnérables, se rendent aux urnes. »


Doit-on suivre l’injonction n° 1 ou l’injonction n° 2 ? Moi, c’est ce que j’appelle de la dissonance cognitive.

AINSI PARLAIT EMMANUEL MACRON

Nous ne sommes qu’au début de cette épidémie
« Cependant, mes chers compatriotes, je veux vous le dire ce soir avec beaucoup de gravité, de lucidité mais aussi la volonté collective que nous adoptions la bonne organisation, nous ne sommes qu’au début de cette épidémie. Partout en Europe, elle s’accélère, elle s’intensifie. »

Rester à son domicile
« Je demande ce soir à toutes les personnes âgées de plus de 70 ans, à celles et ceux qui souffrent de maladies chroniques ou de troubles respiratoires, aux personnes en situation de handicap, de rester autant que possible à leur domicile. »

Vulnérables et néanmoins électeurs
« J’ai interrogé les scientifiques sur nos élections municipales, dont le premier tour se tiendra dans quelques jours. Ils considèrent que rien ne s’oppose à ce que les Français, même les plus vulnérables, se rendent aux urnes. »

« Schools are closed »
« Dès lundi (16 mars 2020) et jusqu’à nouvel ordre, les crèches, les écoles, les collèges, les lycées et les universités seront fermés.»

  Le virus est une personne ?
« Ce virus n’a pas de passeport.»

RÉFÉRENCES
MACRON Emmanuel, « Adresse aux Français » (Coronavirus COVID-19), 12 mars 2020.
https://www.elysee.fr/emmanuel-macron/2020/03/12/adresse-aux-francais

COMMENTAIRE du 25 mars 2020

CORONAVIRUS.
DES ASSESSEURS ET DES MILITANTS PAIENT LE PRIX
DU PREMIER TOUR DES ÉLECTIONS MUNICIPALES
DU 15 MARS 2020

Malgré les précautions prises, bénévoles et élus qui ont participé à la campagne électorale et au premier tour des municipales ont été sérieusement touchés par la propagation du coronavirus.
Des assesseurs et présidents de bureau de vote testés positifs, des militants et candidats contaminés : les bénévoles et les élus qui ont participé à la campagne électorale et au premier tour des municipales ont été sérieusement touchés par la propagation du coronavirus.Des mesures de protection ont été prises – du gel hydroalcoolique, des gants, pas de file d’attente -, mais ça n’a pas suffi. Dix jours après le premier tour, des volontaires sont positifs au virus et leur colère ne faiblit pas contre la décision de maintenir le scrutin
Un des assesseurs est à l’hôpital dans un état inquiétant
À Billom dans le Puy-de-Dôme, une femme de 62 ans qui tenait un bureau de vote a été hospitalisée et testée positive, selon le maire réélu, Jean-Michel Charlat. L’élu est passé ce jour-là dans tous les bureaux de vote et a lui-même de la fièvre. Le CHU de Clermont-Ferrand, où l’assesseure a été admise, lui a toutefois dit qu’elle avait pu être contaminée bien avant, précise-t-il.À Mitry-Mory (Seine-et-Marne), l’un des assesseurs est à l’hôpital dans un état inquiétant, atteint par le Covid-19, explique un candidat dans cette commune de Seine-et-Marne.Des suspicions de contamination le jour du scrutin ont également été signalées par les élus et candidats en Seine-Saint-Denis, à Versailles, dans le Val d’Oise (Franconville) ou le XVIIe arrondissement de Paris.Dans le bureau, il n’y avait pas un mètre entre chaque assesseur, on était les uns contre les autres, confie Ronan Arveuf, candidat et assesseur du bureau N° 7 à Saint-Ouen (Seine-Saint-Denis) où une quinzaine de personnes se sont relayées toute la journée, et la ville comptait une trentaine de bureaux de vote. 
« Une hécatombe parmi les militants »
Le premier tour a mobilisé plusieurs centaines de milliers de personnes dans le pays pour organiser le scrutin. Si le lien n’est pas clairement établi entre ces contaminations et les opérations de vote, la pandémie a également fait des dégâts parmi ceux qui ont fait campagne pendant parfois plusieurs mois.En Seine-Saint-Denis, c’est une hécatombe parmi les militants qui ont fait campagne et il n’y a pas de raison que ce ne soit pas le cas ailleurs, résume le député LFI Éric Coquerel. Comme il n’y a pas de tests, c’est compliqué de recenser précisément les cas, mais beaucoup de gens sont testés positifs et certains ont des symptômes, assure-t-il. Sur la liste qu’il soutenait, une dizaine de personnes sont, selon lui, concernées.Selon Ronan Arveuf, au moins une quinzaine de personnes qui ont fait campagne à Saint-Ouen ont eu des symptômes ou sont tombées malades.La plupart des candidats n’ont suspendu leur campagne que quelques jours avant le premier tour pour respecter les mesures de précaution.À Marseille, plusieurs membres de l’équipe de Martine Vassal, dont la candidate LR elle-même, mais aussi le candidat LREM Yvon Berland ont été testés positifs, comme le maire sortant de Nice, Christian Estrosi. 
« Ça a vraiment été une folie »Les critiques flambent contre la décision de l’exécutif de maintenir le premier tour le 15 mars. Ça a vraiment été une folie, dit Éric Coquerel qui a eu lui-même des symptômes.Même réaction du maire de Billom : L’idéal aurait été d’annuler ce premier tour. Mais nous étions en fin de campagne et nous avions hâte que cela se termine, y compris moi.Sur les réseaux sociaux, les réactions alternent entre colère et inquiétude.Moi aussi j’ai été secrétaire d’un bureau de vote… et je compte les jours pour être sûre de ne pas avoir été contaminée. Je ne comprends pas pourquoi les élections ont été maintenues… Ils nous ont mis en danger, s’inquiète la Niçoise Anne-Christel Cook sur Twitter.Une autre personne s’insurge : « Et si on parlait des employés de mairie qui ont bossé avant, pendant et après ces élections. Et qui ont halluciné de constater que les Présidents et assesseurs ne prenaient aucune précaution ! ».
RÉFÉRENCES DU DOCUMENTLE GRAND Béatrice, « Coronavirus. Des assesseurs et des militants paient le prix des élections municipales du 15 mars 2020 », Ouest-France, 25 mars 2020
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