La refondation politique s’impose à toutes les démocraties locales

LA LETTRE DU LUNDI DE MIEUX ABORDER L’AVENIR

DÉCODAGE

CONTEXTE. A la suite de l’expérience du budget participatif conduit à Porto Alegre (1989) des milliers de villes à travers le monde, ont transformé leurs pratiques démocratiques dans la décennie 2000-2010, en introduisant des pratiques participatives. (1) Aujourd’hui, on estime que 15 300 communes y ont recours. Des exemples de l’indispensable refondation de la démocratie, de son mode de fonctionnement et de la relation que les élus entretiennent avec les citoyens, sont ainsi données dans le monde entier.
ENJEUX.
Ce que les politologues Loïc BLONDIAUX et Yves SINTOMER nomment « l’impératif délibératif » s’impose à tous les responsables, élus ou administrateurs, des collectivités locales. A quelles exigences doivent-elle répondre ?

« Ouvrir les lieux de pouvoir au dialogue politique et social » : tel est le but qui est visé par l’organisation d’espaces d’échanges entre, associations, citoyens, organisations syndicales, forces politiques et représentants institutionnels. Ces initiatives sont prises au sein de structures de proximité (municipalités, communautés, conseil généraux…).

MÉFIANCE OU CONFIANCE ?

Les démocraties modernes sont enfermées dans un cercle vicieux : la méfiance que les citoyens manifestent à l’égard du comportement des instances représentatives, provoque un désintérêt à l’égard de toute action, considérée par avance comme étant « sans influence » et « incapable de transformer la gestion publique ».

Comment soigner la maladie de la démocratie ? En mettant en œuvre des pratiques pour sortir du domaine du discours pour entrer dans celui de l’action, en permettant aux citoyens de peser de façon directe sur les décisions des pouvoirs en place.

« La participation ne craint ni le débat ni le conflit, au sens où elle suppose de valoriser des points de vue différents, exprimés librement. En effet, il est normal que des tensions surgissent lorsque s’ouvre un espace de dialogue au bénéfice de ceux qui ont trop longtemps étouffés par des majorités politiques dominatrices », remarque Giovanni ALLEGRETTI (3).

CONNAISSANCE OU IGNORANCE ?

Les confrontations ne sont pas stériles, car elles doivent permettre de faire émerger l’intérêt général d’une communauté. La « participation » des populations s’oppose ainsi à l’inertie, à la « théorie administrative des besoins (4) ». C’est-à-dire, à l’incapacité, dans laquelle se trouvent les institutions de connaître intimement l’ensemble de leur territoire, et d’en percevoir les nécessités non exprimées.

Il ne s’agit pas d’un simple mouvement néo-municipaliste (5). En effet, l’enracinement et la diffusion des innovations effectuées à la base doivent permettre de modifier tous les échelons de gouvernance. Le but est d’instaurer un « fédéralisme solidaire » qui parte d’« en bas » pour réformer les relations entre les différents niveaux d’exercice des pouvoirs locaux.

RÉFÉRENCES
1. CASSEN Bernard,
« Démocratie participative à Porto Alegre », Le Monde diplomatique, août 1998.
« Depuis dix ans, se déroule à Porto Alegre, au Brésil, une expérience exemplaire : le budget participatif. Des structures de décision parallèles au conseil municipal ont été mises en place, permettant à tous les habitants qui le souhaitent de décider vraiment pour leur ville. Et cela marche ! (…) En cette soirée de l’hiver austral, les quelque cinq cents personnes qui se serrent sur les bancs de l’église Saint- François-d’Assise (…). Debout devant la tribune – où se sont installés des représentants de la municipalité, que le maire, M. Raul Pont, viendra bientôt rejoindre, les candidats des deux listes concurrentes, micro en main, disposent chacun de trois minutes pour convaincre. Nous sommes dans le quartier de Lomba do Pinheiro à Porto Alegre, capitale de l’Etat de Rio Grande do Sul, le plus méridional du Brésil, limitrophe de l’Argentine et de l’Uruguay, et que l’on appelle ici « l’État gaucho ». L’élection vise à désigner les deux représentants de ce secteur au conseil du budget participatif ainsi que leurs deux suppléants. »

2.
BLONDIAUX Loïc et SINTOMER Yves, « L’impératif délibératif », Rue Descartes, n° 63, Collège international de philosophie, Paris, 2009.
3. ALLEGRETTI Giovanni,
« Les défis de la démocratie participative. Une refondation politique et culturelle », Le Monde diplomatique, octobre 2011.
4. TOSI Antonio,
«  Urban theory and the treatment of differences : Administrative practices, social sciences and the difficulties of specifics  », International Journal of Urban and Regional Research, vol. 15, n° 4, p. 594-609, Montréal, décembre 1991.
5.
Le « municipalisme » est une doctrine prônant l’intervention financière des municipalités dans l’économie. Dans le cadre de l’évolution de l’organisation territoriale des années 2000, il est remplacé par un « communautarisme », avatar du municipalisme exercé désormais par les communautés de communes et les communautés d’agglomérations.

La Lettre de Mieux Aborder L’Avenir, 25 mars 2013

Mention du présent article : http//www.savigny-avenir.info/ISSN 2261-1819
BNF. Dépôt légal du numérique, 2013

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